Pour la 26e fois depuis la première édition en 1986, aucun traileur n’est venu à bout de la « petite promenade de santé » concoctée chaque année par Lazarus Lake au cœur du Tennessee – 130 miles, environ 210 kilomètres, dans le froid et la boue. Les Français étaient pourtant venus en force. Cinq étaient au départ samedi dernier, 14 février, dont Mathieu Blanchard qui y tentait sa chance pour la première fois. Seul Sébastien Raichon a sauvé l’honneur en décrochant un « fun run » dans des conditions infernales. Retour sur une course épique.
Plus joueur que jamais, Lazarus Lake, créateur de la Barkley Marathons, a frappé fort cette année. Tous les ingrédients étaient réunis pour que les quarante participants à cette épreuve aussi épouvantable que convoitée s’y cassent le nez. A commencer par la date de départ la plus précoce de l’histoire : 6 h du matin, le 14 février, jour de la Saint Valentin. Ajoutez une nouveauté d'entrée : un passage de ruisseau bien glacé. Et un système dépressionnaire transformant le parc d’État de Frozen Head en décor digne des pires cauchemars de Stephen King. Et l’on obtient de quoi réduire quasiment à néant toute chance de franchir les barrières horaires et de boucler en moins de 60 heures cette quête hallucinée de 210 kilomètres (130 miles) à travers les monts Cumberland, à l’Est du Tennessee.
Les traileurs ont pourtant livré bataille avec courage. Une douzaine d’entre eux – dont deux Français - ont bouclé la première des cinq boucles d’environ 26 miles dans les temps pour entamer la boucle 2. Damian Hall, Sébastien Raichon, Mathieu Blanchard et Max King — quatre des spécialistes de l’ultra les plus accomplis de l’histoire — sont passés sous la barrière des 26 h 40 pour s’élancer sur la boucle 3. Mais alors qu’ils commençaient à apercevoir la lumière au bout du tunnel, au sens propre comme au figuré, avec le retour du jour et à aborder la boucle « plus facile » dans le sens horaire, la pluie s’est intensifiée, le brouillard s’est installé et les températures ont chuté.
Mathieu Blanchard a été le premier à céder face au froid, suivi peu après par l’Américain Max King. On a longtemps gardé l’espoir que le Britannique Damian Hall — passé tout près de l’arrivée lors de ses deux tentatives précédentes — ou que Sébastien Raichon, aguerri au froid suite à sa récente victoire sur la Winter Spine Race, puisse déjouer les pronostics. Mais si le Français de 54 ans est bien parvenu à boucler la boucle 3 en 38 h 05, il n’a pu décrocher qu’un « fun run ». Un exploit quand même, vu les conditions, mais pas la victoire, hélas. Damain Hall est arrivé 30 minutes après lui, sans avoir terminé la fameuse boucle.
La Barkley Marathons a donc eu le dernier mot cette année. C’est la deuxième année consécutive qu’un plateau très impressionnant ne remporte qu’un seul « fun run ». A croire que Gary « Lazarus Lake » ne s’est pas encore remis de l’édition 2024 où l’on a vu cinq finishers boucler l’épreuve, et qu'il prend un malin plaisir à punir tout le monde.
Sadique Laz ? Pas vraiment, si l’on en croit un expert, John Kelly, triple finisher et seul coureur à avoir validé un « fun run » l’an dernier. Dans son compte-rendu de l’édition 2025 il expliquait :
La Barkley n’est pas sadique. Si elle est quelque chose, ce serait plutôt existentialiste. La Barkley est une satire. Toutes les courses sont absurdes, tout comme les autres sports, l’art, la musique, et la plupart des choses qui nous donnent de la joie ou du sens.
Autrement dit, le sens n’a rien d'absolu ici : il se cultive en repoussant ses limites, et c’est précisément l’opportunité qu’offre cette épreuve hors normes. Et la raison pour laquelle on a toutes les chances d'y retrouver l’année prochaine un plateau plus impressionnant encore.
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