Le 18 février dernier, après des jours de recherches, la légende pakistanaise de l’alpinisme, Muhammad Ali Sadpara, était officiellement considéré comme mort. De même que ses compagnons de cordée, l'Islandais John Snorri Sigurjónsson et le Chilien Juan Pablo Mohr Prieto, partis pour l'ascension hivernale du 2e sommet du monde (8.611 m) le 4 février. Plus de quatre mois et demie plus tard, son jeune fils Sajid, seul survivant, vient d’annoncer lors d’une conférence de presse que c’était à son tour "de retourner voir par moi-même". Son expédition part aujourd’hui, vendredi 25 juin. Elle devrait durer 40 à 45 jours. L’occasion de comprendre ce qu’il s’est passé mais aussi de produire un documentaire sur cette tragédie.
"Nous voulons découvrir ce qui leur est arrivé et faire de notre mieux pour récupérer leurs restes", a déclaré le jeune Sadpara lors d’une conférence de presse organisée hier au National Press Club d’Islamabad. Sajid Ali Sadpara, qui a déjà gravi le K2 pendant l’été 2019, a donc entrepris de lancer une expédition avec l’alpiniste et cinéaste canadien Elia Saikaly (auquel on doit notamment un éblouissant time laps sur l'Everest) et le partenaire habituel de Saikaly, Pasang Kaji (PK) Sherpa.

On se souvient que le 4 février dernier Muhammad Ali Sadpara, considéré comme le meilleur alpiniste pakistanais de sa génération, et son fils Sajid, 22 ans, avaient entrepris l’ascension du K2 avec l'Islandais John Snorri et le Chilien Juan Pablo Mohr Prieto qui les avait rejoints. Mais ce qui devait être une première hivernale a tourné au drame. Seul Sajid Ali, qui avait dû abandonner sa tentative de sommet suite à un dysfonctionnement de son régulateur d'oxygène, est redescendu vivant au camp 3. Depuis, les corps des trois hommes n’ont toujours pas été retrouvés.
A la veille de lancer son expédition, Ali est revenu hier sur les faits : "Je ne sais toujours pas ce qui leur est arrivé. C'est pourquoi je suis ici maintenant. Quatre mois et demi ont passé. Bien sûr, je sais qu'il (son père, ndlr) n'est plus en vie. Et je suis reconnaissant envers tous ceux qui ont participé aux opérations de recherche. Mais maintenant, c'est à mon tour de revenir sur ses traces et de constater par moi-même. De marcher dans ses derniers pas. Il est possible que tous les trois aient atteint le sommet ou aient fait demi-tour avant le sommet et que l'un d'entre eux se soit blessé pendant la descente. Peut-être que le mauvais temps est arrivé et qu’ils ont cherché un abri. Peut-être quelque chose de pire encore. Mais il ne sert à rien de spéculer. Mon père est avec Allah maintenant. Il est en sécurité. J'y vais seulement pour trouver des réponses et pour retracer son dernier chemin - pour voir ce qu'il aurait pu voir. Pour voir s'il a laissé des signes pour que je puisse les suivre. S'il y a quelque chose qu'il veut que je sache. John (Snorri, ndlr) tenait un journal de toutes les cachettes où il irait bivouaquer si le mauvais temps s'installait. Il était méticuleux dans sa planification. Je vais aller chercher tous ces spots avec Elia et Fazal Ali maintenant. Si je les trouve, ce sera un vrai plus. Si nous parvenons au sommet, ce sera bien, si nous n’y arrivons pas, ce sera bien aussi. Le sommet n'est pas notre but. Si je ne retrouve pas mon père, alors, fièrement, je placerai une plaque en son honneur au Gilkey Memorial (site dédié à tous ceux qui sont morts sur le K2, ndlr). En l’honneur de celui que j'aimais plus que tout, qui m'a appris l'alpinisme et qui est, à ce jour, l'un des plus grands, sinon le plus grand alpiniste pakistanais de tous les temps."
« Le rêve de mon père était de gravir les 14 sommets de 8 000 mètres du monde. J'espère qu'il pourra accomplir sa mission ». Mais s'il ne revient pas, je sais que c'est maintenant à moi de faire de son rêve une réalité. »
Sajid Ali Sadpara, le 9 février alors qu’il avait encore l’espoir de revoir son père
Cette expédition très couteuse, initiée par le jeune Ali, n’a pu être financer qu’avec le soutien d’Elia Sailkaly qui faute de trouver des sponsors a vidé son compte en banque. " Mais je m'en fiche. Je gèrerai le problème en rentrant", a expliqué le réalisateur qui compte également produire un documentaire sur la vie de Jon Snorri et Ali Sadpara, poursuivant ainsi son projet initial. Mais là n'est pas l'essentiel : "Je ne pouvais tout simplement rester sans rien faire", explique-t-il sur Facebook . "Ce nos amis. C'étaient nos coéquipiers. Nous faisions un film sur leur ascension hivernale. Nous étions censés être avec eux la nuit où ils ont disparu avec JP Moer et nous sommes probablement en vie parce que le destin en a voulu ainsi : un mélange d'oxygène nous a forcés, PK et moi, à revenir juste en dessous du camp 3. Ali, JP Mohr et John ne sont jamais revenus. Sajid a survécu. Cette quête, nous l’entamons pour trouver des réponses. C'est une question d'honneur, de loyauté et d'amitié. C’est pour Sajid. Pour Ali. Pour John. Et pour le Pakistan ».
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