La TDS était son premier ultra. Shigeru Morikawa, un Japonais de 54 ans, l’a choisi parce qu’il voulait passer enfin du temps dans la vallée de Chamonix. Un lieu qu’il a découvert il y a près de cinquante ans, sans y être retourné depuis. Ces 148 kilomètres et 9300 mètres de dénivelé, réalisés en 45:21:59 de course, furent pour lui « un véritable moyen de se reconnecter à ses souvenirs d’enfant et de réaliser une grande course avant d’être trop vieux » nous a-t-il raconté dans une interview réalisée quelques minutes après son arrivée hier soir.
Mercredi 28 août. 21h15. Après plus de 45 heures de course, Shigeru Morikawa, un Japonais de 54 ans, arrive place du Triangle de l’Amitié aux côtés des bénévoles fermant la course. Acclamé par une foule encore nombreuse, il boucle, non sans mal, la TDS. En témoigne la position de son dos, fruit d'une douleur qu’il traîne depuis plus de 15 heures de course. « C'était ma seule occasion d’y arriver, je voulais profiter d’être encore jeune pour pouvoir le faire » nous a-t-il expliqué par la suite. « Je voulais courir l’UTMB. Mais comme il n’y a pas l’UTMB World Series [circuit de courses qualificatives pour l’UTMB, ndlr] au Japon, je suis allé en Corée l’an passé pour participer à une épreuve by UTMB. J’y ai gagné trois Running Stones. Sauf que ça n’a pas été suffisant pour être sélectionné au tirage de sort de l’UTMB. Je me suis alors rabattu sur la TDS [une course sans tirage au sort, ndlr] ».

« Je ne l'ai pas fait pour être acclamé par ma famille »
Shigeru Morikawa voulait avant tout à courir à Chamonix, une ville symbolique à ses yeux. « Je rêvais d’y retourner » raconte-t-il. Car la première fois que le Japonais a mis les pieds dans la vallée, il avait six ans. « J’y suis allé avec mes parents. On est montés à l’Aiguille du Midi, avec le téléphérique. Moi, je voulais surtout aller voir la Mer de Glace. Mais mon père a refusé – on n’avait pas le temps de le faire. […] J’étais très jeune. Mais j’ai toujours gardé un très bon souvenir de Chamonix. Je voulais absolument y revenir. Sauf que le temps est passé si vite… ».
Si bien qu’il aura fallu attendre le 24 août pour que Shigeru remette les pieds dans la vallée. « J’étais retourné en France entre temps » poursuit-il. « Mais jamais à Chamonix. Parce que c’est un peu au milieu de nulle part. Et puis, ma famille ne comprend pas pourquoi je suis autant attaché à ce lieu alors que je n’y suis venu qu’une seule fois, il y a très longtemps ».
Sa femme et ses enfants n’ont d’ailleurs pas accompagné Shigeru lors de son périple vers la TDS. Il a fait le voyage vers la France seul. Et aucun de ses proches n’était présent sur la ligne d’arrivée pour l’accueillir. « Je savais que ça allait être comme ça. Mais cette course, je ne l’ai pas faite pour être acclamé par ma famille » explique-t-il, un peu ému pourtant.

« Je m’étais préparé mentalement à ce que ce soit difficile »
L’entraînement pour la TDS, il l’a aussi fait seul. « J’ai principalement couru sur route pendant ma préparation. C’était pour ça que j’ai éprouvé beaucoup de difficultés sur les sentiers techniques pendant la course » raconte-t-il. « J’ai quand-même fait du dénivelé. À Tokyo, là où j’habite, j’ai quelques côtes qui m’ont permis de m’entraîner correctement. Et puis je suis sorti de la ville chaque week-end pour faire de longues randonnées ».
« Je savais bien que je n’étais pas extrêmement bien préparé pour cette course. D’autant qu’à Tokyo, il fait trop chaud pour courir l’été » poursuit-il. « Je ne me suis donc pas très entraîné pendant cette période, si ce n’est avec quelques séances de natation avant d’aller travailler [Shigeru travaille dans le domaine de la propriété intellectuelle, ndlr]. Quoiqu’il en soit, je savais très bien que ça allait être une épreuve difficile. Je m’y étais préparé mentalement. J’ai vraiment vécu des moments difficiles. Mais je n’ai jamais pensé à abandonner ».




« J’ai accompli mon rêve »
Avant de parcourir les sentiers techniques de la TDS, Shigeru s’est rendu à la Mer de Glace. « C’est triste parce que je savais d’avance que je n’allais pas exactement voir le même glacier qu’il y a cinquante ans. Il a bien reculé, je l’avais déjà remarqué en regardant quelques photos de Chamonix sur internet il y a quelques années » détaille-t-il. « Mais peu importe, j’ai accompli mon rêve. Et la TDS, c’est la cerise sur le gâteau en quelque sorte ».
« Cette course, j’y ai participé avant d’être trop vieux » poursuit-il. « Je sais que je suis encore jeune à 54 ans » poursuit-il. « J’ai croisé certains ultra-traileurs bien plus vieux que moi. Mais le temps passe tellement vite… […] Ma mère est à l’hôpital, elle est très âgée vous savez [84 ans, ndlr]. Mon père est mort il y a quelques années – j’aurais bien aimé qu’il sache que je suis retourné à Chamonix, pour faire du trail ».
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