Va-t-on assister à une revanche des Népalais ? Le K2, sommet de 8.611 m situé dans la chaine des Karakoram, au Pakistan, est le deuxième plus haut sommet du monde, et surtout le seul 8.000 m à n’avoir jamais été gravi en hiver. Autant dire le défi ultime pour les alpinistes. Et ils sont nombreux cette année encore à braver des températures de moins 50°C et des vents de plus de 200 km/h pour décrocher le Graal, avec ou sans oxygène. Parmi eux cet hiver, une petite équipe de trois Sherpas, menée par Mingma Gyalje Sherpa, un alpiniste népalais hors pair qui pourrait bien l’emporter sur tous les occidentaux également sur le terrain avec, peut-être, l’aide d’un autre Népalais mondialement connu, Nims Dai.
« Le K2 est le dernier 8000 qui n'a pas été escaladé en hiver (...) c'est donc l'occasion pour les Sherpas de démontrer leur force », expliquait en novembre dernier le Népalais Mingma Gyalje Sherpa, interviewé par l’himalayiste américain Alan Arnette . « Tous les alpinistes sont assistés par des Sherpas pour réaliser leurs rêves : atteindre un sommet de 8000 m. J'ai aidé plusieurs étrangers à y parvenir. Et j'ai été un peu surpris de ne voir aucun Sherpa lors des premières hivernales. Cette ascension est donc dédiée à toute la communauté des porteurs népalais connus aujourd'hui grâce à nos amis et clients de différents pays étrangers ».
Directeur de l’agence d’expéditions himalayennes Imagine Nepal, Mingma Gyalje Sherpa, 42 ans, est le premier Népalais à avoir réussi l’ascension des 14 sommets de plus 8000 mètres. Chef d'expédition très expérimenté, il a notamment gravi cinq fois l'Everest (8848 m) et deux fois le K2 (8611 m), en été. A ses côtés cet hiver sur le K2, deux alpinistes népalais également très solides, Dawa Tenzin Sherpa et Kili Pemba Sherpa. Le premier compte 33 participations à des expéditions vers des sommets de plus de 8000 m, dont onze ascensions de l’Everest. Quant au deuxième, né à 4200 mètres d’altitude, il peut se prévaloir d’avoir gravi neuf fois l’Everest, deux fois le Cho-Oyu et trois fois le Lhotse, pour ne citer que ces montagnes. Et, point capital, il a déjà une expérience des ascensions hivernales, acquise lors de sa tentative de la face sud du Lhotse, en 2004/2005 et surtout lors de l’expédition précédente de Mingma Gyalje Sherpa sur le K2 à l’hiver dernier, ce qui lui confère un avantage certain. Pour ces deux Népalais, c’est en effet la deuxième tentative de l’ascension du K2 en hiver. Mais dans des conditions bien différentes de celles qu’ils ont connues en février dernier.
"Les clients ? Trop de responsabilités et de lourdeurs"
Cette année, c’est une équipe 100% sherpa, légère, expérimentée, très soudée et surtout sans clients, qui se frotte à l'un des sommets les plus meurtriers du Karakoram. Car « quand on a des clients, c’est trop de responsabilités et de lourdeurs », explique Mingma Gyalje Sherpa. Rien à avoir en effet avec son expédition de l’hiver précédent. En février dernier le Népalais avait déjà tenté le K2. Parmi ses clients, l’Islandais John Snorri Sigurjonsson, un alpiniste comptant déjà quatre sommets de plus de 8000 m dans son CV. Ensemble, les deux hommes avaient atteint le camp 2 (6 600 mètres), mais l’équipe, freinée par d’importantes chutes de neige, un froid extrême et l’accident d’un Sherpa qui dût être évacué par hélicoptère, avait été contrainte d'abandonner. Dépités de devoir rebrousser chemin, John Snorri et l’un de ses compagnons de cordée, le Slovène Tomaz Rotar, avaient accusé Mingma Gyalje Sherpa d'avoir mal préparé le départ de l'expédition. Accusation que le chef d'expédition avait vivement rejetée.
Mais John Snorri n’est pas le genre d’homme à rester sur un échec. Cet hiver il a donc rejoint la cinquantaine d’alpinistes qui vont tenter de gravir le K2. Et pour mettre toutes les chances de son côté, il s’est entouré, une fois de plus, de deux pointures, l'équipe pakistanaise des père-fils Sadpara . Muhammad Ali Sadpara est le seul Pakistanais à avoir atteint le sommet de huit des quatorze huit mille. Âgé de 44 ans, il a atteint quatre fois le sommet du Nanga Parbat. En 2016, il a fait partie du trio qui a réalisé la première ascension hivernale historique de la montagne. Son fils Sajid, Ali Sad, a fait l’ascension du K2 en été 2019 à l'âge de 20 ans. Ce qui fait de lui le plus jeune alpiniste pakistanais à ce jour. Nul doute que John Snorri et Mingma Gyalje Sherpa vont avoir l’occasion de se croiser.
"Si l'on doit s'entraider, on s'entraidera"
Mais pour l’heure, le Népalais semble plus avancé que l’Islandais, si l’on en croit leurs derniers posts sur les réseaux sociaux. Hier, John Snorri Sigurjonsson annonçait être redescendu du camp 2 (environ 6700 m), et avoir regagné le camp de base et la lourde équipe de l'agence "Seven Summits Treks" - dans laquelle se trouve l’alpiniste Tamara Lunger, dont nous parlions récemment- afin de récupérer et d’attendre que les forts vents, attendus pour aujourd’hui, se calment. Mingma Gyalje Sherpa était parvenu, lui juste en dessous du camp 3.

Mais il n’est pas le seul Népalais sur place, comme il l’explique dans son dernier post : « Aujourd'hui, nous avons fixé les cordes sur la section de glace juste au-dessous du camp3. Nous avons été rejoints par Nims Dai et Mingma Tenzi Sherpa vers 7000 m. Merci au frère népalais et au cœur népalais ». écrit-il. Si, comme ils l’ont annoncé, les deux équipes népalaises sont prêtes à coopérer, il va être très intéressant de suivre leur avancée. Et surtout leur approche, toutes deux se disant prêtes à tenter une ascension sans assistance d’oxygène. Ce qui serait une première pour Nims Dai. Très critiqué l'année dernière pour son recours aux bouteilles lors de son incroyable enchainement des 14 sommets de plus de 8000 m en moins de sept mois, l’ancien membre des forces spéciales britanniques a lui aussi une revanche à prendre face à une communauté de la montagne qui ne l’a pas toujours épargné, loin de là. Ajoutez encore que la rumeur court déjà qu'il aurait l’intention de descendre du K2 en parapente, ce qui expliquerait les séances d’entrainement dans les Alpes dont il parlait à Outside cet automne, et on comprendra que Nims Dai n’a pas fini d’étonner.
Soutenir l'expédition de Mingma Gyalje Sherpa
Cette année, l’annulation des expéditions himalayennes due à la pandémie a laissé les Sherpas pratiquement sans ressources. La situation est extrêmement difficile pour cette communauté dont la survie dépend en très grande partie des visiteurs étrangers. Mingma Gyalje Sherpa affirme avoir réussi à monter son expédition hivernale sur le K2 avec ses propres moyens, mais il encourage tous ceux qui ont eu un jour l’opportunité d’être assistés par des Sherpas à les soutenir via GoFundMe, ses coéquipiers ayant encore besoin de fonds pour couvrir leurs frais.
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€
