Ils ont parcouru les océans, écumé les mers pendant plus de 40 ans et gardent en eux un parfum d’aventure. Sur leur coque en fin de vie, on peut encore lire les histoires de leur capitaine. On dénombre, en France, plus de 300 000 bateaux de plaisance qui se transforment petit à petit en épaves. Les bateaux en polyester ont contribué à l’essor de la navigation de plaisance dans les années 60, mais aujourd’hui, ils ne se vendent plus et les détruire implique de nombreux coûts, y compris écologiques. Le chantier naval Bathô, une entreprise d’utilité sociale et solidaire, les transforme en logements insolites pour un tourisme responsable et une économie circulaire qui sent bon le vent du large.
Une initiative née en Loire-Atlantique
En 2017, le département de Loire-Atlantique lance « Inventons un tourisme durable », un appel à projet pour « soutenir des porteurs de projets engagés dans une démarche de tourisme de qualité et de proximité, accessible à tous, respectueux de son environnement et valorisant les richesses naturelles et patrimoniales de la Loire-Atlantique » souligne le département.
« Il cherchait [le département] à développer une nouvelle forme d’itinérance douce que l’on fait à vélo, à pied, à cheval ou en bateau » remarque Didier Toqué, co-fondateurs du chantier naval Bathô, avant d’ajouter « notre réponse : on peut récupérer des bateaux en fin de vie sur le territoire et les poser tous les 30 kilomètres, le long des pistes cyclables ».
Le chantier naval Bathô est alors lauréat du concours en octobre 2017. Rapidement, des communes, des campings, des châteaux et des particuliers s’intéressent à ces hébergements insolites. Solutions alternatives économiques au bâti.

Transformer plutôt que détruire
Le constat de Bathô est édifiant : « 1 million de bateaux de plaisance sont immatriculés en France, 80% du parc a plus de 40 ans, l’âge moyen des propriétaires est de plus de 65 ans, les jeunes ne veulent plus être propriétaires par l’ubérisation des pratiques, et des milliers de voiliers et vedettes sont à détruire dans les années à venir. 90% des bateaux de plaisance en fin de vie sont construits en polyester, un matériau solide, mais compliqué à recycler ».
Pourtant des solutions de valorisation des matières composites existent, mais elles sont onéreuses et ont un coût écologique trop important pour être déployées à grande échelle. On estime à environ 300 000 le nombre de bateaux en fin de vie, qui si rien n’est fait se transformeront en épaves.
Didier Toqué et son associé Romain Grenon ont alors l’idée de racheter ces anciens voiliers ou vedettes pour un euro symbolique et de leur donner une nouvelle vie. Les « Bathôs deviennent des hébergements insolites pour les professionnels du tourisme, des gîtes chez les particuliers, des espaces de réunion ou coworking ou tout autre chose (extension de votre maison, chambre d’amis, espace de travail, refuge d’artiste… ».
L’habitat ne nécessite aucune fondation. Le bateau est posé sur « un Ber » (une structure autoportante) fabriqué en bois et en acier, sur mesure et fixé au sol par des vis de fondation dans la terre. Il suffit ensuite de raccorder simplement l’eau et l’électricité. Une solution simple, sans permis de construire et économique – environ 25 000€.





Une économie sociale et circulaire
L’initiative écologique est louable, l’action sociale de l’entreprise l’est tout autant. Bathô est une entreprise solidaire d’utilité sociale (ESUS) qui forme des jeunes, des chômeurs de longue durée et des adultes en reconversions à leurs quatre métiers : la menuiserie, la métallurgie, le composite et l’agencement intérieur. Ces deux dernières années, l’entreprise a accueilli « plus de 50 personnes et encadré plus de 5 000 heures de formation et d’apprentissage ».
Une aventure écologique et humaine, pleine de sens et inspirante !
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