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UTMB 2019
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Se perdre sur un trail : le cauchemar des champions

  • 20 mars 2019
  • 8 minutes

Camille Belsoeur Camille Belsoeur

De nombreux trails majeurs basculent sur l’erreur d’un athlète en lice pour la victoire, qui rate une balise à une intersection. Brouillard, fatigue, mauvaise entente avec un pacer… Les pièges sont partout.

Du haut de ses 2 140 mètres, le sommet de la Tête aux vents, niché dans le massif des Aiguilles rouges, surplombe le village d’Argentière. Il s’agit surtout de la dernière montée qui se dresse sur le chemin vers Chamonix pour les participants des courses de l’Ultra-trail du Mont-Blanc (UTMB). Et comme son nom l’indique, c’est une montagne ouverte aux tempêtes.

En 2014, Yoann Stuck, traileur lyonnais en pleine ascension, se mesure à son premier 100 km sur la course Courmayeur-Champex-Chamonix (CCC). Une balade parsemée de 6 000 mètres de dénivelé positif. Ancien fêtard, fumeur et pizzaïolo, Yoann Stuck détonne alors autant par son look de hipster - barbe fournie, boucle d’oreille, tatouages - que par ses performances. Treizième de la Sainté-Lyon 2013, sixième de la 6000D en juillet 2014 (un aller-retour depuis la station de la Plagne vers le glacier de Bellecôte), il a séduit la team Adidas. Sa réputation naissante en fait l’un des outsiders de cette édition de la CCC.

Prudent, il débute la course doucement. « Au refuge de Bertone, après 15 kilomètres, je suis 50e. J’ai grimpé doucement la montée de la Tête de la tronche (2580m). Puis je remonte progressivement pour être dans les 10 premiers à Champex, à mi-course », raconte l’athlète. Très fort dans les deux ascensions suivantes, la Giète et Les Tseppes, Yoann Stuck arrive au sommet de la Tête aux vents en 4ème position. Un podium devient possible.

station d'altitude trail
Une station d'altitude sur un col lors de l'UTMB 2009. (Mako10/CC BY 2.0)

Mais là-haut, la nuit est tombée pour les traileurs, partis le matin à l’aube. La pluie et le brouillard se mêlent à la fatigue musculaire et psychique. Le vent hurle les pièges de la nature. « Le chemin était très étroit, presque invisible. J’ai raté une balise de l’itinéraire puis, sans le vouloir, je me suis retrouvé à suivre une trace hors sentier. Avant que je réalise mon erreur, j’étais perdu au milieu de la montagne. J’ai utilisé mon sifflet pour que quelqu’un puisse m’entendre. Mais, personne ne m’a répondu. J’ai alors utilisé mon téléphone portable, que le règlement nous impose d’avoir, pour appeler l’organisation. Comme j’étais parmi les coureurs de tête, des bénévoles m’avaient accroché une puce à mon sac lors d’un ravitaillement précédent. Ils m’ont localisé à mi-distance entre deux chemins ».

Les minutes défilent. La colère de voir glisser entre ses doigts une place de prestige sur la CCC se mêle à la peur. « J’ai essayé de me calmer. J’ai avalé un gel pour ne pas avoir un coup de mou, tout seul en pleine nuit dans la montagne. Puis, j’ai essayé de couper tout droit à travers la végétation pour rejoindre le sentier en contrebas dont me parlaient les organisateurs aux téléphone. J’ai finalement réussi à rallier le chemin qui menait à la Flégère. Je suis arrivé, le visage couvert de feuilles et de terre. Les gens ont halluciné en me voyant comme ça », confie t-il, enfoncé dans un fauteuil moelleux meublant son local professionnel, dans le bourg d’Ecully, banlieue posée sur les hauteurs de Lyon. Yoann Stuck bouclera finalement la course en 17e position.

Surmonter la frustration

De nombreux trails prestigieux se jouent sur l’égarement d’un ou plusieurs athlètes. Le cas le plus marquant de ces dernières années est sûrement l’édition 2016 de la Western Endurance States, le plus prestigieux des ultras américains (161 km et 6000m de dénivelé positif). L’étoile montante de la discipline, Jim Walmsley, n’avait alors pas encore remporté l’épreuve... Ce 25 juin 2016, à 10 km de la ligne d’arrivée, l’athlète de Flagstaff (Arizona), écrasait la concurrence et se dirigeait vers un premier succès majeur. Mais, une erreur d’appréciation à un tournant lui a coûté plus d’une heure de détours hors sentier et la victoire. Abattu et très fatigué, il termina en 20e position. Il se rattrapera avec brio en 2018, en s’emparant du record de la course en 14 heures et 30 minutes.

« C’est vraiment frustrant et mentalement très difficile de trouver la motivation pour continuer la course une fois que vous vous êtes perdu », témoigne le Sud-africain Ryan Sandes, membre du team Salomon et lui-même vainqueur de la Western States 2017. « Sur le Grand raid de la Réunion, en 2016, je me suis perdu à deux reprises. La première fois, une balise avait été enlevée sur le parcours et la seconde fois c’était de ma faute, j’avais raté un virage. J’étais pourtant bien dans le rythme et je revenais sur le coureur classé en troisième position. Mais j’ai perdu 30 minutes et c’était fini. Mentalement, je ne pouvais plus me battre », ajoute t-il.

Pas avare en expériences malheureuses, Yoann Stuck conseille : « Dans ce cas, il ne faut pas trop se focaliser sur la course ». Désormais sponsorisé par la station de La Plagne, le Lyonnais se rappelle de l’édition 2018de l’Ecotrail Paris, sous la neige, dont la première partie du parcours est composée de chemins sinueux dans les forêts de Meudon et Versailles. « J’étais seul au 35e km, en 4ème ou 5ème position. Soudain, je ne comprends pas ce qui se passe car je double un gars qui était derrière moi depuis le début de la course. La météo était dégueulasse. Un groupe de coureurs avait par erreur pris un raccourci en se trompant à un embranchement. Vincent Viet, un traileur du team New Balance, était juste devant moi : ça l’a sorti mentalement de sa course. Il a oublié de boire et de manger et a fini en hypoglycémie. Quant à moi, j’ai progressivement réussi à remonter, pour finalement terminer 5ème ».

Garder son sang-froid

Comment réagir au moment précis où l’on se perd, pour ne pas voir le chronomètre tourner dans le vide et perdre ses chances de victoire ? Habitué des parcours engagés en haute montagne, Ludovic Pommeret a remporté l’Ultra-trail du Mont-Blanc en 2016. Pas vraiment effrayé par les névés et les pierriers où un oeil affûté est parfois nécessaire pour ne pas perdre de vue les balises qui marquent un itinéraire, l’athlète du team Hoka One One a lui aussi connu de mauvaises expériences.

«Parmi les athlètes de haut niveau, c’est déjà arrivé à tout le monde de se perdre », glisse t-il au téléphone, encore essoufflé après une séance d’entraînement tout juste achevée. « Il faut garder son sang-froid, même si c’est toujours frustrant de s'égarer quand on est en tête de course. C’est toujours difficile de gérer une situation quand soudainement on se retrouve sur un chemin sans balises. On se dit que soit on s’est trompé en amont, soit une partie du parcours a été débalisée. Donc on peut avoir tendance à vouloir continuer pour voir si on est sur la bonne voie. Mais mieux vaut revenir en arrière jusqu’au dernier balisage croisé, pour vérifier si on n’a pas raté quelque chose. Mais ça coûte toujours mentalement de revenir en arrière », analyse t-il.

Rester lucide malgré la fatigue

Sur les trails longues distances, la fatigue entame peu à peu la lucidité des coureurs, accroissant d’autant leurs chances de se perdre. Sur la Western States, l’équation ressemble même à un casse-tête. Le départ a lieu en altitude à Squaw Valley, où les participants franchissent souvent dans la neige et le froid Emigrant pass, un col perché à 2600 mètres, avant de plonger dans la chaleur infernale des basses vallées du Colorado - où à la fin du mois de juin le thermomètre atteint régulièrement les 40 degrés. « Je pense que quand Jim Walmsley s’est perdu à quelques kilomètres de l’arrivée en 2016, il était très fatigué et n’avait pas vu le marquage. Car sur le parcours de la Western States, tout est très bien indiqué. Mais après 150 kilomètres, vous pouvez être vraiment épuisé et plus assez alerte mentalement », lâche le Sud-africain Ryan Sandes.

Un traileur s'arrête à un ravito
Un ravito avec du solide. (Deanna Young/CC BY 2.0)

Ancienne membre de l’équipe suisse de canoë, reconvertie dans une carrière de traileuse depuis 2010, Caroline Chaverot, vainqueure de l’UTMB en 2016, appréhende les fins de parcours. « Je suis de nature assez distraite, donc j’ai une tendance assez forte à me perdre. Surtout quand, sur des ultras, j’écoute de la musique avec mes écouteurs pour oublier un peu la souffrance physique. Je peux avoir tendance à m’évader dans une rêverie et à ne plus voir les balises », confesse-t-elle.

Manager de la team Salomon, Grégory Vollet, un ancien vététiste professionnel, donne un conseil évident, mais que beaucoup d’athlètes épuisés oublient. « Pour rester lucide, il faut bien boire et s’alimenter tout le temps, ne pas attendre un moment difficile pour se ravitailler, en se disant que ça va passer ».

Comprendre la logique du parcours

La solution la plus sûre pour éviter toute sortie hors des chemins balisés est d’étudier avec minutie le parcours de l’épreuve en amont du jour du départ. La Sarthoise Nathalie Mauclair, deux fois championne du monde de trail, ne laisse pas grand-chose au hasard avant de s’élancer sur une course. « Je travaille avec la vidéo pour repérer les points clés du parcours grâce à des images des éditions précédentes ou fournies par mon staff. J’étudie aussi la carte pour savoir où sont les ravitaillements… Si un ravito est prévu au km 20 et que je ne l’ai pas vu quand la montre affiche 22 ou 23 km, je sais qu’il y a un problème. En 2014, j’ai gagné le Grand raid de la Réunion. Mais à la fin, vers La Redoute, je me suis retrouvée sur un mauvais chemin à cause d’un balisage qui avait été enlevé. Heureusement, je connaissais bien le parcours et je me suis très vite rendu compte que je n’étais pas sur le bon sentier », raconte l'athlète de 48 ans, sponsorisée par la marque Raidlight.

En cas de gros enjeu, Ludovic Pommeret aime s’imprégner du décor d’une épreuve prestigieuse avant d’en prendre le départ. « Aller faire un repérage sur des courses que je ne connais pas et où l’enjeu est important, comme les championnats du monde de trail, permet de faire diminuer le stress. On n’a pas souvent le temps de reconnaître tout le parcours, donc je me concentre le plus souvent sur les derniers kilomètres. Sur une course, il y a toujours une forte densité de coureurs au début. Il y a moins de risque de se tromper. C’est pour ça que je vais davantage reconnaître les fins de parcours. A ce moment là, on se retrouve en solitaire et il est plus facile de se rater ».

Mieux vaut être seul que mal accompagné

Un différence notable entre les trails européens et nord-américains est l’usage de pacers dans le dernier tiers de course de ces derniers. Un pacer, littéralement un “meneur d’allure”, est dans le cas du trail une personne que vous avez choisie et qui vous accompagnera en fin de parcours pour porter vos réserves d’eau, vous remonter le moral en vous encourageant et vous aider à ne pas vous perdre.

« S’il y a une chose que j’aimerais voir importer en France, ce sont les pacers. Il faut le choisir avec soin pour qu’il vous apporte un plus. C'est important de bien s’entendre avec lui, et aussi qu’il connaisse bien le parcours. Aux États-Unis, sur la Hardrock 100 (légendaire ultra avec plusieurs passages au-dessus de 4 000 mètres dans le Colorado), j’ai choisi à chaque fois un Américain de la région, qui connaissait bien les montagnes. C'était un vrai plus plus pour me laisser guider et m’éviter une fatigue mentale », se souvient avec enthousiasme Nathalie Mauclair.

Une traileuse engagée sur la Mrs. Robinson's Romp
Une traileuse engagée sur la Mrs. Robinson's Romp 5-10k en 2017, Kansas City, USA. (Ryan Knapp/CC BY 2.0)

Mais même avec un pacer, les mauvaises expériences restent possibles. Caroline Chaverot, numéro un mondial du classement de l’Association international de trail-running, a connu une expérience cauchemardesque sur l’édition 2017 de la Hardrock.

« Je savais que c’était une course mal balisée. J’étais venue exprès trois semaines avant le départ pour reconnaître en détail le parcours. C’était un gros sacrifice pour moi, car je mettais de côté mes enfants, mon mari, avec qui je forme une famille très fusionnelle. Il y a une seule section assez technique, que je n’avais pas eu le temps de parcourir lors de ma reconnaissance. Je devais la courir avec mon pacer, un bénévole présent depuis 20 ans sur la course, que j’avais choisi. Mais la veille du départ, le manager américain du team Salomon, auquel j’appartiens, a insisté pour le remplacer par quelqu'un d'autre. Je n’avais pas été mise au courant et ça m’a énervée. Sur la première moitié de la Hardrock, je suis dans une forme incroyable, peut-être la meilleure de ma carrière. Et puis dans la nuit, mon pacer se trompe de chemin. On s’est disputé, on a couru chacun de notre côté pour retrouver le balisage. En tombant, je me suis fêlé une côte et surtout, quand j’ai enfin retrouvé le sentier après une heure à tourner en rond, j’étais épuisée », raconte Caroline Chaverot.

La Française remportera finalement cette édition de la Hardrock, mais avec un goût amer. Celui d’avoir laissé échapper le record qui lui tendait les bras, et d’avoir subi « un calvaire » sur la dernière portion. Même en trail, il vaut mieux être seul que mal accompagné.

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