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épave sous l'eau
  • Aventure
  • Survie

Par 30 mètres de profondeur, il survit 60 heures dans une épave grâce à une poche d’air

  • 17 août 2023
  • 5 minutes

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria Longtemps allergique à toute forme de sport, Sylvie se révèle sur le tard marathonienne, adepte du yoga et s’initie même au surf et à la voile. En 2018, elle co-fonde Outside.fr dont elle prend la direction éditoriale. Elle est basée à Paris et dans les Cévennes.

C’est sans doute l’une des histoires de survie les plus impressionnantes qu’il nous ait été donné de voir : le 26 mai 2013, un remorqueur venu au secours d’un pétrolier pris dans la tempête fait naufrage. A son bord, 12 personnes. Seul en réchappe le cuisinier, Harrison Okene, 29 ans, réfugié dans les toilettes où une miraculeuse poche d’air le maintien en vie, seul, dans le noir. Pendant plus de deux jours et demi le Nigérian se bat pour garder la tête hors de l’eau, préserver le précieux oxygène et surtout garder l’espoir. La chance arrivera sous la forme d’une équipe de secours, sidérée de rencontrer un survivant. Un sauvetage improbable dont les images à découvrir dans cet article sont bouleversantes. Dix ans plus tard, le cuisinier, longtemps rongé par les cauchemars, est enfin parvenu à surmonter sa peur de l’eau : en devenant lui-même plongeur sauveteur professionnel.

Il est environ 5 heures du matin ce dimanche 26 mai 2013 quand Harrison Okene se lève. Il est cuisinier sur un remorqueur, le Jascon-4. Parmi les premiers debout sur le remorqueur, il s’apprête à préparer le petit déjeuner de l’équipage, 12 hommes avec lui, des pros venus au secours d’un pétrolier de 200 mètres de long de la compagnie Chevron malmené par la tempête avec, dans ses cales, des centaines de milliers de tonnes de pétrole extraits de la plateforme offshore. Les deux navires sont à 30 kilomètres des côtes du Nigéria, zone intense de trafic lié au commerce du pétrole. La tempête fait rage mais Harrison y est habitué, il en a connu d’autres. Un tour par les toilettes avant de monter en cuisine: c’est là que le choc le jette à terre. Le bateau s’affale et commence à couler. Tout ira très vite après. Le cuisinier se précipite vers l'extérieur, et s'efforce de trouver un moyen de s'échapper du bateau en perdition, mais toutes les portes qu'il rencontre sont verrouillées : une procédure standard destinée à protéger l'équipage assoupi contre les pirates qui auraient tenté de s'en prendre au navire. Il ne peut atteindre la sortie de secours et voit avec horreur trois membres de l'équipage aspirés par les flots.

Dans l'obscurité, les carnassiers ont déjà entrepris le nettoyage...

Il parvient alors à se réfugier dans la cabine des officiers, mais l’eau le repousse dans les toilettes du capitaine. Le bateau coule et s’échoue 30 mètres plus bas. Harrison Okene est coincé dans le réduit de 1,20 mètre. Terrorisé, il transpire malgré l’eau froide, mais il est vivant grâce à une poche d’air miraculeuse dont la hauteur ne dépasse pas le mètre. Il contrôle sa respiration car il sait que son oxygène est limité. Sans nourriture, eau ni lumière, il est seul, dans le noir, plongée dans l’eau glacée, vêtu seulement d’un caleçon. A la surface, la tempête fait rage, l’alerte a été lancée, mais il ne le sait pas. Y-a-t-il des survivants ? Les secours sont-ils en route ? Il n’en a aucune idée. Son calvaire ne fait que commencer, il durera 60 heures. Il prie, car il a peur : autour de lui règne l’obscurité et des tas de bruits l’inquiètent. Très vite il comprend que les poissons sont à l’œuvre : « Je pouvais sentir les corps des membres de l’équipage non loin de moi. Je sentais leurs odeurs. Des poissons venus vers l’épave commençaient a dévoré les corps. C’était l’horreur" raconte-t-il, à Reuters. Les heures passent, longues comme des siècles et le cuisinier, accroché au lavabo, s’épuise à garder la tête hors de l’eau. Il pense alors à nager vers fait la cabine des officiers pour récupérer quelques bouts de bois. De quoi faire un semblant de radeau qui lui a permet momentanément de flotter et de se reposer un peu. Au bout d’un temps qui lui semble infini, son moral commence à décliner : » Je pensais sincèrement que je signais mon arrêt de mort. Je me disais constamment que l’eau allait finir par remplir le peu d’air qu’il me restait. Fort heureusement, cela n’est pas arrivé", racontera plus tard Harrison Okene au quotidien The Sun. "J’étais affamé mais surtout assoiffé. Le sel me dévorait."

Mais dans l’obscurité, d’autres bruits se font entendre, comme un "bruit de marteau frappant l’épave", raconte-t-il. "J’ai fait de même, j’ai martelé la coque de l’épave en espérant que quelqu’un m’entende" : les secours. Dirigés à la surface par Colby Werrett, Nico van Heerden et Darryl Ossthuyzen - deux plongeurs de DCN Global, l’équipe sud africaine mandatée par le pétrolier Chevron - explorent l’épave, 60 heures après le naufrage, ils ont été retardés par les mauvaises conditions et c’est sans grand espoir de retrouver le moindre survivant qu’ils descendent pour récupérer les corps, car à une telle profondeur, une plongée aussi longue serait fatale même pour des plongeurs expérimentés, selon l'Association professionnelle des instructeurs de plongée (Professional Association of Diving Instructors).

"Il est vivant ! Il est vivant !"

Par sécurité, ils sont équipés de caméra et filment non stop une scène bouleversante, la rencontre avec Nico van Heerden que l'on peut voir dans la vidéo ci-dessous. Une main blafarde émerge lentement des profondeurs obscures devant le masque du plongeur. Par radio, Colby Werrett, qui regarde la vidéo prise par Nico van Heerden, commente : "Très bien, nous en avons trouvé un", c'est-à-dire un corps. Puis la main se referme sur le gant du plongeur, stupéfait. "Il est vivant ! Il est vivant ! », s'exclame le sauveteur. Tenant délicatement la main d'Okene, le plongeur sort de l'eau dans la poche d'air et la caméra découvre enfin le visage du Nigérian. Son expression est un mélange d'épuisement total, d'incrédulité, de soulagement et d'émerveillement. Il secoue lentement la tête d'un côté à l'autre, puis se recule. Accablé et à court d'air, il est probable que sa survie était désormais une question de quelques heures seulement, suite à l'accumulation de CO2 dans ce minuscule réduit jonché de gravas. 

https://youtu.be/um1ym9u8XaA

A ce stade, sa remontée est loin d’être acquise. Le cuisinier n’a aucune expérience de la plongée, il est déshydraté et totalement épuisé. Mais on le voit s’équiper, ajuster son masque et, guidé par la voix apaisante de Colby Werrett, se frayer un chemin vers la sortie dans le dédale de l’épave. Il est sauvé, mais ce n’est que le 1er juin qu’il retrouve les siens. 

Après avoir passé près de trois jours sous l'eau, à 30 mètres de profondeur, il faudra le ramener très lentement à la surface pour réduire le risque de décompression. On lui administrera alors un mélange spécial d'oxygène et d'hélium pour qu'il puisse respirer et il restera 60 heures dans un caisson de décompression, dans lequel il sera soigné et réalimenté.

Pour surmonter le trauma, il replonge, en pro

De cette expérience extraordinaire, un record mondial de survie sous l’eau, Harrison Okene sort traumatisé, il souffre de PTST (Post traumatic stress disorder, syndrome post traumatique et d’anxiété). Il jure de ne plus partir en mer, et pendant deux ans il reprend un poste de cuisinier, à terre. Mais souvent la nuit il se réveille en proie à des cauchemars où il revit le naufrage. Il décide alors de faire face à sa peur et de devenir plongeur professionnel. Inspiré par les hommes qui lui ont sauvé la vie, il s’entraîne avec le Petroleum training Institute. Et quelques années seulement après avoir frôlé la mort à 30 mètres sous la surface de la mer, l’ancien cuisinier est retourné sur les plates-formes pétrolières pour lesquelles son navire travaillait autrefois, mais il n’est plus aux fourneaux mais aux secours, intervenant en tant que plongeur certifié IMCA (International Marine Contractors Association) de classe II, qualifié pour descendre jusqu'à 45 mètres. Se considérant comme un miraculé, le survivant, qui invoquait Jésus dans ses premiers témoignages, se veut aujourd’hui porteur d’espoir, en apôtre de la pensée positive, comme il l’explique régulièrement sur sa chaine Youtube « A l’heure de commencer quelque chose, nous sommes tous confrontés à la peur de perdre ou de gagner », dit-il. Il faut tuer la peur de perdre, et vous allez gagner (…).Ma mission maintenant, c’est de montrer que tout est une question de détermination ; Là où vous êtes aujourd’hui, n’est pas la fin de votre vie. Votre futur est entre vos mains (…). Personne ne m’a jamais encouragé, mais moi je veux encourager les autres. Ne lachez jamais. Gardez l’esprit positif, keep moving, keep going ». dit-il.

Une histoire édifiante, racontée par Virginia Loh-Hagan, dans un ouvrage publié en 2019 ( non traduit en français à ce jour), qui contient tous les ingrédients d’un thriller et qu’on s’étonne de ne pas encore avoir vue portée à l’écran.

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