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Tour du monde vélo escalade
  • Voyage

Slow travel : le tour du monde des spots d’escalade, à vélo, d’Arline et Bertrand

  • 12 avril 2022
  • 6 minutes

Coralie Havas Coralie Havas Passionnée d'escalade, de montagne et de culture outdoor au sens large, Coralie est journaliste pour Outside. Elle est basée à Uzès quand elle n'est pas sur la route à bord de son van.

Après avoir traversé l’Europe, de la Suisse à la Turquie, Arline Bernegger et Bertrand Gaudard sont actuellement en route pour le Canada. Leur objectif ? Relier différents secteurs d’escalade autour du monde, à vélo : 20 000 km, en prenant le temps !

"On voulait aller grimper autour du monde, découvrir des secteurs vus en vidéos ou recommandés par des amis. On adore l’aventure mais on ne voulait pas partir en voiture ou en avion. On voulait prendre le temps. À pied, ce n’était pas possible. Le plus simple, c'était d’y aller à vélo", expliquent Arline et Bertrand, 27 et 28 ans, à la veille de leur départ pour le Canada. En avril 2021, les deux grimpeurs ont quitté leurs emplois respectifs, en génie civil et dans le domaine des énergies, pour prendre la route. Un périple qui, au total, devrait leur prendre de deux ans et demi.

Comment avez-vous défini votre itinéraire ?

Bertrand : Nous avons prévu de visiter entre quarante et cinquante sites d’escalade, des grands sites comme Leonidio, en Grèce ou encore Geyikbayiri en Turquie mais aussi des petits secteurs moins connus mais tout aussi cool, découverts notamment grâce au site 27crags ou à des locaux, des équipeurs dans les Balkans, en Bosnie ou en Albanie.

Arline : Ensuite, on a projeté tout ça sur une grande carte du monde en essayant de trouver un lien logique correspondant aux saisons et à la météo. Par exemple, il ne nous fallait pas aller grimper en Turquie l’été ou en Asie lors de la mousson. On a aussi regardé les distances à parcourir entre les deux secteurs de grimpe et estimé combien de temps ça allait nous prendre. On a dû laisser tomber quelques spots - il nous aurait fallu voyager pendant cinq ans !

Bertrand : C’est d’important d’avoir une idée, de bien planifier. Mais aussi d’avoir un plan B, ou C, toujours en fonction des saisons pour ne pas être bloqués, au cas où le premier ne marcherait pas.

Arline : Suivant les situations sanitaire et politique, les choses peuvent évoluer du jour au lendemain. Impossible de passer par la Russie et d’aller en Chine pour le moment par exemple.

Comment organisez-vous vos ravitaillements ?

Arline : Ca dépend où l'on se trouve. Quand on sait qu'on va passer à travers des villages, on prend peu de nourriture et d'eau. Pour les trajets où le ravitaillement est plus compliqué, on a quand-même la possibilité d’avoir une réserve, d’environ une semaine de nourriture. Pour l’eau, on arrive à en transporter 20 litres, de quoi être autonome trois jours et on a des filtres et des pastilles. Quand on est proche des secteurs de grimpe, on va plutôt dans des campings, ce qui nous permet de laisser notre matériel en sécurité pendant la journée.

Bertrand : On passe 95% de nos nuits sous tente. Mais l’hiver, il nous est arrivé de louer des appartements en Grèce ou en Turquie, ce n'est pas beaucoup plus cher qu'en camping.

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Qu’emportez-vous sur vos vélos ?

Arline : On a chacun quatre sacoches, deux devant, deux derrière pour le matériel de camping et les objets personnels. A l'arrière on a également un gros sac à dos chacun contentant la corde, le matériel de grimpe, les dégaines, le baudrier. On emporte une corde de 120 mètres ce qui nous permet de faire aussi bien des couennes (voies d'une seule longueur, ndlr) que des grandes voies.

Bertrand : On a toujours 35 dégaines avec nous, ce qui nous permet d'en laisser dans des projets si jamais on essaie des voies plus difficiles. On a aussi tout le temps 5 ou 6 coinceurs. Si l'on fait du trad, on se fera envoyer le reste du matos pour ne pas avoir à le porter. Sans eau et sans nourriture, on porte environ 40 kg par personne. Nous n’avons pas de vélos électriques, ils sont en acier, relativement basiques, dédiés au voyage. Ils proviennent d’un vendeur suisse qui les fabrique lui-même, 47° Nord.

Tour du monde vélo escalade
(The other way around)

Quels sont vos objectifs de grimpe ?

Bertrand : On n’a pas d’objectifs très fixes en termes de voies ou de cotations. Le but, c’est de grimper le plus possible à vue (en faisant une seule montée dans la voie, ndlr). Quand on reste une ou deux semaines quelque part, on prend plus de plaisir à faire trente ou quarante voies dans le 7e degré plutôt que de passer la semaine dans un seul projet.

Arline : On a aussi fait des grandes voies en Autriche, en Bosnie, dans le Verdon. Le but, c’est de faire un peu de tout, des grandes voies, du trad. Varier un peu en fonction de ce qu’il y a dans le pays.

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Conjuguer grimpe et vélo n’est-ce pas trop épuisant ?

Arline : On essaie généralement de faire une à deux semaines de vélo. Ensuite, on s’installe dans un endroit pour une à trois semaines de grimpe. On a découvert que l’escalade et le vélo la même journée n’allaient pas très bien ensemble. Faire du vélo le matin et grimper l’après-midi, c’était trop fatiguant. Avec l’énergie dépensée à vélo, ce n’est pas possible de forcer de manière plus explosive pour la grimpe.

Bertrand : Le poids ne change pas beaucoup les sensations à vélo. De toute façon, c’est lourd. Que l’on ait 50 kilos ou 60 kilos, on avance à la même vitesse. On doit plutôt faire attention à avoir assez de place pour tout. Mais niveau poids, tant qu’on pédale, on est bon. Par contre, si on doit descendre à vélo parce que c’est trop raide ou si c’est un chemin en terre et qu’on n’arrive plus à pédaler, ça devient vite très compliqué et très lent.

Tour du monde vélo escalade
(The other way around)

Que conseilleriez-vous à ceux qui voudraient se lancer dans un pareil périple ?

Bertrand : Il ne faut pas hésiter à y se lancer. Il ne faut pas se dire que ça va être lourd, difficile ou long. Il faut juste essayer. Certes, ce sera plus difficile que d’aller grimper en voiture. Mais au final, tu vis quelque chose d’intense. Après, tu vas rire de tous ces petits problèmes rencontrés en route.

Arline : Je conseillerais de commencer à petite échelle. De partir pour un week-end, grimper autour de chez soi, de prendre le matériel de grimpe, de faire peut-être 30-40km, de s’installer pour grimper et revenir. Ensuite de faire des voyages sur une ou deux semaines dans la région. Je déconseillerais de planifier un très grand trip et de partir sans avoir fait des petits essais. Avec Bertrand, on a acheté les vélos, presque deux ans avant le départ. On a fait un petit tour en Suisse l’été pendant une semaine. C’est là que l’on s’est rendu compte qu'il n’était pas possible de cumuler vélo et grimpe sans faire de pauses. Ca nous a permis de voir de quoi nous avions besoin, comment il fallait organiser les sacoches et la logistique des ravitaillements. Nous sommes également partis de Genève jusqu’à Briançon. Ca nous a davantage plongé dans l’aventure et nous a appris à planifier les étapes de vélo pendant les journées. On a pu voir qu’on pouvait faire 80 km par jour, en fonction du dénivelé. Avec ces deux avants-projets, on a pu développer des stratégies avant de planifier le grand trip.

Bertrand : On n’est pas obligé non plus d'avoir déjà fait beaucoup de vélo pour partir sur un voyage comme ça. Mis à part les deux petits tours d’essais, je n’avais personnellement jamais fait de vélo avant. Tu trouves ça difficile les 3-4 premiers jours, après ça commence à rentrer dans la routine et ça va de mieux en mieux. On s’en entraîné en route. Bon après, on fait tous les deux énormément de montagne, beaucoup de ski de randonnée. Avant de partir, on faisait du sport tous les week-ends, presque tous les soirs en semaine. Ca correspond à notre mode de vie.

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Quels sont les sites que vous avez préférés depuis votre départ ?

Arline : La grande découverte, c’était la grimpe en Bosnie. On n’en avait jamais entendu parler avant. On est tombé, par hasard, sur un festival annuel d’escalade. C’est un pays assez grand mais il n’y a qu’une centaine de grimpeurs locaux qui développent leurs secteurs depuis une dizaine, voire une vingtaine d’années. C’est tout neuf. Le potentiel sur place est incroyable, une version miniature du Verdon, d’autres falaises ressemblent énormément à Margalef, en Espagne. Il y a plein de colonnettes (colonnes calcaires, ndlr) qui font penser à la Grèce et plein de styles différents sur un territoire relativement petit. Les locaux sont très heureux d’échanger avec des grimpeurs venus d’ailleurs, pour avoir des avis sur leurs topos. Ils cherchent aussi des gens pour équiper, c’est vraiment un échange très riche.

Bertrand : On a aussi beaucoup aimé Brar, en Albanie. C’est un mur assez imposant, avec des colonnettes. Ou encore Datça en Turquie, plus petit, moins connu que Geyikbayiri (un spot d'escalade réputé, ndlr) mais tout est bien équipé, il y a des supers voies. Le lieu est magnifique. J’ai aussi beaucoup aimé Olympus, tout proche de Geyikbayiri, un mur tout droit, un peu coupé au couteau. On n’a jamais vu quelque chose d’aussi artistique. C’est très joli, face à la mer, quasiment personne n’y va.

Arline : On a l’impression de grimper sur un arc-en-ciel avec des petites prises, c’est très technique, avec des monos (une préhension permettant d'introduire un seul doigt, ndlr). Sinon, il y a bien évidemment les grands secteurs, comme Leonido ou encore Kalymnos en Grèce mais ceux-là, tout le monde en parle déjà.

Pour suivre les aventures d'Arline et Bertrand, rendez-vous sur leur compte Instagram.

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