L'hiver dernier, alors que les accidents mortels dus aux avalanches se multipliaient, Météo France et le Syndicat National des Guides de montagne ont conduit une expérience dans trois départements de montagne. Objectif : améliorer les bulletins d’estimation des risques d’avalanche et la sécurité des skieurs et randonneurs.
Bien connu des freeriders, le bulletin d'estimation du risque d'avalanche, le fameux BERA ou BRA, est incontournable pour avoir une bonne idée du niveau de risque et de la stabilité du manteau neigeux, sans compter des informations sur les dernières chutes, les prévisions pour la journée, et l’enneigement à différentes altitudes, selon les versants. Un bulletin quotidien très complet donc, diffusé à 16h sur le site de Météo France, qui s’appuie notamment sur les données fournies par les stations météorologiques installées à différentes altitudes, mais aussi sur les observations humaines.
A commencer par celles des membres du PGHM (Pelotons de gendarmerie de haute montagne), mais aussi des pisteurs secouristes, observateurs précieux de l’évolution du manteau neigeux. Nettement moins nombreux sur le terrain cette saison, suite à la fermeture des remontées mécaniques, ces derniers pourraient trouver un soutien utile avec l’arrivée d’une équipe de guides mobilisés depuis décembre dernier dans les Hautes Alpes, la Savoie et la Haute-Savoie. Trois départements clefs où Météo France et le Syndicat National des Guides de montagne (SNGM) ont choisi de tester une collaboration. Initiée en septembre 2019, elle s'est concrétisée par une convention le 18 décembre 2020, à l’image du Val d’Aoste, en Italie, où une quinzaine de guides oeuvrent déjà dans ce sens.

Plus de données en altitude
« Les guides sont présents toute l’année en haute montagne et en dehors des domaines skiables sécurisés. » explique le SNGM, « Au cours de leur cursus professionnel, ils sont déjà largement formés en théorie et en pratique. Ils représentent donc une source d’observation fiable, complémentaire et précieuse. (…) Avec les pisteurs et les secouristes, la collaboration des guides de haute montagne, toute l’année et hors ouverture des domaines skiables, permet d’augmenter encore les données. La multiplication de ces informations a pour but d’assurer au maximum la sécurité et la communication préventive des résidents et des pratiquants d’activités en montagne. »
Dans cette perspective, un groupe pilote de 16 guides volontaires (8 équipes de 2 issues des 3 départements) a donc été sélectionné. Ces professionnels déjà impliqués dans l’observation nivo-météorologique, hors domaines skiables, ont été formés pendant deux jours en décembre dernier, à Tignes par Alain Duclos et Greg Coubat - guides experts en nivologie - avec Météo France. Une formation qui permet de mieux comprendre et surtout d’analyser l’utilisation opérationnelle des données d’observation recueillies : les avalanches observées, les profils du manteau neigeux associés à un test de stabilité et les observations de l’enneigement et de l’état de la neige en surface.
Une quinzaine de sorties seulement sont prévues cette saison, mais les premiers résultats sont encourageants, si l’on en croit Alain Duclos, l’un des deux formateurs :« Après une première phase de test très positive, pour la profession mais aussi pour Météo France qui partage les informations, le but est bien de créer une formation continue avec les retours d‘expérience », explique-t-il. "Il est important que tous les massifs soient concernés et ainsi créer un large réseau avec les professionnels de la montagne ».

Rien ne remplace l'humain
Du côté des guides, les premiers retours semblent également positifs, selon Sylvain Frendo, guide basé à Chamonix: « Je fais déjà partie des formations de la Chamoniarde (société de prévention et de secours, ndlr) et j’interviens pour la prévention des routes et accès dans toute la vallée, ce travail est un supplément d’informations pour moi. C’est une méthodologie plus large, une nouvelle façon de faire et d’analyser qui ouvre de nouvelles perspectives. Un large partage de ces observations est une véritable avancée pour l’analyse et la prévention. Il me semble aussi important d’étudier ce qui se passe en altitude. Aujourd’hui, nous avons principalement des données entre 2000 et 2500 m, l’altitude moyenne des domaines skiables. Quasiment rien plus haut ! Les guides, grâce à leur mobilité, l’indépendance vis à vis des territoires et leur savoir-faire, peuvent faire des tests nivologiques par exemple dans la vallée Blanche ou au col du Passon. Pour des BERA encore plus précis ! ».
Interviewé hier, Sylvain Frendo préparait une sortie prévue pour le jeudi 11 février, sur le versant Nord de l’Aiguille rouge, dans le cadre de sa nouvelle mission. Sa troisième, après une étude du Domaine des Grands Montets, à 2600 m en décembre, et plus récemment de l’Aiguillette des Houches.
Mobilisé toute la journée, le guide volontaire est rémunéré pour l’occasion et sort donc sans client, avec pour seul objectif d'étudier une zone mal ou peu couverte par Météo France. Son itinéraire est donc arrêté en collaboration avec les météorologues. Avec son binôme, Sylvain Frendo réalise des coupes de manteaux neigeux et des tests nivologiques afin de voir les tendances générales. Des données qu’il enverra via une appli dédiée. En temps réel, en altitude, ou dès que le réseau le permettra. « Les stations météo automatiques existent, bien sûr, mais pas partout, et encore faut-il qu’elles marchent », poursuit Sylvain Frendo. « Via satellite, on obtient des informations sur l’épaisseur de la neige, les températures, la vitesse du vent, mais on a besoin de connaître la structure de la neige. Et là, rien ne remplace l’humain. Il faut creuser un trou, faire des tests du manteau neigeu, et donc aller sur le terrain, à deux bien sûr, question de sécurité. Demain, jeudi, nous pourrons donc donner notre ressenti par rapport à la condition de la neige, suite à l’épisode de pluie que nous avons connu. Nous avons choisi cette zone car en temps normal elle est assez fréquentée par les randonneurs, mais en ce moment il y a peu de passages et on a peu d’informations. Nous intervenons en complément du PGHM qui procède plutôt à des sondages par battage. Notre approche est plus rapide mais plus large, car basée sur trois trous, donc trois prises d’informations, elle permet de fournir des datas intéressantes sur l’évolution du manteau neigeux. «
Preuve que cette collaboration fait sens, les guides pyrénéens sont déjà candidats afin de la tester, eux aussi. Reste à voir si les financements, régionaux en ce qui concerne l'expérience en cours dans les Alpes, vont suivre.
Article initialement publié le 10 février 2021, mis à jour le 9 décembre 2021
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€
