Aujourd’hui s’ouvrent en ligne les inscriptions de la 5e édition du Raid des Alizés, une série d’épreuves sportives organisée en Martinique et 100% féminin, un genre qui rencontre de plus en plus de succès en France. A priori, pas franchement convaincue par le concept, notre journaliste a suivi l’édition de décembre dernier. Et, contre toute attente, elle a adoré ! Alors, si du 1er au 6 décembre vous avez envie d’aventure, c’est le moment de vous lancer. Et vite, car les places partent à la vitesse grand V.
Il faut savoir laisser tomber ses préjugés. Quand le Raid des Alizés a invité Outside à couvrir son édition 2019, nous étions plutôt sceptiques, à la rédaction. Ce n’est pas que l’idée de passer six jours sous le chaud soleil de la Martinique nous déplaise, mais ce concept de raid « 100% féminin » soulevait pas mal de questions, plus ou moins existentielles. Que peut bien recouvrir ce raid ? Pourquoi que des filles ? Est-ce un rendez-vous de championnes ou une annexe du ClubMed ? Cette petite escapade aux Antilles ne serait-elle par réservée à des happy few désœuvrées. Et enfin, est-ce qu’on va pouvoir échapper à la couleur « rose Barbie », dont les industriels de l’outdoor tartinent tous nos accessoires, de nos baskets à nos casquettes, depuis trop longtemps ?
Que peut bien recouvrir ce raid ?
Trail, VTT, canoë kayak, et plus encore, le Raid des Alizés propose un mix d’épreuves à réaliser en équipe de trois filles au travers de la nature la plus sauvage de la Martinique. On dévale ainsi en courant la montagne Pelée, traverse la forêt tropicale et les champs de canne à sucre en VTT, avant de ramer sous un soleil de plomb vers des plages paradisiaques. Le tout sur 6 jours, aller-retour Métropole-Martinique compris. Les nuits sont en bivouac, en tente de trois. Le parcours sur l’île, tenu secret, est dévoilé la veille au soir pour le lendemain par le directeur technique, histoire de maintenir le suspense et surtout la pression. Les activités, et la difficulté, vont crescendo au fil des jours. Seules 75 équipes de 3 filles peuvent y participer et toutes soutiennent une cause caritative ou sociétale pour laquelle elles se battent. Le classement général déterminant les dotations qui seront directement reversées aux associations. Les organisateurs limitent volontairement le nombre de participantes afin de pouvoir garantir un planning très bien calé. Un peu trop diront les fans de bivouac très roots mais après tout pourquoi pas, de temps en temps, se faire chouchouter. Ce qui nous conduit à la question suivante.


Pourquoi "que des filles" ?
Quand on a été élevée avec un tas de frères et de cousins et que depuis la maternelle nos copains sont des filles mais aussi des garçons, on peut se demander pourquoi soudain se lancer dans un raid « girls only ».
« Plus qu’une compétition sportive pure, le Raid des Alizés est une aventure à vivre entre femmes. Les valeurs de partage, d’entraide et de solidarité seront omni présentes au sein de chaque équipe et de la communauté des raideuses » expliquent les organisateurs. L’idée, selon eux, est de « construire une véritable vie de groupe. Chaque concurrente s’envolera en compagnie de deux amies, mais c’est bien avec une famille de 209 sportives qu’elle partagera l’aventure ». Sur le papier, le discours nous laissait assez dubitative, mais force est de constater … que ça marche. Il faut avoir vu courir les équipes sur les pentes très escarpées et glissantes de la montagne Pelée, un volcan éteint, pour comprendre combien la solidarité n’est pas un vain mot. Certes, elle existe dans l’univers du trail, mais ici on part à trois et on arrive à trois, c’est la règle incontournable. Ensemble et en s’aidant tout au long des parcours. Déroger à cette règle pénalise l’équipe. Et à l’arrivée de toutes les épreuves, toutes les filles sont là pour accueillir les trois dernières, quel que soit leur temps. Un soutien formidable pour des sportives toutes entraînées mais loin d’être des athlètes de haut niveau pour la plupart. Mais, et c’est là un des points les plus intéressants, la performance n’est plus capitale ici. « Les Alizés » comme elles s’appellent entre elles, semblent toutes soulagées de pouvoir faire du sport, « s’éclater », « prendre une bonne suée » et pleurer de joie ou de douleur à l’arrivée sans avoir à « subir » le regard ou les regards des hommes. Moins de testostérones, plus d’empathie, l’ambiance générale y gagne incontestablement. Sans pour autant exclure un réel esprit de « gagne », car si la mer est partout présente, c’est bien d’un raid qu’il s’agit, pas d’une thalasso.


Un rendez-vous de championnes ou une annexe du ClubMed ?
Si le raid accueille chaque année une équipe d’athlètes de haut niveau - Nathalie Simon, Laura Marino et Ophélie Racz David en 2019 – c’est moins pour placer la barre très haut, que pour stimuler le groupe et favoriser les échanges avec des pros qu’on pourrait imaginer inaccessibles.
« Nul besoin d'être une athlète confirmée pour participer », explique l’organisation du raid. « Avec un entraînement approprié, du courage et le soutien de l'ensemble des participantes, toutes les concurrentes ont su se dépasser pour franchir en équipe la ligne d'arrivée et gagner leur place dans la grande famille des Alizés. », concluait Christophe Pinna, Directeur de Course du Raid des Alizés, à l’issue de l’édition 2019 de décembre dernier.
Si toutes les concurrentes sont passionnées de sport, toutes n’ont pas le même niveau. Célibataires d’une vingtaine d’année ou mères de famille de quarante ans, toutes n’ont pas non plus la même disponibilité pour s’adonner au quotidien à la course, au VTT ou à l’aviron. Parmi les « Alizés » 2019, on trouvait ainsi en concurrence des championnes régionales de VTT, des rameuses, membres d’un club d’aviron de rivière, et de bonnes traileuses, mais aussi des sportives occasionnelles devenues, le temps de la préparation de la course, beaucoup plus assidues. Tous les niveaux donc au départ de la course et des performances contrastées, mais toujours bien vécues au final. Le niveau des épreuves qui se succèdent à un rythme soutenu étant plutôt élevé, passer l’arrivée est en soi une victoire.
Reste le côté ClubMed. Et c’est là où « on aime ou on déteste », me confiera une « Alizé » revenant pour la deuxième fois. On aime parce qu’on peut « se lâcher », se marrer entre copines dans les petites tentes avec ballons colorés, pleurer devant les messages de soutien des enfants et maris laissés à la maison, projetés tous les soirs, photos et messages vidéo compris, danser à cinq heures du mat sur la sono à fond du DJ animateur infatigable, Steve Kondo, un Martiniquais hyper tonique et hilarant adoré par toutes ici. Ou frémir à l’idée de participer à la fameuse « soirée blanche » où toutes les « Alizés » apparaissent littéralement méconnaissables, une fois tombés tee shirt, short et casquettes aux couleurs du raid, soigneusement maquillées, le cheveu brillant, et vêtues de robes en dentelle ou d’un mini short immaculé. Ou enfin, se demander si elles se sentent vraiment « Alizé un jour, Alizé toujours ». La question semble réglée pour toutes qui de toute évidence, en signant pour le raid ont décidé de se dépasser et se donner du bon temps, un moment à elles. Et rien qu’à elles. Une fois n’est pas coutume pour certaines d’entre elles. D’autant que ce moment elles l’ont bien gagné. A l’issue des épreuves, mais surtout, après des mois de préparation physique et de recherches de financement. Car le raid a un prix.



Cette petite escapade aux Antilles ne serait-elle par réservée à des happy few désœuvrées ?
Parlons chiffres. L’inscription s’élève à 9 613,90 euros TTC (8 990 euros HT) par équipe au départ de Paris-Orly et à 8 113.90 euros TTC (7 490 euros HT) pour les équipes locales. « Ce coût couvre l’intégralité des frais lors des 6 jours du raid : transport, logement, restauration ainsi que de nombreuses surprises ! » détaille l’organisation. Ce n’est pas donné. Et surtout absolument pas gagné pour la plupart des concurrentes. Infirmières, cheffe d’entreprise, mère au foyer, étudiante ou chirurgienne, tous les milieux sociaux sont représentés. Tous les budgets aussi. La plupart devant se battre pendant des mois pour réunir les fonds nécessaires pour septembre prochain. Car si les inscriptions se font en mars, les futures Alizés ont cinq mois pour boucler leur budget. « On a fait les marchés, vendu des gâteaux » raconte une concurrente. On s’est fait traiter de « gosses de riches », moquer aussi, certains croient qu’on va se faire bronzer au soleil alors que franchement, c’est dur », raconte-t-elle. Pour avoir fait moi-même deux épreuves du raid, le trail et la course de VTT … Je confirme ! Ça n’a rien d’une promenade au parc pour jeunes filles en mal de bronzette.
Du rose partout ?
Hélas oui. Une visite du site nous avait bien alertée avant le départ, mais sur le terrain, dès l’arrivée à l’aéroport Aimé Césaire, à Fort de France, devant les 225 sacs de sport roses défilant inlassablement sur le tapis, la tendance « pink is beautiful » était confirmée. Code couleur oblige m’explique-t-on. Là, ça se discute. Mais au final, cela importe peu et on leur pardonne car ce raid là est une expérience hors norme et au fond peut importe sa couleur.

Comment s’inscrire ?
Vous trouverez tous les détails sur le site du Raid des Alizés, ici. Attention, chaque année, les places partent très vite. Aussi ne vous découragez pas, si vous arrivez trop tard, mettez une option pour tenter votre chance pour la suivante.

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