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Fred Fugin Soul Flyers saut en wingsuit au Liban
  • Aventure

Fred Fugen, des Soul Flyers, « Pour cette première en wingsuit au Liban, j’ai pensé à Vince tout le temps »

  • 16 juin 2021
  • 9 minutes

La rédaction Outside.fr Marine Saint-Germain

On l'a vu voler au-dessus du mont Blanc, depuis le sommet du Burj Khalifa, ou encore aux côtés de la Patrouille de France. Cette fois-ci, Fred Fugen ouvre une nouvelle voie et effectue les premiers sauts en wingsuit au Liban. Et pas n'importe où : ce projet, capturé dans une vidéo produite pas Redbull Liban, a été réalisé dans « la vallée sacrée de Qadisha, site des derniers cèdres du Liban ». Pour en savoir plus sur ces sauts inédits, nous avons rencontré Fred Fugen, l'occasion également de nous parler de sa reprise après la disparition de son frère de vol, Vince Reffet, en novembre dernier.

En janvier dernier, on retrouvait enfin Fred Fugen, vêtu de sa combinaison de wingsuit, inaugurant un nouveau saut au-dessus de la face de Bellevarde. Un exploit immortalisé dans une vidéo hommage à son acolyte Vince Reffet -décédé dans un accident en Jetman le 17 novembre dernier - avec qui il formait le célèbre duo des Soul Flyers. Mais ce projet au Liban, imaginé par Fred et Vince depuis des mois, semble bien signer son retour en force après une reprise difficile. Dans un film produit par Redbull Liban, diffusé en ligne mercredi 16 juin, on aperçoit le spécialiste de la wingsuit réaliser les premiers vols de cette discipline au Liban. L'occasion pour Outside de s'entretenir avec lui pour nous décrire les coulisses de ce saut inédit, et de prendre quelques nouvelles d'un des athlètes de l'extrême les plus impressionnants du moment.

https://youtu.be/M2faf1CpI6s
Quel est donc ce nouveau projet au Liban ?

Le projet, de base, était initié par Redbull Liban. Le but était de réaliser les premiers vols en wingsuit au Liban. Ça faisait longtemps qu’ils y pensaient, ils nous avaient proposé le projet en 2019, on devait le faire en 2020 mais ça a été décalé à cause du Covid-19. Pour réaliser ces premiers vols, ils avaient choisi un lieu très particulier, connu au Liban : la vallée sacrée de Qadisha, dans le nord-est du pays, où l'on trouve les derniers fameux cèdres du Liban, de sublimes arbres millénaires. Ceux-là ont 4000 ans. C’est une vallée qui a abrité l’une des premières civilisations du monde, une des plus anciennes zones habitées - protégée par l’Unesco. L’idée était donc de voler au-dessus de ce site. 

Ça a été possible grâce à Redbull Liban qui a longtemps travaillé pour obtenir les autorisations, et au soutien de l’armée - car on a dû utiliser un hélicoptère militaire pour y réaliser les sauts. Au Liban, il y a très peu d’hélicoptères civils ; c’est un pays assez tendu au niveau politique, la situation militaire est assez chaude. Mais l’armée nous a prêté un hélico pour qu’on puisse réaliser ces vols début mai.

On voulait mettre en valeur des endroits très connus et typiques. Mais comme les falaises ne sont pas très hautes, ce ne sont pas des pentes très raides, on ne pouvait pas parcourir toute la vallée en un seul vol. Alors on a décidé de réaliser plusieurs sauts, au-dessus de différentes zones. On a approché les cèdres au plus près, notamment en utilisant les techniques de « ressource » - c’est la même technique qu’on avait utilisé au phare de La Tremblade l’année dernière (dont nous avons dans notre interview de septembre dernier, ndlr). On a aussi fait des sauts de wingsuit freestyle, avec des figures en l’air, pour finir entre les falaises. 

C’était magnifique pour nous. La difficulté principale restait les atterrissages. Il n’y avait que de petits spots, pas mal d’obstacles, des lignes électriques, des cailloux, des arbres… les sauts étaient vraiment techniques, les atterrissages assez difficiles, il a fallu faire très attention aux conditions météos car on ne pouvait pas se permettre de sauter avec du vent ou des turbulences. Mais on a eu de la chance, une très bonne météo qui nous a permis de faire 15 sauts. 

Fred Fugin Soul Flyers saut en wingsuit au LibanFred Fugin Soul Flyers saut en wingsuit au LibanFred Fugin Soul Flyers saut en wingsuit au Liban
Comment as-tu vécu la reprise ? 

C’est pas facile. Pour tout ce qui concerne les sauts d’avion, la wingsuit, le parachutisme, le BASE-jump, je n’ai jamais eu envie de m’arrêter. Forcément, pendant l’hiver, il y a eu un break suite à l’accident de Vince, où j’ai pris du temps chez moi à Chamonix pour faire du ski, pour passer du temps avec ma famille et mes proches. 

Après j’ai recommencé à sauter en Haute Savoie en février, mais la vraie reprise c’était à Dubai, début mars. Ça m’a fait du bien de sauter. Après, ce qui était compliqué, c’était que la reprise des sauts d’avion était à Dubai dans le désert, à côté du hangar Jetman, là où Vince a eu son accident. Forcément, c’était difficile au début, même le simple fait de retourner à Dubai. Mais je pense que c’était nécessaire aussi. J’étais bien accompagné, j’ai sauté avec des bons potes, comme Vincent Cotte, Aurélien Chatard, Loïc Jean-Albert (membre fondateur des Soul Flyers, ndlr). 

Bref, le point positif, c’est qu’on a pu beaucoup sauter, et moi ça m’a fait du bien de profiter de ces moments. Entre les sauts de BASE-jump et les sauts d’avion, j’ai fait quasiment 150 sauts en une semaine à Dubai. Ça m’a permis de faire une belle reprise, de bien me préparer pour le début de saison - et surtout, ça fait du bien à la tête. 

Fred Fugin Soul Flyers saut en wingsuit au Liban
Tu es retourné à Dubai ce printemps pour poursuivre ce projet Jetman ?

J’y suis retourné pour potentiellement refaire un vol en Jetman, essayer de continuer le projet. Mais pour différentes raisons, ce vol n’a pas pu avoir lieu - principalement pour des raisons administratives. Pendant qu’on attendait l’autorisation de pouvoir revoler aux Emirats, j’en ai profité pour sauter d’avion et m’entraîner en wingsuit et en freefly. Finalement, début avril, on n’avait toujours pas obtenu l’autorisation, donc je suis rentré.

Le temps est passé, et la température à Dubai a commencé à grimper de plus en plus. Il commençait à faire vraiment trop chaud, donc on a renoncé à la reprise des vols de printemps à Dubai, et on a décidé de déplacer l’opération en Espagne, en Catalogne - mais ça, c’est ce qu’on faisait déjà les années précédentes. En ce moment, le matériel est en phase de transition pour arriver en Espagne, et on espère pouvoir reprendre en juin.

Fred Fugin Soul Flyers saut en wingsuit au Liban
Tu disais que faire du Jetman, c’était l’idée de Vince. Maintenant, que penses-tu de ce projet ?

J’en pense toujours la même chose : c’est un truc de fou, d’unique au monde. On avait la chance avec Vince de pouvoir participer à ce projet, voler avec ces ailes extraordinaires qui ont été inventées par Yves Rossy, ancien pilote de chasse de l’armée suisse. 

Maintenant, c’est vraiment très différent du parachutisme classique, et de ce qu’on a l’habitude de faire en wingsuit ou en BASE-jump. Ça reste quelque chose d’expérimental, le matériel est en constante évolution - et amélioration. On a affaire à une machine perfectionnée, plus complexe à utiliser qu’une simple wingsuit. 

Bien que Vince ait eu son accident en Jetman - c’était dans des conditions très particulières - je continue de penser que c’est exceptionnel, et j’ai encore l’envie de reprendre ces ailes. J’en ai besoin, autant que toute l’équipe qui travaille sur ce projet. Une fois qu’on aura fait la reprise et quelques vols, on pourra se projeter un peu plus loin.

Fred Fugin Soul Flyers saut en wingsuit au Liban
Est-ce que ta pratique de la wingsuit a changé ?

Ma vision de la wingsuit n’a pas changé, mais plutôt mon mode de réflexion par rapport aux risques auxquels on fait face dans différents projets. Avant, on avait l’habitude de tout analyser à deux avec Vince, mais maintenant il n’est plus là. Maintenant, je suis « seul » dans le binôme, mais je ne suis pas isolé non plus. On reste une équipe avec ceux qui m’aident à préparer les vols, et qui sautent avec moi. Personnellement, j’essaye de faire encore plus attention qu’avant. La wingsuit et le Jetman… on essaye de réduire les risques au maximum.

Fred Fugin Soul Flyers saut en wingsuit au Liban
Avec qui pratiques-tu maintenant : des membres de l’équipe qui faisait déjà partie des Soul Flyers, ou de nouveaux partenaires ? 

Ces dernières années, les Soul Flyers, c’était juste Vince et moi. L’équipe a évolué au fil du temps, mais c’est vrai qu’on n’était plus que deux récemment. Les deux gars avec qui j’ai volé au Liban, Vincent Cotte et Aurélien Chatard, ne font pas partie des Soul Flyers mais ils avaient l’habitude de voler avec Vince et moi, on se connait depuis des années. D’ailleurs, l’année dernière, on a fait pas mal de BASE-jump tous les quatre.

J’ai toujours eu l’habitude de voler en groupe. Avec Vince, on était tous les deux en ne faisant qu’un, mais on avait toujours un caméraman qui était à côté de nous, donc on faisait des vols à trois finalement. Ça offre plus de possibilités en termes de synchronisation, ça permet de réaliser des figures, des petites formations, de voler en patrouille - tout ce qu’on fait, on ne pourrait pas y arriver sans caméraman. 

Et puis, même moi, je n’ai pas envie d’être seul à l’image - pour moi, c’est un peu « old school », c’est dépassé. Étant donné les techniques qu’on a maintenant pour voler à plusieurs, je trouverais ça dommage d’être tout seul. Quand j’ai sauté avec Vincent et Aurélien au Liban, ça s’est super bien passé. Comme ils sont très expérimentés, ça m’a permis de retrouver, quelque part, ce qu’on faisait avec Vince : échanger, avoir l’avis de chacun, parler des difficultés, des prises de risque… Moi, c’est ça que j’aime. J’ai fait 10 ans de compétition, et j’aime le travail d’équipe. Je n’ai pas envie d’être tout seul dans mon délire, ça ne me branche pas du tout. 

Fred Fugin Soul Flyers saut en wingsuit au LibanFred Fugin Soul Flyers saut en wingsuit au Liban
Sur Instragram, on voit quelques images de ta femme en vol, elle fait du BASE-jump depuis longtemps ?

Laurence a voulu commencer le BASE-jump il y a plus de 10 ans, quand elle s’était mise au parachutisme. Mais comme elle était rentrée en équipe de France et en équipe national de vol relatif (chute libre en groupe, ndlr), elle ne pouvait pas mélanger les deux disciplines. Alors elle a vraiment mis de côté le BASE jump. Elle avait fait quelques sauts, mais elle s’était concentrée à fond sur le parachutisme de compétition. Et, quand elle a arrêté sa carrière de compétitrice, elle a repris le BASE-jump avec moi, depuis 2018 environ. Elle a commencé à accumuler pas mal de sauts depuis 2019. Et c’est dingue de pouvoir partager ça en couple.

Fred Fugin Soul Flyers saut en wingsuit au Liban
Est-ce qu’on va la voir plus souvent dans tes divers projets  ?

Non, ce n’est pas prévu pour l’instant. Elle n’a pas non plus tant de sauts que ça en BASE jump ; et elle a déjà un métier, elle travaille à l’École Militaire de Haute Montagne, à Chamonix. Elle fait ça sur son temps libre, pendant les vacances. Elle n’a pas un niveau qui permettrait de faire des projets avec elle. Mais pourquoi pas, peut-être que ça arrivera un jour. Mais pour l’instant notre objectif avec Laurence, c’est plutôt de passer de bons moments ensemble en montagne, de partager cette discipline - qui moi me fait kiffer depuis plus de 20 ans et elle depuis quelques années. Là récemment, elle a essayé une mini combinaison, une mini wingsuit qui permet de bien planer. Elle a commencé à l’utiliser en sautant d’une falaise, c’est une nouvelle étape. Mais pour l’instant, on va dire que ça reste vraiment du loisir pour tous les deux. 

Fred Fugin Soul Flyers saut en wingsuit au Liban
Sinon, il y avait beaucoup de projets que tu avais menés avec Vince. Maintenant, que prépares-tu ?

On avait pas mal de projets en cours. Certains étaient juste à l’état d’idée ; d’autres déjà entamés. Moi, j’ai décidé de mener à bien tous ces projets. J’ai une liste des rêves qu’on voulait réaliser ensemble. Le projet au Liban, ça en faisait partie par exemple. Évidemment, j’ai pensé à lui à chaque instant. C’est quelque chose qu’on aurait dû faire ensemble, et il n’était pas là. 

C’était aussi quelque chose de nouveau pour moi de collaborer avec Vincent Cotte et Aurélien sur un projet de cette ampleur. Ça s’est bien passé, mais c’est sûr qu’il avait beaucoup d’émotion. Après, sur l'avenir, je ne peux pas trop en parler pour l’instant. Il y aura d’autres vidéos Redbull, en France et à l’étranger, avec beaucoup de wingsuit, et plein d’autres choses. En gros, un mélange de disciplines - ce qui a toujours fait la « touch » de notre équipe.

Je garde la motivation pour continuer les projets, même si évidemment ce n’est pas facile d’avancer au quotidien sans Vince, étant donné qu’on avait passé 20 ans ensemble à tout partager. Pour moi, c’est une nouvelle vie, ce n’est vraiment pas évident mais je continue d’avancer. 

Fred Fugin Soul Flyers saut en wingsuit au Liban
On vous a vu faire évoluer la discipline avec le projet Jetman, est-ce qu'il est encore possible d'inventer autre chose pour aller plus loin ?

Oui, c’est possible. Il y a des choses qu’on a en tête, notamment des idées qu’on avait avec Vince. Le problème majeur c’est le temps : mettre en place des idées ça prend énormément de temps, du coup t’as jamais le temps de tout faire. Mais il y a des évolutions possibles. Dans le projet Jetman, il y a des évolutions, notamment ce que Vince était en train de faire, tout ce qui est du vol stationnaire, la verticale, il y a moyen de développer. J'espère qu’on trouvera le temps et le moyen de les réaliser. C’est pas les idées qui manquent, et j'espère que ça va faire évoluer la discipline parce que on est encore dans des sports assez jeunes et ça évolue au quotidien, il y a plein de gens qui pensent à plein de trucs.

Fred Fugin Soul Flyers saut en wingsuit au LibanFred Fugin Soul Flyers saut en wingsuit au LibanFred Fugin Soul Flyers saut en wingsuit au Liban
Comment la pratique de la wingsuit évolue-t-elle actuellement ? 

La wingsuit et le matériel sont beaucoup plus faciles à utiliser qu’avant. Il y a des modèles intermédiaires qui s'adaptent mieux aux débutants. On a aussi des souffleries pour la wingsuit, qui permettent de développer des techniques de vol. En ce qui concerne le BASE-jump, j’ai l’impression qu’il y a un peu moins d’accidents qu’il y a quelques années. Mais pour moi les règles sont toujours pareilles : ne pas brûler les étapes, et se préparer au mieux pour faire les choses en toute sécurité. En tout cas, oui, ça continue d’évoluer, et nous on veut toujours se perfectionner. On a encore une marge de progression, et on est encore loin de voir le bout du truc. Ce n’est pas pour rien que je viens reviens d'Espagne pour faire une semaine d’entrainement avec mes potes. On a des idées, et on n’est pas les seuls. Ces disciplines ont des beaux jours à venir.

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