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Stéphane Goyard
  • Aventure
  • Vélo

La voix bienveillante du gravel français s’est éteinte avec Stéphane Goyard, emporté sur la route

  • 1 juin 2026
  • 5 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

Alors qu’il participait le 30 mai à une randonnée organisée dans le cadre du festival Nature is Bike à Angers, Stéphane Goyard a été percuté par une voiture et déclaré mort sur place. Figure reconnue du gravel et du bikepacking en France, il animait la chaîne YouTube « Gravel & Bike », qui rassemblait 65 000 abonnés et proposait des contenus de tests de matériel, de conseils techniques et de récits d’aventures. Portrait d’un créateur qui a contribué à populariser la pratique du gravel en France.

L’annonce de la disparition de Stéphane Goyard a provoqué une onde de choc au sein de la communauté cycliste et du milieu du gravel. Son frère Hervé Goyard a confirmé la nouvelle en commentaire de sa dernière vidéo YouTube, publiée la veille de l’accident. « Mon petit frère, moi qui t'ai transmis ma passion du vélo, aujourd'hui c'est lui qui t'a enlevé à la vie. Depuis ce matin, je pleure toutes les larmes de mon corps. Je pense à tes trois enfants, à ta femme et à nos parents, très âgés, pour qui la vie ne sera plus jamais la même. Aujourd'hui, qu'est-ce qu'il me reste ? Tes vidéos, pleines de vie, et mon chagrin. »

Au-delà de la sidération, les témoignages qui affluent dressent le portrait d’un homme profondément apprécié dans le milieu. Lors de notre échange, le cycliste et aventurier Steven Le Hyaric, qui l’a côtoyé à plusieurs reprises lors des épreuves GravelMan, parle d'un « un garçon pur, qui avait beaucoup de respect pour les autres, qui a toujours laissé une trace derrière lui. C'est rare, mais tout le monde l'aimait. »

Sur le plan des faits, l’accident s’est produit le 30 mai au Lac de Maine, à Angers. Stéphane Goyard participait alors au Défi 200, une sortie de 200 kilomètres organisée dans le cadre de la 5ᵉ édition du Festival de gravel et de l’aventure à vélo Nature is Bike, qu’il filmait pour ses réseaux. Le cycliste évoluait sur une portion en descente lorsqu’il a été percuté par un véhicule sur la route départementale RD60, à hauteur du croisement du chemin de Marigné, sur la commune des Bois-d’Anjou (Maine-et-Loire). Malgré l’intervention des sapeurs-pompiers et d’un médecin urgentiste, il a été déclaré mort sur place par les secours. La conductrice du véhicule, une femme de 46 ans originaire de la région, a été prise en charge en état de choc et transportée à l’hôpital. Selon les premiers éléments communiqués, l’automobiliste n’aurait pas été en mesure d’éviter le cycliste, qui serait arrivé sans ralentir dans la zone de croisement. Une enquête a été ouverte par le parquet de Saumur afin de déterminer précisément les circonstances de la collision.

Une figure pionnière du gravel français

Âgé de 54 ans et originaire de Dijon, Stéphane Goyard s’était imposé au fil des années comme une figure reconnue du gravel et du bikepacking en France. Cycliste d’endurance avant tout, il pratiquait le vélo sur route depuis l’âge de 12 ans avant de se tourner progressivement vers le gravel en 2015, sans pour autant évoluer dans le milieu professionnel ni au niveau élite.

Amateur expérimenté, il cherchait à transmettre sa passion au plus grand nombre via sa chaîne YouTube Gravel & Bike, lancée en 2020. Souvent présentée comme la première chaîne francophone entièrement dédiée au gravel, cumulant près de 65 000 abonnés, elle s’était progressivement imposée comme un point d’entrée pour de nombreux pratiquants. Parmi les commentaires qui affluent, « Ses vidéos étaient les drogues d'entrée qui m'ont fait découvrir le vélo, à la fois gravel et route », écrit un internaute. Un autre ajoute « C’est grâce à toi que je roule sur mon gravel », quand un troisième résume « Comme tous, je ne croyais pas au gravel, mais à force de regarder tes vidéos, je m’y suis enfin mis avec beaucoup de plaisir. Tu es donc maintenant responsable de la joie que je prends quand j’enfourche mon vélo. » « J’ai reçu pas loin de 500 commentaires depuis 24 heures, des témoignages en privé, beaucoup plus que ce que j’ai reçu pour mes propres aventures, confie Stéven Le Hyaric. Des gens me disent : c’est grâce à lui que je fais du vélo, c’est grâce à lui que je fais du gravel. Ça veut dire beaucoup de choses. »

Il était monsieur tout le monde, et ça se ressentait dans ses vidéos, dans tout ce qu’il faisait.

Au-delà de l’audience, c’est surtout son rôle dans la structuration du gravel en France qui est aujourd’hui souligné par les acteurs du milieu. Dans un long hommage, le fondateur du média Gravel Passion, Hugo Guilbaud, en fait écho. « Stéphane a été l’un de ceux qui ont fait connaître le gravel en vidéo, à une époque où cette discipline était encore bien moins visible qu’aujourd’hui. Il a fait partie des précurseurs. Ceux qui testent, qui expliquent, qui vulgarisent, qui donnent envie d’essayer. Il avait cette capacité rare à rendre les choses accessibles. À parler de vélo sans exclure. À donner envie à des débutants de se lancer, de comprendre, d’oser prendre un chemin, de monter des pneus plus larges, de regarder le vélo autrement. »

Une opinion que partage Le Hyaric. « Le gravel, c’est une micro-bulle qui a éclaté il y a cinq, six ans en France. Et lui fait partie des précurseurs. Comme ces pionniers du trail, qui avaient des blogs il y a vingt ans et qui expliquaient ce que c’était, il a fait exactement ça. »

En 2021, alors que le gravel reste une pratique en construction en France, Gravel & Bike était déjà décrite comme un projet comblant un manque dans l’écosystème francophone du vélo. « Il manquait un média YouTube pour accompagner le développement du gravel en France : c’est maintenant chose faite. Nous avons désormais notre “channel” gravel. Stéphane anime avec virtuosité et créativité le sujet qui nous passionne tous » écrivait alors Bike Café. La chaîne attire rapidement une audience fidèle, cumulant près de 10 000 abonnés en cinq mois d’existence, à raison d’une vidéo publiée chaque semaine.

Sa signature ? Des vidéos très pédagogues et bienveillantes, explique Le Hyaric. « Il testait des vélos, il se mettait à la place des débutants. Il vulgarisait, il expliquait sans jamais exclure. Et ensuite il est allé plus loin, dans l’analyse, dans l’entraînement, mais toujours avec cette idée de démocratiser, de rendre accessible. » Il ajoute : « Il n’était jamais dans le jugement, jamais dans l’excès. Il y avait une absence d’ambition affichée qui le rapprochait des gens. Il expliquait comme un débutant, mais en même temps, il allait très loin dans l’analyse. Et c'est ce qu'il différenciait. Ses vidéos étaient toujours positives, toujours bienveillantes. Même quand il allait loin dans l’analyse de personnes ou de marques, il restait juste. »

« Quel gravel pour débuter ? », « Monoplateau ou double plateau ? », « Les erreurs les plus fréquentes en gravel » ou encore « Les meilleurs vélos gravel à 1500 € »... ses vidéos, centrées sur les tests de matériel, les conseils techniques, les aventures au long cours et la découverte du bikepacking et du gravel, restent une véritable source d’information pour une communauté de pratiquants en pleine croissance.

Une cohabitation tendue entre cyclistes et automobilistes

 « Presque cinquante copains partis sur la route, écrit Steven Le Hyaric dans son hommage à Stéphane Goyard. En course, à l’entraînement, un dimanche tranquille, en plein cœur de saison, sur le bitume comme sur les chemins. Partout où l’on roule, on tombe. »

Si on touche un cycliste, il meurt. Je pense que ce n’est pas vraiment clair pour les automobilistes.

« Je pense qu’on est un des pays les plus développés dans la pratique du vélo, et à la fois des moins éduqués, parce que nos villes ne sont pas structurées pour ça », estime-t-il. Selon lui, l’enjeu renvoie à une question d’éducation globale à la cohabitation entre usagers : « Nos véhicules roulent de plus en plus vite. Il y a de plus en plus de pratiquants, de plus en plus de néo-pratiquants. Donc je pense qu’il y a de l’éducation à faire dès le début, que ce soit à l’école ou sur le permis de conduire. Et puis prévenir les gens : si on touche un cycliste, il meurt. Je pense que ce n’est pas vraiment clair pour les automobilistes. » Il pointe également les limites des aménagements actuels, notamment dans les grandes métropoles, où la progression du nombre de cyclistes ne s’accompagne pas toujours d’une évolution équivalente des infrastructures. « Il y a trop de vélos pour le nombre de pistes cyclables et d’aménagements. Ça changera. Il faudra des accidents, il faudra des morts. En attendant, je continue et continuerai de rouler. Parce que poser le vélo, ce serait leur donner tort d’avoir aimé ça. »

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