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Keith Dunn Barkley Marathons
  • Aventure
  • Trail Running

Qui est Keith Dunn, l’homme dans le secret de la Barkley Marathons ?

  • 20 mars 2024
  • 4 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

Plus d’une semaine que sur X (ex Twitter) on s’impatientait. Hier encore Gary Cantrell, aka Lazarus Lake ou Laz, n’avait toujours pas allumé sa légendaire cigarette pour donner le départ de la Barklay. Aux quatre coins de la planète on spéculait, et surtout on guettait les tweets de keith Dunn qui, savait, lui, quel jour allait commencer l'épreuve. Voilà qui est fait, ce matin, à 5h17, heure locale, le top départ a été donné. Les 66 0000 abonnés du compte X de Keith vont donc pouvoir suivre la course au fil de ses tweets. L’Américain est LE chroniqueur attitré de cette épreuve infernale. Devenu au fil des ans l’un des pivots du petit gang de Laz, cet homme discret ne sort de l’ombre qu’une fois par an pour distiller les infos à son rythme et maintenir le suspense sur une course sans autre couverture « live » que ses messages parfois sibyllins et non dénués d’humour. Tout un art qu’il peaufine avec malice d’une édition à l’autre.

C’est le compte X le plus suivi du moment par les innombrables fans de la Barkley Marathons, celui de Keith Dunn. Sans doute l’homme le mieux renseigné après Lazarus Lake, (aka Laz) son créateur, sur cette course d’endurance doublée d’une course d’orientation. Cinq boucles de 20 miles (32 km), pimentées de 20 000 mètres de dénivelé à terminer en 60 heures maximum. Organisée depuis 1986 dans le parc d’État de Frozen Head à Wartburg, dans le Tennessee, aux Etats-Unis, c’est une partie de plaisir que la plupart d’amateurs d’ultras rêvent de faire. Si tant est qu’ils soient choisis, sur lettre de motivation, par le maître du jeu, Lazarus Lake. Or ils ne sont que 35 à faire partie des heureux élus chaque année. Une liste qui reste secrète jusqu’au départ. Keith Dunn la connait bien sûr. Mais n’attendez pas de lui qu’il laisse fuiter le moindre nom. 

C’est un homme discret. Et joueur. Comme Lazarus Lake, son compère dont il a rejoint le clan des fidèles. Un groupe de bénévoles dévoués qui pour la plupart travaillent ensemble depuis des années, voire des décennies. Mike Dobies de Detroit, Naresh Kumar de St. Louis ou encore Larry Kelley de l'Iowa. Sans parler bien sûr de Sandra, la femme de Laz.

Sans trop savoir pourquoi, il ouvre un compte sur X (ex Twitter)

De Keith Dunn, tous les « Barkley maniacs » (et ils sont nombreux !) connaissent le nom, la photo aussi, affichée sur son compte X, mais pas grand-chose d’autre. L’homme est d’abord sympathique, mais n’accorde pas beaucoup d’interviews. Pas son job. Le sien, quasi officiel maintenant, est de commenter cette course hors normes. Ce qui, au départ, relèvait plus du hasard que d'un plan média, explique le sexagénaire interviewé dans un podcast anglais en 2023. 

Keith Dunn, 64 ans, est un coureur de fond amateur avec quelques belles courses à son actif. La Barkley ? Il participe à son organisation. Mais il va pourtant la courir trois fois. Un peu par hasard, « parce qu’il restait des places ». En 2005. Puis en 2006 et en 2008. Sans grand succès : il ne dépassera jamais la moitié de la première boucle. Mais en 2009 il ouvre un compte X, raconte-t-il. « Sans savoir ce que j’allais en faire. Un peu par accident. L’idée m’est venue de suivre les coureurs. Mais comment ? Comment m’y prendre ? Au final, j’ai pensé que me poster près de la barrière jaune ( ligne d’arrivée de chacune des cinq boucles de l’épreuve, ndlr) était encore le meilleur endroit. J’en ai parlé à Laz. Au début il était plutôt sceptique. La Barkley est une course faite pour les coureurs, pas pour le public. Il fallait rester discret sur sa couverture.

Il faut savoir qu’à l’époque, le documentaire ("La course qui mange ses petits", sorti en 2014, ndlr ) n’était pas encore sorti. Et la course, lancée en 1986, était très confidentielle. Et pas du tout considérée par les athlètes pros qui ne voyaient pas l’intérêt d’aller faire une course qu’aucun coureur ne gagnait, ou si peu. Le documentaire a tout changé et a ouvert une énorme fenêtre sur le course, amplifiée par le pouvoir des réseaux sociaux.

Mais à l’époque, la règle, qui reste la même, c’était « less is more ». Moins on en fait ( parle) mieux c’est. On a fait un test sur un ou deux ans. En 2001, on avait 30 000 personnes abonnés sur X. En 2023, on en comptait 65 000 ! (66 400 à ce jour, ndlr) Mon idée, c’était donc de donner une idée de la course à tous ceux qui voudraient la suivre, sans pouvoir y assister. Donner suffisamment d’infos pour donner envie de la suivre mais sans la dévoiler. Un équilibre pas toujours facile », poursuit-il. 

"Toutes les listes de coureurs qui circulent ont des erreurs"

« Avant l’épreuve, des listes de coureurs annoncés circulent. Je les vois, mais je ne les commente pas », précise Keith. « Elles ont toutes des erreurs. Et mon travail, c’est de commenter la course. Pas les listes. Au départ, j’avoue que j’ai un peu la pression. D’autant que Laz ne me dit pas quand la corne va sonner ( celle qui donne le départ, ndlr). Après, ça va.

Tous les coureurs ne veulent pas être mentionnés. Et ça je le respecte. D’autres si. J’en tiens compte. En 2023, on a fait quelque chose de nouveau. Quand on repérait un coureur on ne donnait pas son nom, on le décrivait : un 'gars avec un barbe et des lunettes'. Laz s’y est mis aussi, en donnant des fausses pistes, des descriptions qui n'avaient rien à voir avec le coureur. On s’est bien marré. Et sur les réseaux, les gens ont bien aimé, ça a déclenché pas mal de commentaires, de spéculations sur qui est qui, et où ? »

"Je raconte ce que je vois"

« En fait, il faut savoir que depuis là où je suis, je ne sais pas grand-chose. J’ai deux-trois téléphones à la main – les modèles anciens sont les plus efficaces dans ce type de zones -, de fournisseurs différents, pour capter au mieux dans le parc, suivant les moments. Et je raconte ce que je vois. Depuis chez eux, les gens en savent quasiment autant que quelqu’un qui est sur place. Mais les gens sur X sont frustrés parfois et il nous arrive d’avoir des commentaires plutôt énervés. En fait, les rares personnes qui sont sur le terrain n’en savent pas forcément beaucoup plus. C’est très limité, pour des raisons de place et de respect de la zone. Alors, on essaie de donner une idée de la course, mais nous ne savons pas nous même où sont les coureurs, ils n’ont pas de trackers. Et parfois ils ne savent pas où ils sont eux-mêmes. 

Son moment favori dans la course ? Voir le visage de ceux qui arrivent à boucler l’épreuve. « C’est incroyable » raconte Keith. Et aussi celui de ceux qui craquent, abandonnent ou sont perdus, mais là, c’est plus intime. Rien de dangereux à regretter heureusement depuis la création de l’épreuve en 1986. Mais c'est « toujours bouleversant », confie-t-il.

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