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Mathieu Blanchard
  • Santé

Vous aimez le vélotaf, vous allez adorer le runnotaf !

  • 2 juin 2020
  • 6 minutes

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria Longtemps allergique à toute forme de sport, Sylvie se révèle sur le tard marathonienne, adepte du yoga et s’initie même au surf et à la voile. En 2018, elle co-fonde Outside.fr dont elle prend la direction éditoriale. Elle est basée à Paris et dans les Cévennes.

Le triplement du budget du plan vélo annoncé vendredi dernier devrait convaincre tous ceux qui hésitaient encore à se rendre à leur travail en vélo, le fameux « vélotaf ». Mais au Québec, on en est déjà à l’étape suivante : le « runnotaf », ou courir pour aller au travail. Une pratique aux multiples avantages qui a toute sa place en cette période de déconfinement, explique le Marseillais Mathieu Blanchard, champion de course d’endurance installé à Montréal. Point par point, il explique comment la tendance s’est imposée chez nos cousins canadiens.

Mathieu Blanchard
(Jérome Binette)

« Run intégratif », « run commute » ou « runnotaf » autant de termes un peu barbares recouvrant la même pratique : courir utile, matin ou soir, pour se rendre de son domicile à son lieu de travail. Une pratique qui s’est banalisée à Montréal mais qui demeure encore très marginale outre Atlantique. Reste qu’elle pourrait faire très vite des émules en France, selon Mathieu Blanchard, 32 ans, champion d’ultra du team Salomon, également coach et conférencier. En choisissant de couvrir chaque jour à Montréal, où il est installé depuis quelques années, les 15 km le séparant de son appartement du Plateau-Mont-Royal de son bureau dans l’arrondissement Saint-Laurent - soit 30 km par jour mixant sentiers et asphalte - il est devenu au fil des années l’un des principaux ambassadeurs de cette tendance.

« En cinq ans, le mouvement s’est énormément développé », explique le Québécois d’adoption. Tout a commencé avec des coureurs d’ultra, notamment Joan Roch. Faire des courses de plus de 80 km suppose une charge de travail hebdomadaire intense, souvent impossible à caser dans un emploi du temps quand on n’est pas un coureur pro, ce qui était mon cas il y a encore un an. Seule solution, le « transport utilitaire » ou « actif ». Ce qu’on appelle aussi ici le « run commuting ». 

Mathieu Blanchard
(Jérome Binette)

Un changement radical de vie

A l’époque, je courais déjà beaucoup, mais je n’étais pas encore dans l’ultra. J’avais bien lu quelques articles dans la presse, sans trop y prêter attention. Mais dès lors que je suis passé aux courses d’extrême endurance, j’ai reconsidéré cette option qui me semblait impossible au quotidien. Et point par point, j’ai trouvé des solutions à tous les problèmes qui se pose à tout débutant.
Et ça a radicalement changé ma vie. J’ai vu mes performances en ultra exploser dès lors que j’ai adopté ce type d’entrainement. Mais j’ai aussi gagné en lucidité et en créativité. J’ai créé des choses incroyables lors de ces trajets parcourus en courant, à l’époque où je travaillais sur de la recherche en biomasse. Mais ces moments-là m’ont également permis de résoudre des conflits sociaux ou affectifs. Ils introduisent de l’air dans mon cerveau.

Et quand tu calcules comment s’organise une journée normale pour quelqu’un qui a un job et un minimum de vie familiale et sociale, ça tombe sous le sens. Sur 24h, si tu comptes huit heures de sommeil, le temps nécessaire à manger, travailler, te déplacer et voir ta famille et tes amis, il ne te reste rien pour le sport. Seule variante modulable : le temps de transport. Un truc qui est fou, c’est qu’en ce qui me concerne, le plus rapide sur une distance de 15km, c'était le vélo. En 2e position, la course et la voiture, à égalité, compte tenu des embouteillages. Les transports en commun n’arrivant qu’en 3e, vu les changements que j’avais à faire.

Mathieu Blanchard
(Jérome Binette)

Rentable sur tous les plans

Outre la possibilité d’intégrer ton entraînement dans ton quotidien, tu es gagnant sur le plan financier, métro, bus et voiture étant coûteux, et surtout tu es en bien meilleure santé. Au cours des quatre dernières années, je n’ai pas vu un médecin ! Non négligeable, surtout dans un pays comme le Canada où une bonne partie des frais médicaux sont à la charge du patient.

Enfin, fuir les transports en commun est une sérieuse garantie de réduire ton stress et les risques de contamination, notamment en cette période de pandémie. Un argument qui parle à beaucoup à Montréal. Sans compter que tu réduis considérablement ton empreinte carbone.

Désormais, entre 6h et 8h du matin, tu vois des centaines de gens qui se rendent à leur travail en courant. En 2016, quand le phénomène a commencé à prendre de l’ampleur, les " coureurs naveteurs", membres du groupe « Montreal Commute Runners » de Strava, étaient au nombre de 160 « coureurs utilitaires », aujourd’hui le mouvement est tel que c’est devenu la normalité et il s’est étendu jusqu’à Québec et commence à être sensible à Vancouver.

Il faut peu de choses pour que cela démarre. Il suffit qu’un ou plusieurs ambassadeurs émergent et que le mouvement prenne sur les réseaux. Par ailleurs, il est capital de faire un gros lobbying auprès des employeurs. Ils ont tout à gagner à avoir des employés en meilleure santé physique et mentale. L’État l’a bien compris. Non content de subventionner l’usage du vélo comme mode de transport pour aller au travail, il le fait aujourd’hui pour les coureurs qui reçoivent une prime dès lors qu’ils délaissent leur voiture au profit de leurs baskets. Donc c’est possible !

Mathieu Blanchard
(Jérome Binette)

Les 7 obstacles majeurs ... et leurs solutions

La distance : la distance idéale à couvrir doit se situer entre cinq et vingt km grand maximum. Sachant qu'il faut arriver frais au travail, tu dois essayer de ne pas dépasser une heure de course. Donc tout dépend de ton niveau et des options de transport qui te permettront, si la distance est trop importante, de combiner une partie du trajet en bus, vélo ou voiture et course à pied, 

La douche :  c’est LE problème qui vient immédiatement à l’esprit bien sûr. Or, au Québec, de plus en plus d’employeurs en installent, la plupart du temps à la demande des employés. Il ne faut donc pas hésiter et faire pression en montrant que l’investissement n’est pas forcément très élevé - même pas 500 euros en version très basic - et surtout que c’est rentable pour l’entreprise. Dans le bureau d’ingénierie dans lequel je travaillais il y a encore un an avant de passer athlète pro, j’ai mis en évidence que j’étais ainsi moins malade et nettement plus créatif. Des études le prouvent. Au début, j’étais seul à utiliser la douche post course. A mon départ, l’année dernière, nous étions six coureurs sur les vingt personnes que comptait l’entreprise. Mais même si tu n’as pas de douche, ce n’est pas forcément une excuse. Le matin tu peux courir à une cadence réduite et ne pas trop transpirer en restant dans une zone d’effort faible. Arrivé à ton travail, une toilette avec lingette ou savon peut faire l’affaire.

Les vêtements : que tu sois obligé de porter un costard cravate ou pas, tu dois pouvoir te changer une fois arrivé à ton travail. Deux solutions : laisser tout ton nécessaire hebdomadaire le lundi matin en allant au travail en voiture ou transport en commun. Et faire le chemin inverse avec les vêtements sales le vendredi soir. Ou transporter ta tenue du jour dans un sac à dos. Toutes les marques proposent aujourd’hui des modèles de dix à quinze litres, largement suffisants. Très confortables, c’est l’idéal pour courir.

Les repas : si tu n’as ni cantine, ni restau à proximité, tu devras apporter ton repas. C’est ce que je faisais. En m’organisant au quotidien, ou en hebdomadaire, comme pour les vêtements. Parfaitement possible si tu disposes d’un réfrigérateur sur place.

Le volume de course : quinze kilomètres matin et soir, ça commence à toucher des limites. Si tu veux pouvoir récupérer et boucler en fin de semaine des sorties longues, il faut parfois mixer vélo et course.  En alternant les deux sports un jour sur deux. Ou en courant à l’aller pour revenir en vélo par exemple. En ce qui me concerne, je n’avais pas deux semaines identiques. Je courais entre soixante et cent cinquante kilomètres par semaine, ou plutôt, entre six heures et quinze heures hebdomadaires, estimations plus justes si l’on parle de trail. J’arrivais même à intégrer un entrainement spécifique, en intervalles.
Mais quel que soit ton niveau, ce qui va compter, c’est la constance, la régularité. C’est ça qui va payer au final. C’est l'un des fondamentaux, et c’est comme ça que tu vas éviter les blessures et progresser, ce que j’ai constaté dès que j’ai commencé à pratiquer le "transport utilitaire".

La météo : avec le matériel aujourd’hui disponible, chaleur ou froid, ne sont plus des excuses. Je suis sorti lors de jours de pluie intense comme par grand froid, jusqu’à -30°C. En course, ton principal ennemi, c’est l’humidité. Avec le Gore-Tex, omniprésent maintenant, et le principe des trois couches, tu résistes à tout. Si bien que même dans des conditions extrêmes tu peux trouver du plaisir à courir, rester léger, et te sentir extrêmement vivant face aux éléments.

La sécurité : mon bureau était en banlieue, l’hiver, de nuit, je devais courir sur route. Là, les vêtements réfléchissants s’imposent, ainsi que la frontale et la lumière rouge clignotante à clipper à l’arrière. C’est la base, comme en vélo.


Courir dans Montréal désert : le film

Comme Paris, Lyon ou Marseille, Montréal s’est vidée le temps du confinement. Une situation inédite qui a inspiré un projet cinématographique à Mathieu Blanchard et à Jérome Binette, réalisateur.

https://vimeo.com/421225871

Pour le traileur Mathieu Blanchard, ces 2,30 minutes s’intègrent aujourd’hui dans un vaste projet qui l’a conduit à reconsidérer son espace actuel. Toutes les compétitions étant annulées, il s’est lancé des défis dans son périmètre proche. L’idée étant de le voir avec un œil nouveau et de continuer à tisser un lien fort avec la nature.
Après avoir réalisé pendant le confinement le tour de l’Île de Montréal – 125 km de route longeant le fleuve (10h à 4,45/ km ) - il a fait dimanche dernier l’équivalent du dénivelé de l’UTMB, course qu’il ne pourra pas faire cette année compte tenu de son annulation. Soit 10 000m de D+, et autant de D- sur la petite colline du Mont-Royal au centre de Montréal, bouclés en 15h45.
Mais en août l’attend un défi plus impressionnant encore : le tour du GRA1, 650 km très techniques en Gaspésie, zone située au centre-est du Québec, un milieu ultra sauvage. Un dernier volet qui devrait clôturer son projet.

Mathieu BlanchardMathieu BlanchardMathieu Blanchard

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