Et si, cet été, vous laissiez de côté les sentiers trop fréquentés des Alpes françaises pour vous immerger dans les grands espaces du nord ? Tout comme la France a son réseau de cabanes non gardées, la Suède compte plus de 200 cabanes secrètes disséminées dans les forêts, les archipels et les parcs nationaux du pays. Grâce au principe suédois du droit d’accès à la nature, on peut y passer gratuitement la nuit, à condition d’en respecter les règles.
Même en Suède certains l’ignorent encore, mais le royaume scandinave recèle plus de 200 cabanes où l’on peut passer la nuit sans dépenser un centime. Eparpillées à travers les vastes étendues du pays, certaines ne sont que de modestes abris perdus sous les pins, d’autres ressemblent davantage à des chalets du XIXe, aux façades rouges, dont l'intérieur est décoré de tapis de laine et de motifs floraux peints à la main. Autrefois utilisées par les bûcherons et les chasseurs ou comme résidences secondaires, elles sont aujourd’hui préservées en tant que monuments culturels. Certaines, plus récentes, ont été spécialement construites pour encourager tout un chacun à passer plus de temps en plein air. Toutes fonctionnent selon le même principe : premier arrivé, premier servi.
De merveilleuses cabanes tirées de l'oubli par deux Suédois
Avant que deux Suédois, l'écrivain Kjell Vowles et la photographe Moa Karlberg, ne publient leur ouvrage Stuglandet (« Le Pays des chalets » disponible en suédois seulement), il n'existait aucune compilation officielle de ces refuges. Mais grâce à eux, une grande partie des cabanes ont depuis été recensées. « Nous avons passé des heures au téléphone à contacter des associations ou à suivre la moindre piste sur internet pour retrouver ces lieux », raconte l’auteur. « Beaucoup avaient été abandonnés ou confiés à des associations locales qui ont choisi de les garder ouvertes aux visiteurs », explique Kjell Vowles.
« Ces habitations se trouvaient bien souvent dans des endroits très isolés et n’avaient jamais été modernisés. » Certaines sont détenues et entretenues par le conseil administratif régional, le Länsstyrelsen, tandis que d’autres appartiennent à des associations locales, à des organisations sportives ou à des particuliers. Quelques-unes ont même été conservées exactement dans l’état où leurs derniers occupants les ont laissées.
Simple refuge ou chalet traditionnel, chaque lieu a son histoire
Erika Åhlund, infirmière à Hudiksvall, ville côtière à l’est du pays, a acheté le guide dès sa sortie en 2017. Depuis, elle parcourt la Suède avec son compagnon, dans le but d’en découvrir le plus grand nombre possible. À ce jour, ils ont séjourné dans plus de cinquante cabanes. « Chacune possède son histoire », raconte-t-elle. « On peut y trouver des coupures de journaux, des gravures sur les murs, ou des objets laissés sur place. Dans l’archipel de Saint Anna, nous avons même dormi dans un refuge offert au roi de Suède pour ses cinquante ans. Aujourd’hui, n’importe qui peut y passer la nuit gratuitement. »
Cette tradition s’inscrit dans l’Allemansrätten ou droit d’accès à la nature. Profondément ancré dans la culture suédoise, il est consigné dans la Constitution suédoise depuis 1994. Ce principe autorise chacun à circuler librement dans les espaces naturels, à randonner, cueillir des baies sauvages, se baigner ou planter une tente en pleine campagne, explique Josefin Haraldsson de Visit Sweden, l’office du tourisme officiel du pays. En échange, chacun doit respecter les lieux et préserver les paysages naturels.
Nos cabanes coup de cœur
Parmi les plus emblématiques, Blommastugan, la « cabane aux fleurs », qui n’est pas sans rappeler celle du Petit Chaperon rouge. Située au cœur des forêts du Småland, dans la région de Kalmar, elle doit son nom à Anders Blomma, le batelier qui en fut autrefois propriétaire, avant qu’elle ne soit habitée par une famille jusqu’en 1987. Elle est désormais entretenue par l’association historique du village voisin de Gullabo, qui l’a entièrement restaurée.
Très fréquentées en été par les marcheurs du sentier de la Haute Côte, les sept refuges du parc national de Skuleskogen au nord-est du pays offrent un hébergement simple mais précieux au milieu d’une nature parmi les plus spectaculaires du pays.
À environ deux heures de Göteborg, dans la réserve naturelle d’Heråmaden, l’ancien refuge de Bastedalen vous accueillera à bras ouverts. Selon le conseil administratif du comté de Götaland occidental, qui en assure la gestion depuis que le territoire est devenu protégé en 2014, l’origine de la bâtisse remonterait au XVIIe siècle. Parmi ses anciens habitants figurait même un certain Bryngel Persson, réputé pratiquer la sorcellerie au XVIIIe siècle.Après le départ de ses derniers occupants en 1946, la cabane a longtemps été entretenue bénévolement par un habitant des environs, qui venait régulièrement nettoyer, réparer et couper l’herbe. Aujourd’hui encore, elle accueille, depuis plus de soixante ans, des randonneurs et amoureux de nature.
La cabane de Hjortronbergsmossen - qui tient son nom des plaquebières, les petites baies orangées typiques du Grand Nord qui poussent abondamment dans les environs en été - est considérée comme l’une des plus belles du réseau. Perdue dans une vaste zone de tourbières et de forêts anciennes, au centre du pays, c’est surement parce qu’elle n’est accessible qu’à pied qu’elle garde un tel charme.
Au cœur du territoire sami d’Åsele, deux refuges gratuits ont été construits dans le parc national de Björnlandetdans le respect des traditions locales. Toits végétalisés, bois issus de la forêt environnante et éclairage à la lampe à huile... de quoi vivre au plus près des éléments, le temps d’une nuit.
Ce qu’il faut savoir avant de partir
Les cabanes ne peuvent pas être réservées à l’avance. Il suffit de vous y rendre et de vous installer, quitte à partager l’espace si quelqu’un y est déjà installé. Pour permettre au plus grand nombre d’en profiter, une seule nuitée est autorisée par personne. Le confort y varie énormément, certaines disposent de lits, d’un poêle à bois et de réserves de bois de chauffage, d’autres sont beaucoup plus rudimentaires. La plupart n’ont pas d’eau courante. Il faut donc prévoir son sac de couchage, sa nourriture et repartir bien sûr avec tous ses déchets.
La plupart de ces refuges sont accessibles en transports publics, complétés par quelques kilomètres de marche. Avant le départ, mieux vaut se renseigner précisément sur les conditions d’accès et l’équipement disponible sur place. Le site Naturkartan, référence suédoise pour les activités de plein air, permet notamment de localiser les sites et de consulter les informations pratiques.
En haute saison, surtout durant l’été, certaines cabanes peuvent être complètes. Il est donc conseillé de prévoir une solution de secours : tente, refuge alternatif ou hébergement payant à proximité.
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