Rien ne va plus pour le héros des Népalais. Encensé il y a cinq ans, pour son record des 14 x 8000 m, voici qu’il est aujourd’hui dans le collimateur du ministère du tourisme népalais. Sa faute ? Avoir dénoncé que des cordes avaient été intentionnellement sectionnées sur le Toit du monde alors qu’il était en route vers le sommet. Faux ! Lui répondent les autorités qui ne voient là que la recherche d'un coup médiatique de plus d'un alpiniste comptant 2 millions de followers dont la notoriété semble en déranger plus d'un. Une enquête est ouverte. Et Nims Dai riposte à coup de vidéos afin de prouver ses dires.
Quel est le point de départ de l’affaire ?
Tout a commencé dimanche dernier, le 26 mai. L’équipe de l’agence de Nims Dai, Elite Exped, en route vers le sommet de l’Everest, entend parler pour la première fois par un opérateur, Peak Promotion, qu’une corde a été coupée sous le sommet sud. Constat qu’elle aurait fait alors qu’elle était en train de récupérer un corps. Nims Dai poste alors une vidéo sur Instagram qui très vite fait beaucoup de bruit. Il explique, « Quelqu’un [il ne précise pas qui] a coupé la corde juste en dessous du sommet sud, au-dessus du Balcon. Tout le monde savait que mon équipe était sur le point de faire le sommet". « Bien entendu, il incombe à l'équipe chargée des réparations de se rendre sur place et de régler le problème (…) Nous découvrirons très bientôt qui a coupé les cordes. C'est tellement écœurant que j'en ai le cœur brisé, je suis bouleversé. (…) Jusqu’à présent je suis resté silencieux pour protéger l’industrie », dit-il. « J’ai toujours voulu être positif, mais j’en ai marre, j’ai décidé de parler, les gens doivent savoir ». « Depuis 2019, je dois faire face à des politiques et des manoeuvres écœurantes et sales, juste parce que j’ai révolutionné l’industrie et que j’ai eu du succès. Les gens essaient toujours de me faire tomber », conclut-il. Dans la foulée il a publié une deuxième vidéo, une conversation avec Babu Sherpa, de l’agence Peak Promotion lui-même au camp de base. Ce dernier lui confirme que « les cordes semblent avoir été coupées et jetées de l'autre côté [de la montagne] ».
SPEECHLESS ON #EVEREST
— Nirmal Purja MBE (@nimsdai) May 26, 2024
Today I’m absolutely lost for words.
Watch this video with audios on!
It’s not the first time I have dealt with disgusting things like this. I have lived with disgusting and dirty politics and tactics since 2019 simply because I have disrupted the… pic.twitter.com/SOWfcbhEmO
Quelles ont été les réactions dans la communauté de la montagne ?
Comment on pouvait s’y attendre, elles ont été rapides. Et musclées. Indignés, de nombreux alpinistes ont soutenu Nims Dai. Mais un Sherpa, Nga Tenjin Sherpa de l’agence The Summit Force, a souligné : « Personne n'aurait [...] délibérément coupé une ligne fixe dans les montagnes. Si quelqu'un l'avait fait, le gouvernement serait prêt à imposer des sanctions sévères, [mais] Nims ne peut pas accuser les autres sans preuve. Si ses affirmations sont fausses, cela pourrait lui causer d'importants problèmes ». Et effectivement, de nombreux alpinistes semblent avoir pu gravir le sommet le week-end dernier. Et aucun incident lié à des cordes n'a été rapporté. Elite Exped et Peak Promotion seraient donc les seuls à avoir noté ce qu’on peut qualifier de sabotage.
C’est justement ce que pense le ministère du Tourisme, de la culture et de l’aviation civile qui a vivement réagi dans un communiqué de presse diffusé le lundi 27 mai. « Nous souhaitons informer toutes les personnes concernées qu’il n’y a absolument aucun problème de cordes (…) Les alpinistes peuvent achever leur ascension en toute sécurité », lit-on. « Nous appelons les médias à ne pas diffuser de fausses informations, mais à se fier aux informations officielles ». Et d'annoncer qu’une enquête judiciaire allait être lancée contre Nirmal Purja « pour avoir diffusé des informations erronées dans le but de gagner en popularité ».
Comment riposte Nims Dai ?
Très remonté par ces accusations de mensonge, le Népalais n’a pas caché sa déception mais aussi sa détermination : « S'il le faut, je dénoncerai ouvertement tout le monde ! », écrivait il dans la foulée de ses vidéos. « Je suis extrêmement déçu par la communauté de la montagne qui fait appel à moi en temps de crise ! Tout ce que j'ai essayé de faire, c'est d'avoir un impact positif pour les alpinistes et le #Népal".
Et dès mercredi matin il a contre-attaqué avec des preuves, en publiant une vidéo sur Instagram montrant les cordes coupées et en donnant la parole à des Sherpas de son agence, Elite Exped. Et si d'autres cordées ont pu atteindre le sommet, dit-il, c’est parce que son équipe avait déjà réparé la ligne. « Ils me traitent de menteur. Mais voilà la preuve que la corde a bel et bien été coupée", dit-il.
INTEGRITY. My team and I summitted Everest and Lhotse – what should be a huge celebration and yet I now have to clear up this negativity. Anything I do is with honesty and integrity – I do not make things up. On this video you can clearly see the cut ropes, which we were warned… pic.twitter.com/yAfdvFB98A
— Nirmal Purja MBE (@nimsdai) May 29, 2024
Les Sherpas de Nims Dai auraient en effet trouvé la corde coupée exactement à l'endroit indiqué par leurs collègues de Peak Promotion. Une section de 36 mètres environ localisée en bas de la montagne, entre le sommet sud de la montagne et une section connue sous le nom de The Balcony. Leur première hypothèse : un accident causé par un rocher. Mais à bien y regarder, la corde a clairement été sectionnée par un couteau, selon eux.
L’enquête est ouverte et on attend une déclaration de Nims Dai dès son retour d'expédition. Reste que le Népalais évolue actuellement dans un climat plutôt hostile. Car ce n'est pas la première fois qu’il se retrouve au centre d'une controverse. Tout récemment encore, le 26 mai, The Himalayan Times rapportait que la semaine dernière, l'autorité de l'aviation civile du Népal avait refusé de lui accorder un permis de vol, alléguant qu’il avait illégalement réquisitionné un hélicoptère sur l'Everest au début du mois. « Faux », avait alors rétorqué un porte-parole de l’agence de Nims Dai expliquant qu’il s’agissait de soigner des clients malades, intervention tout à fait légale.
Sur cette affaire comme sur la polémique des cordes, l’ancien membre du régiment népalais Ghurka et des forces spéciales britanniques, fidèle à sa réputation, ne semble pas avoir l’intention de faire profil bas. Mais il est clair désormais que ses coups d'éclat ne lui valent pas que des amis au sein du gouvernement, ce qui n'étonnera guère. Mais aussi que sa position au sein de la communauté népalaise est quelque peu fragilisée.
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