Après de longues semaines d'attente dues à un temps incertain, le Français, qui est enfin parvenu à faire une rotation au camp 3, a bon espoir de pouvoir tenter son push vers le sommet K2 (8,611 metres), dans les prochains jours. À moins que la météo ne se complique à nouveau, et qu’il soit contraint de réviser son projet et de faire son ascension non plus en un jour mais en deux. Mais pour l’heure le moral est bon, et toutes les options, même les plus optimistes, sont permises, nous raconte-t-il dans un long message.
Le K2, à la journée et sans oxygène, autour de 15 à 16h : c’est le grand projet de Benjamin Védrines cette l’année. Une idée qui hante l’alpiniste de 32 ans depuis qu’en 2022 sa première tentative d’ascension sur le deuxième plus haut sommet du monde, a été stoppée net à 8400 mètres par une hypoxie sévère. Un choc. Mais pas de quoi le détourner de son objectif. Le 5 juillet, Benjamin Védrines s’est envolé pour le Karakoram, à l’issue de plus de six mois de préparation physique et mentale. Depuis, les semaines passent, la saison avance, et l’attente commence à devenir longue. Car le temps reste instable et imprévisible. Plusieurs alpinistes actuellement dans le Karakoram signalent d'ailleurs que les prévisions semblent peu fiables cette année.




Benjamin Védrines n’est en effet ces temps-ci pas le seul à ronger son frein dans cette zone, le nombre de permis d'ascension du K2 ayant considérablement augmenté au cours des dix dernières années. En 2024, ils seraient environ 200 à tenter ce qui s’impose aujourd’hui comme le « nouvel Everest ». Mais à ce jour, ils ne sont pas encore installés au camp 3, et leurs chances de « faire le sommet » s’amenuisent. À moins qu’un push massif final soit possible, ce qui pourrait gêner Benjamin Védrines.
L'alpiniste tente de faire l’ascension sans bouteille d'oxygène et la situation est plus complexe pour lui encore car il devra faire vite. Sans attendre que les expéditions commerciales fassent la trace, il est donc monté, seul, au camp 3, comme il nous le raconte dans un message vocal, reçu hier, 24 juillet.




« C’est un test de capacité de résilience, de motivation. Il y a deux jours j’ai pu finir ma période d'acclimatation. Ça n’a pas vraiment pas été facile parce qu’il y avait encore beaucoup de vent, beaucoup de neige, et que les conditions étaient tempétueuses, très typiques d'un K2 très particulier cette année. Du camp 2, on devait être plus nombreux et puis finalement, tous les Sherpas et les porteurs qui devaient monter au camp 3 ont renoncé. Compte tenu des conditions difficiles, personne n’est monté.
Au final j’ai réussi à monter au camp 3, je suis resté quatre heures là-haut ça m’a permis de faire des globules. Avec la neige qui tombait, j’ai vraiment adoré cette ambiance, cette solitude. Et puis cet engagement, qui va certainement contraster avec le jour de l’ascension. Puisque, justement il semble qu’il y ait un créneau qui se dessine ce week-end. A priori le 26, 27, 28, peut-être 29 juillet ce n’est pas encore sur, cela demande à être affiné avec les prévisions météo d'aujourd’hui. Mais il semble qu’il y ait un créneau avec peu de vent, du très beau temps. Et ça on l’attend depuis très longtemps, depuis le début du voyage. Ça serait vraiment une cerise sur le gâteau.
Il faut juste faire attention maintenant de ne pas se blesser, de ne pas tomber malade : tous ces petits détails qui comptent. Donc ça serait vraiment très beau de faire ça, à quelques jours près de la première ascension du cas deux, il y a 70 ans, le 31 juillet, jour pour jour. Ça ne sera certainement pas le 31 juillet, mais c’est très proche de cette date historique,




Au camp de base, on est toujours sur une routine, et je vois que ce genre de rotation demande toujours beaucoup de jours de repos. Je vois que le corps continue de réagir, j’observe ça avec les données que je récupère la nuit. Je vois que ma sat descend, ma fréquence cardiaque augmente, et, jour après jour, je récupère. Donc normalement ça devrait suffire, ces cinq jours de repos avant l’ascension.


Pour autant, je m’adapterai en fonction des conditions et du contexte, si les agences commerciales avec les Sharpas décident de ne pas tracer tel ou tel jour qui serait le mieux pour grimper sans oxygène, et bien je serai peut-être amené à le faire en deux jours. Mais, étant donné la quantité de neige là-haut, il faudra peut-être que je prenne les raquettes pour faire la trace. Ce sera donc une ascension complètement différente, le scénario deux. Mais pour l’instant on reste avec le scénario en tête. Qui est celui de faire l’ascension du K2 à la journée sans ox, depuis le bas de la montagne, jusqu’au sommet. Et je croise les doigts pour que ce soit le cas. La météo peut vraiment changer, mais on se prépare pour ce week-end ! »
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