Témoignage : « Pour nous, les Noirs, la nature n’est pas un refuge. Au contraire »

Black Girl Trekkin

La rédaction

  • 8 juin 2020
  • 8 minutes

Originaire de la Jamaïque, l’Américain Prince Shakur est noir. Parti sur les traces d’Edward  Abbey, militant écologiste radical, sorte de Thoreau de l’Ouest américain, il fait l’expérience du racisme au cœur même de la communauté outdoor lorsqu’il décide après la fac de faire une saison dans une station de ski du Montana. Son récit, écrit en novembre 2017, prend plus de sens encore aujourd’hui, à l’heure où le mouvement « Black lives matter » embrase l’Amérique, avec le soutien de centaines de milliers de personnes, de Paris à Sydney. Enfant, je passais la plupart de mes étés dans ma famille, en Jamaïque. Nous allions à la « campagne », comme disent la plupart des Jamaïcains. Peau noire, cheveux crépus, poisson salé et cocotiers, c’était ça pour moi la campagne. Nous allions chercher l’eau au puits et s’il arrivait qu’on se retrouve en panne de courant, on en profitait pour faire une pause et profiter de l’instant présent, tout simplement. C’est en Jamaïque que j’ai appris que la nature pouvait être synonyme de bien-être et que l’outdoor pouvait avoir des vertus thérapeutiques. En grandissant aux États-Unis, je m’imaginais que la nature pouvait, là aussi, être synonyme d’expériences positives. Mais pendant la majeure partie de mon enfance, cette théorie n’avait jamais été mise à l’épreuve. J’ai grandi dans l’Est de Cleveland, dans l’Ohio, un quartier à prédominance afro-américaine. Toute mon enfance je me suis entendu dire : « Ne fais pas ce que font tous ces enfants blancs. Tu n’es pas blanc. » C’est là que j’ai pris conscience de ma race, parmi d’autres qui me ressemblaient. Or après avoir quitté Cleveland, j’ai appris qu’aux États-Unis les villes situées dans de beaux espaces naturels étaient loin de toujours ressembler à ce paradis que j’avais connu enfant, en Jamaïque. Au contraire. Là, un jeune homme noir pouvait s’y sentir terriblement seul et vulnérable. La peur au ventre en balade dans l’Ohio C’est à Athens, dans l’Ohio, que j’ai découvert l’Amérique rurale….

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