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Qui étaient les neuf autres alpinistes disparus au Broad Peak aux côtés de Nims Dai ?

  • 3 août 2026
  • 9 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

La présence du Népalais Nirmal Purja, aka Nims Dai, dans l’avalanche qui a emporté au Pakistan dix alpinistes entre les camps 2 et 3 du Broad Peak, le 30 juillet, a concentré l’attention des médias. Les neuf autres victimes comptaient pourtant des guides népalais et pakistanais parmi les plus expérimentés de leur génération, une pionnière de l’alpinisme omanais, un Chinois proche d’achever les quatorze 8 000 et une Américaine qui tentait son premier sommet à cette altitude. Autant de parcours largement restés dans l’ombre de celui de Nims Dai, l’homme du « Project Possible ».

Le jeudi 30 juillet, vers 9 heures, une avalanche a balayé au Pakistan dix alpinistes engagés sur la voie normale du Broad Peak, entre les camps 2 et 3, à environ 6 500 mètres d’altitude. Aucun n’a survécu. Selon les dernières informations communiquées par l’Alpine Club of Pakistan, les corps ou les restes de huit victimes ont désormais été retrouvés ou atteints par les équipes de secours : Nirmal Purja, Kili Pemba Sherpa, Nima Sherpa, Pur Bahadur « Yukta » Gurung, Gyalu Sherpa, Mallory Geis, Wang Zhong et Nadhira Al Harthy. Plusieurs devaient encore être descendus à travers un terrain particulièrement exposé avant leur évacuation. Selon les dernières informations disponibles, un neuvième corps a été aperçu plus haut sur la montagne, dans une zone jugée trop dangereuse pour permettre sa récupération immédiate, sans avoir pu être identifié. Les deux victimes dont les corps n’ont pas encore été formellement récupérés et identifiés sont le guide népalais Nawang Thindu Sherpa et le Pakistanais Sohail Sakhi. Derrière la célébrité de Nims Dai, l’homme des quatorze 8 000 m gravis en sept mois, également fondateur de la prestigieuse agence Elite Exped, la catastrophe a emporté neuf autres alpinistes aux parcours très différents. Des guides comptant plusieurs décennies d’expérience à une Américaine venue tenter son premier 8 000, voici ce que l’on sait de chacun d’eux.

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Sohail Sakhi, 35 ans : l’un des porte-parole les plus actifs des guides pakistanais

Originaire de la vallée de Hunza, dans le nord-est du Pakistan, Sohail Sakhi appartenait à cette génération encore peu visible de guides pakistanais capables de travailler sur les plus hauts sommets du Karakoram tout en défendant une autre organisation économique des expéditions. Guide de haute altitude, alpiniste, photographe de montagne et pilote de drone, il avait également suivi une formation universitaire en mathématiques : selon son mentor Samson Sharaf, il était titulaire d’un master obtenu à la Quaid-i-Azam University d’Islamabad. Son parcours d’alpiniste comprenait des ascensions du K2, du Kangchenjunga, du Gasherbrum I et du Gasherbrum II. En 2025, il avait atteint le Nanga Parbat sans oxygène supplémentaire et sans porteur personnel. Cette expédition avait été montée avec des moyens réduits grâce au soutien de sa communauté, d’anciens clients et de proches, faute de grands sponsors. Il avait découvert la photographie pendant ses études en empruntant l’appareil d’un ami. Il lui avait ensuite fallu plusieurs années de travail pour acquérir son propre matériel. Sakhi était l’une des voix critiques du système des expéditions dans le Karakoram. Dans un long entretien accordé à ExplorersWeb en août 2025, il estimait que la communauté pakistanaise de l’alpinisme avait été « laissée de côté » tandis que les agences occidentales, puis népalaises, développaient leurs activités sur les sommets du pays. Il dénonçait le manque de formation, d’équipement, de reconnaissance et de rémunération des guides, porteurs d’altitude et travailleurs pakistanais. À ses yeux, une trop faible part des revenus générés par les expéditions bénéficiait durablement aux communautés locales. Pour répondre à cette situation, il avait lancé Moving Mountains, une structure pakistanaise avec laquelle il souhaitait employer, former et faire progresser davantage de guides et de porteurs locaux. Son objectif était moins de concurrencer frontalement les grandes agences que de permettre aux professionnels pakistanais de participer à l’encadrement et à l’économie de leurs propres montagnes. Sa pratique sans oxygène s’inscrivait également dans une conception personnelle de l’alpinisme. Il disait vouloir éprouver ses limites, mais aussi rechercher une relation plus directe, presque spirituelle, avec la montagne. Selon l’Associated Press et Moving Mountains, cette tentative au Broad Peak devait être sa dernière grande expédition. 

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Nima Sherpa, 36 ans : le fils d’agriculteurs devenu guide de confiance de Nims Dai

Nima Sherpa était un guide employé par Elite Exped. Né dans une famille d’agriculteurs de la région du Makalu, il avait réussi en quelques années à atteindre le statut de guide senior dans l’agence de Nims Dai. L’agence le considérait comme l’un de ses partenaires et guides de confiance, aux côtés de Yukta Gurung. Sa saison 2026 avait été particulièrement dense. Avant son départ pour le Broad Peak, il avait déjà atteint quatre sommets de plus de 8 000 mètres au cours de l’année. Notamment, l’Annapurna I, le 18 avril 2026, et l’Everest, le 27 mai.

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Pur Bahadur « Yukta » Gurung, 37 ans : du métier de porteur au statut de guide international

Pur Bahadur Gurung, surnommé « Yukta », était l’un des guides les plus expérimentés de l’équipe d’Elite Exped. Originaire de Luprak, dans le district népalais de Mustang, région fortement touchée par le séisme qui avait frappé le Népal en 2025, il s’était activement impliqué dans la reconstruction de sa communauté de Luprak. Parti du bas de la hiérarchie des expéditions, il avait commencé comme porteur avant de devenir guide professionnel de haute montagne, puis guide certifié IFMGA/UIAGM. Elite Exped le considérait comme l’un des partenaires de confiance de Nims Dai, au même titre que Nima Sherpa. Sur le Broad Peak, Purja était directement accompagné de Yukta et de Nima dans le cadre de son propre projet sportif.
Avant l’accident, Yukta totalisait 28 ascensions de sommets de plus de 8 000 mètres. Il avait atteint douze des quatorze 8 000 et n’était plus qu’à deux sommets de la collection complète. Son palmarès comprenait notamment dix ascensions de l’Everest et deux du K2. Il était présenté comme le premier alpiniste issu de la communauté gurung à avoir atteint dix fois le sommet de l’Everest. 
Yukta avait également participé, en octobre 2025, à l’équipe de haute altitude qui avait soutenu l’Américain Jim Morrison lors de sa descente à ski de l’Everest par le couloir Hornbein, sur le versant nord. 

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Kili Pemba « Kilu » Sherpa (45-46 ans) : le vétéran des quatorze 8 000, de l’hiver au K2 aux ascensions handisport

Kili Pemba Sherpa, couramment appelé « Kilu », était probablement, après Nims Dai, l’alpiniste au palmarès le plus considérable parmi les victimes de l’avalanche. Né en 1980 à Beding, principal village sherpa de la vallée isolée du Rolwaling, il travaillait dans les expéditions de haute altitude depuis l’âge de 16 ans. Guide principal au sein d’Imagine Nepal, il venait tout juste d’achever la collection des quatorze 8 000. Le 3 juillet 2026, moins d’un mois avant sa mort, il avait atteint le Nanga Parbat avec Lakpa Chhiri Sherpa et Wang Zhong. Kili Pemba avait atteint quinze fois le sommet de l’Everest. Il appartenait également au groupe des dix alpinistes népalais ayant réussi, le 16 janvier 2021, la première ascension hivernale du K2. 

La carrière de Kilu ne se réduisait pourtant ni aux records ni à la collection des sommets. Il avait joué un rôle déterminant dans plusieurs ascensions d’alpinistes handicapés. En 2018, il avait guidé le Chinois Xia Boyu, amputé des deux jambes, jusqu’au sommet de l’Everest. En 2021, il avait guidé le Russe Rustam Nabiev, lui aussi amputé des deux jambes, jusqu’au sommet du Manaslu. Toujours en 2021, il avait participé à une équipe conduite par Mingma Gyalje Sherpa qui avait établi l’itinéraire permettant d’atteindre le véritable point culminant du Manaslu.

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Nawang Thindu - ou Thendu - Sherpa, 29 ans : un guide prometteur, héritier d’une famille d’alpinistes 

Nawang Thindu Sherpa, connu également sous le nom de « Thendu », était un guide de haute altitude de Seven Summit Treks. Originaire de Makalu-9, dans le district de Sankhuwasabha, à l’est du Népal, il appartenait à une famille profondément liée à la montagne. Son père et ses trois frères étaient eux aussi des alpinistes expérimentés, comptant notamment plusieurs 8 000 m à leur actif. Il avait commencé sa carrière professionnelle chez Seven Summit Treks. Son premier sommet de l’Everest ne remontait qu’à 2022, mais sa progression avait été rapide. En quatre ans, il avait atteint l’Everest, le Lhotse, le Manaslu, le Kangchenjunga et le Makalu, soit cinq des quatorze 8 000, auxquels s’ajoutait l’Ama Dablam. Connu également pour son courage, il avait participé en avril 2025 à de périlleuses recherches engagées après une avalanche ayant emporté deux de ses collègues sur l’Annapurna. 

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Gyaljen « Gyalu » Sherpa, 29 ans : le jeune guide aux trois Kangchenjunga en une saison

Gyaljen Sherpa, généralement appelé « Gyalu », était un guide népalais originaire du district d’Okhaldhunga. Âgé de 29 ans selon les informations publiées après l’accident, il travaillait depuis près de huit ans pour Seven Summit Treks et avait commencé sa carrière commerciale en haute montagne en 2015. Son palmarès associait déjà plusieurs 8 000 et des sommets techniques ou d’acclimatation de premier plan. Il avait atteint l’Everest, le Kangchenjunga et le Manaslu, ainsi que le pic Lénine, à 7 134 mètres, l’Himlung Himal, à 7 126 mètres, le Mera Peak, le Cholatse et le Lobuche. Son principal fait d’armes était très récent. Au printemps 2026, il avait atteint trois fois le sommet du Kangchenjunga au cours de la même saison. Chhang Dawa Sherpa, directeur de Seven Summit Treks, avait présenté cette série comme un record mondial.

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Une publication partagée par Nadhira Alharthy|نظيرة الحارثي (@alharthynoor)

Nadhira Al Harthy, 48 ans : la pionnière omanaise venue tardivement à l’alpinisme

À Oman, Nadhira Ahmed Al Harthy était l’une des figures les plus connues de l’aventure et de l’alpinisme. En atteignant l’Everest le 23 mai 2019, elle était devenue la première femme omanaise à se tenir au sommet du monde et la deuxième personne de son pays à réussir cette ascension. Issue d’une famille nombreuse, elle se présentait elle-même comme une « fille d’un petit village » ayant progressivement laissé s’exprimer son goût de l’aventure. Son parcours était d’autant plus singulier qu’elle n’avait découvert la montagne que tardivement et avait auparavant construit sa carrière dans l’enseignement et l’administration. Elle exerçait également des responsabilités au sein de l’Oman Scouts and Guides Organization et avait représenté Oman dans le programme international GLOBE, consacré à l’éducation scientifique et environnementale. 
Son passage vers la montagne s’était amorcé en 2015 lorsqu’elle avait accompagné des élèves en Tanzanie dans le cadre d’un projet lié au Kilimandjaro. Elle avait alors dû renoncer à monter au sommet en raison du mal aigu des montagnes. L’échec ne l’avait pas détournée de l’alpinisme. Elle avait ensuite rencontré Khalid Al Siyabi, premier Omanais à avoir gravi l’Everest, devenu son mentor et son entraîneur. C’est avec lui que, à partir de 2017, elle avait orienté une grande partie de sa vie vers la préparation de l’Everest, ascension réussie en mai 2019. En 2021, elle avait atteint le Manaslu et était devenue la première femme du monde arabe à gravir l’Ama Dablam, sommet qui l’avait repoussée trois ans plus tôt. En 2022, elle était devenue la première Omanaise à atteindre le K2. En 2023, elle avait atteint le sommet du Cervin, puis, en juillet 2024, du Nanga Parbat. Elle avait également gravi d’autres sommets et se trouvait engagée dans un projet de conquête des quatorze montagnes de plus de 8 000 mètres.

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Wang Zhong : le Chinois qui avait déjà gravi douze des quatorze 8 000

Lancé dans la course aux sommets de plus de 8 000 mètres, Wang Zhong effectuait l’essentiel de ses dernières ascensions avec Imagine Nepal. En 2025, après le Kangchenjunga, il avait atteint le Gasherbrum I, qui constituait son neuvième 8 000. Il ne lui restait alors que cinq sommets : le Gasherbrum II, le Broad Peak, le Dhaulagiri, le Nanga Parbat et le Shishapangma. Sa progression s’était fortement accélérée en 2026. Il avait d’abord atteint le Dhaulagiri au printemps. Le 3 juillet, il avait gravi le Nanga Parbat avec les guides Kili Pemba Sherpa et Lakpa Chhiri Sherpa. Pour Kili Pemba, cette ascension marquait l’achèvement des quatorze 8 000 ; pour Wang Zhong, elle constituait son onzième. Le 21 juillet, il avait atteint le Gasherbrum II. L’expédition avait connu une première tentative interrompue par la neige profonde, le manque de cordes fixes et la nécessité de réapprovisionner les camps. Une fois le sommet atteint, Imagine Nepal et les médias spécialisés le créditaient de douze sommets de plus de 8 000 mètres. Il ne lui restait plus que le Broad Peak et le Shishapangma. Le Broad Peak aurait donc été son treizième 8 000. En cas de réussite, il n’aurait plus eu que le Shishapangma à gravir pour achever la collection.

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Sarah Mallory Geis, 39 ans : l'Américaine qui venait de changer de vie pour se consacrer à la montagne

Sarah Mallory Geis vivait à San Antonio, au Texas. Photographe de voyage, entrepreneuse et enseignante de Pilates, elle n’était pas encore une himalayiste expérimentée lorsque l’avalanche l’a emportée. Ses expériences en haute altitude comprenaient le Lobuche East, à 6 119 mètres, et le Mera Peak, à 6 476 mètres, deux sommets népalais fréquemment utilisés comme étapes de progression vers le très haut niveau. Le Broad Peak constituait sa première tentative sur un 8 000 m.
L’Américaine avait étudié la communication à l’University of Southern California, puis le management du sport à la San Diego State University. Elle avait ensuite fondé et dirigé à San Antonio un studio de Pilates, activité qu’elle avait récemment cessée afin d’ouvrir un nouveau chapitre davantage tourné vers les voyages, la photographie, l’aventure et l’alpinisme.
Geis se sentait profondément attachée au Pakistan. En mai 2025, elle écrivait n’avoir jamais ressenti autant de paix dans un autre endroit. Elle soulignait le contraste entre son expérience personnelle du pays et les représentations anxiogènes qui en sont souvent données en Occident, invitant les voyageurs à venir le découvrir par eux-mêmes. Elle était la cliente de Sohail Sakhi et participait à l’expédition montée par Moving Mountains. 

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