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Vincent Lartizien, Les chanvres de l'Atlantique
  • Société

Vincent Lartizien, du surf professionnel au chanvre industriel

  • 27 février 2023
  • 6 minutes

Coralie Havas Coralie Havas Passionnée d'escalade, de montagne et de culture outdoor au sens large, Coralie est journaliste pour Outside. Elle est basée à Uzès quand elle n'est pas sur la route à bord de son van.

Quand Vincent Lartizien, pionnier du surf de grosses vagues en France, est allé voir son banquier en lui disant qu'il comptait cultiver du cannabis... il savait bien que c'était perdu d’avance, les clichés ayant la vie dure dans la finance. Il a pu heureusement compter sur le soutien financier de son sponsor de l'époque, Rip Curl, pour développer « Les Chanvres de l’Atlantique », une entreprise à l’avant garde d’une industrie en pleine renaissance. Désormais présent dans le domaine de l’alimentation, de la cosmétique, du textile mais aussi des matériaux de construction, son entreprise place le bien-être de l’Homme et de la planète au cœur de sa philosophie. Rencontre.

1983. Vincent Lartizien cède à l’appel de l’océan. Passionné de glisse, il quitte le sol français à 18 ans pour s’installer à Hawaï. Là-bas, il va entamer sa carrière de windsurfeur professionnel. À ce départ succèderont dix-huit années de vie au rythme des vagues. Premier freewindsurfeur français, il est par la suite soutenu par de nombreux sponsors dont Rip Curl. 

Quelques années plus tard, sous l’impulsion de Laird Hamilton, il se met, avec Michel Larronde, surfeur de gros, au tow-in, le surf tracté. Précurseur dans cette pratique, dix ans avant son explosion en France, Vincent ramène cette discipline en 1998 dans l’Hexagone. Au programme : La Nord à Hossegor accompagné de Yan Bénétrix, Seb Saint-Jean et Michel Larronde.

Vincent Lartizien, Les chanvres de l'Atlantique
(Les chanvres de l’Atlantique)

Le 22 novembre 2002, sa carrière prend un tournant insolite. Sur les côtes basques, les conditions sont incroyables - elles ont d’ailleurs eu raison, quelques jours plus tôt, du cargo Prestige. Conséquences : des vagues de plus de quinze mètres. Ignorant le drame en train de se jouer au large des côtes espagnoles, trois équipages de tow-in français se lancent pour la première fois à l'assaut de la vague de Belharra. Ces pionniers, dont fait partie Vincent Lartizien, osent enfin affronter ce joyau du Pays Basque, souvent observé depuis la corniche, mais jamais surfé. Pendant plus d’une heure, ils vont redéfinir le surf de gros européen, et marquer au passage l’une des plus belles pages du surf français.

"Étant donné notre expérience dans le surf tracté avec Michel Larronde, c'était à nous d'ouvrir les hostilités" raconte-t-il. "Lors de cette session, on a tous franchi un cap, comme si c'était vraiment la première fois qu'on faisait du tow-in en France". Porté par la presse présente sur place, Vincent démarre alors une carrière de surfeur pro en tracté.

Vincent Lartizien surf big waves
(Les chanvres de l’Atlantique)

Dans les années 80, l'influence des hippies hawaïens

"Le surf m’a rendu conscient de l’état de la planète" nous a-t-il expliqué. "Et en m’en préoccupant, j’ai cherché des solutions. Le chanvre est l’une des plus pertinentes dont on dispose aujourd’hui". Tout commence par une interrogation autour du surfwear. "Comment pourais-je aider cette industrie à faire des produits qui portent nos valeurs ?" se demande-t-il.

"Je suis donc allé voir tous ces gens que je connaissais très bien, les ai invités à changer la manière dont ils faisaient les choses, surtout pour le textile. Mais je me suis vite rendu compte que c’était trop complexe pour des structures déjà en place depuis longtemps de modifier tout ça, puisqu’il fallait tout changer depuis la base. C’est pour ça que j’ai décidé de créer mon entreprise". Son idée de départ ?"Faire du textile pour l’industrie du surf, avec des fibres naturelles et des procédés de fabrication qui n’abîment pas la planète. Le tout dans le but de produire des matériaux qui vont faire du bien à ceux qui les portent - parce que je n’aimais pas forcément mettre du pétrole sur le dos de mon fils".

"En 2010, je suis donc parti en Inde pendant un mois pour voir le chemin d’un textile classique puisque tout le monde produisait au Bangladesh. […] C’est là que je me suis rendu compte que tout était à l’opposé du bon sens. C’était catastrophique. J’ai alors réalisé qu’il allait falloir tout rapatrier en France, tout faire chez nous, comme avant".

Par la suite, Vincent fait un école agricole "pour comprendre comment [il peut] réimplanter une nouvelle filière, dans le paysage, dans les Landes". "Il fallait que je comprenne là où j’allais mettre les pieds" raconte-t-il. "J’ai donc passé un BPREA (Brevet Professionnel Responsable d'Entreprise Agricole), un brevet technique. En parallèle, comme il y avait beaucoup d’heures dédiées à des choses qui n’avaient aucun intérêt pour moi, comme l’utilisation de produits phytosanitaires, j’ai passé du temps à faire des recherches. Sur le chanvre, sur la façon de le transformer, sur ce que l’on pouvait faire avec. C’est là que j’ai vu que l’alimentaire allait être beaucoup plus facile à mettre en place que le textile dans un premier temps".

Le chanvre, une plante qu’il a pu découvrir dans les années 80 aux côtés des hippies hawaïens, alors aux antipodes du milieu chirurgical français dont il est issu. "Là-bas, tout le monde consommait du cannabis, et c’était la première fois que j’en entendais parler d’une autre manière" se souvient-il. "Pour rappel chanvre et cannabis, c’est la même chose, le nom latin du chanvre, c’est cannabis. […] Je me demandais toujours pourquoi ils disaient 'hemp will save the world' [le chanvre va sauver le monde, ndlr]. […] En fait, ils connaissaient toutes les propriétés de cette plante, suite à un livre, 'The Emperor Wears No Clothes', qui a révolutionné le mouvement hippie. Et qui a montré qu’en fait, le cannabis était une plante vitale pour l’humanité. On m’a souvent dit qu’effectivement le chanvre allait sauver la planète parce qu’il allait proposer des solutions face à toutes les problématiques que l’on a. C’est là que j’ai commencé à me dire que je devrais peut-être m'intéresser à cette plante".

Le chanvre, la reine des super food

"À la fin de mon année agricole, mon projet était de réimplanter la filière et de mettre des outils en place visant à transformer et commercialiser différentes matières. Mon ancien sponsor de surf, le propriétaire de Rip Curl, m’a demandé, par simple curiosité, d’y jeter un coup d’oeil. Là il m’a dit : 'Les banques ne vont jamais te suivre'. Aller les voir en leur disant que tu es un surfeur qui compte planter du cannabis, c’était en effet perdu d’avance. Il m’a donc proposé de me suivre financièrement".

Les chanvres de l'AtlantiqueVincent Lartizien, Les chanvres de l'Atlantique

"J’ai tout de suite trouvé des terres agricoles, des fermiers qui étaient prêts à cultiver. Et en même temps, j’ai contacté la centrale de Biocoop […] Je leur ai dit : 'On cultive, on transforme, on fait du chanvre'. Bien-sûr, on avait acheté toutes les machines, un local, des presses à huile, des décortiqueuses […] Biocoop a été hyper réceptif parce qu’ils n’avaient pas encore de chanvre. […] Ils nous ont référencés sur une plateforme et petit à petit en national. Et ça, ça nous a assuré des commandes régulières et permanentes, et permis de construire notre chiffre d’affaires, notre expérience. […] Par la suite, on est même entrés dans l’industrie agroalimentaire […] Les vertus du chanvre sont extraordinaires" nous détaille Vincent. "La graine a en elle des protéines (dans lesquelles il y a huit des neuf acides aminés essentiels au bon fonctionnement du corps humain), des lipides (où l’on retrouve des acides gras essentiels qui ont le ratio parfait entre omega-3 et omega-6, et ça on ne l’a que dans certains poissons). C’est une protéine végétale hyper digeste, sans contre-indication, qui est bonne crue. Ca en fait la reine des super food, parce que c’est une graine pouvant remplacer la viande et le poisson".

"L’idée de base était, une fois la filière alimentaire devenue rentable, d’attaquer les autres sujets, c’est-à-dire le défibrage. J’étais membre d’un groupe de réflexion sur la manière de réintégrer la matière textile en France via le chanvre et le lin. On a cherché des outils, on a bataillé pendant six ans. […] Par la suite, avec mon financier, nous sommes passés à la deuxième phase : construire notre propre usine en béton de chanvre et ensuite l’usine qui permette de transformer la paille dans le but d'extraire la fibre, de faire du textile et des matériaux de construction. […] La fibre du chanvre est antibactérienne, thermorégulatrice, antifongique, protège des UV et a une résistance mécanique supérieure à toute autre fibre, ce qui en fait de loin la plus incroyable qui soit".

"Pour changer le monde, il faut être patient, déterminé et ne jamais rien lâcher"

Selon Vincent, "ce n’est pas pour rien que cette plante a été interdite, parce qu’elle vient perturber tous les lobbys qui contrôlent la planète. […] Les principes actifs du chanvre, les cannabinoïdes, sont des molécules particulières que l’on a découvertes il n’y a pas très longtemps. En fait, tous les mammifères ont le système endocannabinoïde fait, comme son nom l’indique, pour en recevoir. […] Alors que l’on essaie de nous faire croire que c’est de la drogue. Les chercheurs commencent à se rendre compte que si l’on a un système pour recevoir ces cannabonoïdes, c’est qu’ils jouent un rôle dans la santé de l’humain. Et effectivement, d'un point de vue thérapeutique, ces molécules sont extraordinaires".

"En France, il va falloir attendre avant de produire du cannabis thérapeutique. […] C’est frustrant. Mais on sait que pour changer le monde, il faut être patient, déterminé et ne jamais rien lâcher. Et puis, comme on est des surfeurs, on sait ce que c’est de ramer 90% du temps pour 10% de plaisir. Alors on continue de ramer".


Pour en savoir plus sur "Les chanvres de l'Atlantique", lire aussi notre article sur "Le Chemin", documentaire que le surfeur pro Arthur Bourbon a consacré à une série de surfeurs tous engagés au niveau environnemental, dont Vincent Lartizien.

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