Cette semaine, les Français Alice Modolo et Arnaud Jerald ont brillé lors du Vertical Blue, la plus célèbre des compétitions d’apnée, en battant chacun un record du monde : -95 mètres pour la nageuse en bi-palme, et -117 mètres pour son homologue masculin. Mais, loin des tentatives de record et de la recherche de la performance extrême, des centres de formation proposent d’apprendre une autre vision de la plongée en apnée, axée sur la détente et la compréhension de son propre corps. Notre journaliste, surfeuse mais novice en apnée, a tenté l’expérience à la Bluenery Academy à Villefranche-sur-Mer, la nouvelle école créée par Guillaume Nery - quadruple recordman de plongée en poids contant - et son ami Bastien Soleil, photographe, vidéaste et apnéiste.
« En chacun de nous se cache une aptitude à l’apnée ». Quand Guillaume Nery prononce cette phrase lors d’une interview en mai dernier, je ne m’attendais pas à ce qu’elle puisse aussi s’appliquer à moi. Je n’y avais même jamais vraiment pensé. Bien sûr, enfant, comme la plupart d'entre nous, j’avais déjà fait des concours entre amis pour tenter de retenir ma respiration le plus longtemps possible avant d’exploser, le visage écarlate. Rien à voir avec les exercices de respiration et l’adaptation au milieu aquatique - qui peut s’avérer déboussolant, même pour les surfeurs - qui m’attendaient à la Bluenery Academy, lundi 19 juillet.
Dans ce centre de formation ouvert à tous les niveaux, l’apnée est d’abord considérée comme un moyen de se couper du stress de la vie quotidienne. Ouvert depuis le 17 mai 2021, l’initiative est née de la collaboration entre Guillaume Nery, champion du monde et quatre fois recordman d’apnée, et son ami photographe Bastien Soleil, réalisateur du court métrage Tang’O, qui sera également mon instructeur du jour.
Ici, pas d’inscription pour une saison entière au rythme de plusieurs heures chaque semaine, mais des enseignements personnalisés, dans des petits groupes de trois élèves, placés sous le signe de la découverte de la discipline. Disponibles sur un, deux, trois ou sept jours, les formations sont ouvertes à tous les niveaux. « Même aux fumeurs de 50 ans qui ne font jamais de sport », plaisante Guillaume Nery. Je ne suis pas une fumeuse de 50 ans, mais en tant que surfeuse, la plongée en apnée m’intriguait beaucoup. Pourrait-elle m’aider à mieux gérer ma respiration dans les vagues, ou ne plus m’inquiéter des moments où, tombée de ma planche, je suis chahutée sous l’eau ? Une chose est sûre : en une séance, ma perception de l’immersion sous l’eau a complètement changé.

La méthode des « 4-4-8 »
Pour cette première initiation à l’apnée, je choisis le format d’une demi-journée. « Ne prends pas un petit-déjeuner copieux », m’avait conseillé Bastien Soleil pour éviter le mal de mer. Rendez-vous à 9 heures avec le reste du groupe à la boutique Bluenery - un magasin de vêtements et d’équipements de plongée, point de rendez-vous de l'académie. Bastien Soleil nous accueille et nous conduit dans le centre historique de Villefranche-sur-mer pour l’étape théorique de la formation. Répartis en petits groupes de trois élèves par instructeur, nous nous installons sur des tapis de yoga en plein air pour apprendre les bases de la plongée en apnée.
Pendant 40 minutes, l’instructeur travaille avec nous les techniques de relaxation et de respiration à reproduire dans l’eau, avant et après une plongée. Notamment la « 4-4-8 », une méthode qui consiste à inspirer lentement pendant 4 secondes, bloquer l’air 4 secondes, puis expirer pendant 8 secondes - à reproduire trois fois de suite avant de plonger. Une main placée sur le ventre, l’autre sur le haut de cage thoracique, il faut ensuite comprendre le fonctionnement de sa respiration afin de l’apprivoiser. De loin, les passants interprètent la scène comme un cours de yoga, ou de sophrologie. Et ils n’ont pas tellement tort : la relaxation est au centre de la discipline.
Après s’être entraînés à respirer et décompresser l’air dans les oreilles, nous voilà prêts à rejoindre le local. Sur le chemin, Bastien Soleil, originaire de l'Auvergne, me confie avoir commencé la plongée en apnée il y a 7 ans seulement. « J’ai vécu en Asie, et j’ai découvert ce sport en Thaïlande, où j’ai fini par plonger tous les jours. Alors, finalement, l’expérience compte triple », s’exclame-t-il. Une pratique qui lui a permis de développer son métier de photographe sous-marin, en prenant lui-même des clichés en apnée.

Adapter la plongée à ses capacités
De retour au port de plaisance, nous sommes sept élèves à embarquer sur le zodiac de la Bluenery Academy. Direction d’abord le local des combinaisons, car même si l’eau avoisine les 23°C, nous devons en porter : la plongée en apnée demande de rester longtemps statique, et la sensation de froid ne doit pas altérer le bien-être dans l’eau. Une fois équipés, nous repartons en mer vers le fond de la rade de Villefranche-sur-mer, où les instructeurs installent les bouées de plongée. Dans l’eau, nous croisons Claude Chapuis, considéré comme le père de la plongée moderne. « Une légende », murmure l’une des monitrices.
La session de plongée dure 1h30. Après avoir mis nos masques sur les yeux et sauté du bateau, chaque trio d’élèves rejoint une « bouée de repos », où l’on attend son tour pour rejoindre Bastien à la corde de plongée, située sous une autre bouée à quelques mètres. Ainsi, chaque descente sous l’eau est un moment personnel d’échange avec l’instructeur : avant de plonger, nous reprenons ensemble les exercices de respiration pour optimiser le moment d’apnée. Puis vient la descente - que l’on réalise seulement quand on se sent prêt - accompagnée par l’instructeur, yeux dans les yeux. Elle s'effectue en se tenant à un câble, d'une dizaine de mètres de long, ce qui évite de nager et ainsi permet d'économiser son énergie. Une ceinture légèrement lestée est accrochée à nos hanches pour faciliter la descente. De retour à la surface, nous discutons de notre ressenti sous l’eau, de la raison qui nous a poussé à remonter : est-ce la sensation de vouloir expirer ? Une crainte de la profondeur ? Tous les signaux du corps sont analysés, et travaillés, pour s’améliorer lors de la prochaine descente.

Chaque séance est une expérience différente pour les élèves. L’objectif est d’adapter la plongée à ses capacités, ses envies, ses points forts ou faibles. Le groupe d’élèves dont je fais partie l’illustre parfaitement : une jeune femme semble très à l’aise pour descendre le plus loin possible - elle a donc misé sa séance sur la recherche de la profondeur. Son compagnon, lui, n’arrivait pas à décompresser l’air de ses oreilles. Il a donc travaillé sur l’apnée en elle-même, plutôt que la plongée.
Dans mon cas, je n’ai pas de problème de décompression, ni peur de la profondeur - mais je sais que j’ai peu de souffle. Un léger point faible qui a rendu ma première tentative de plongée un peu stressante, mais très surprenante. Moi qui suis habituée aux vagues puissantes de l’Atlantique, je me rends compte que ne connais pas l’eau calme. Un contraste déroutant, puisque lorsque je vais surfer, le but est d’avoir le moins possible la tête engloutie - ce que mon corps n’assimile pas immédiatement. Je plonge à 1 mètre environ, et ne tiens que quelques secondes avant de remonter à la surface. Le deuxième essai sera bien meilleur.

-6 mètres, 50 secondes
Alors que je commence à mieux interpréter les signaux que m’envoie mon corps sous l’eau, je me laisse descendre un peu plus bas à chaque essai. Bastien m’encourage à plonger les yeux fermés : un dilemme, puisque l’on ne se rend pas compte de la profondeur que l’on peut atteindre. Mais c’est en fermant les yeux que j’apprends réellement à prendre mon temps, et me concentrer : je descends d’un mètre, décompresse, on attend 5 secondes. Et on recommence. Dès que je pense avoir atteint ma limite, je fais signe pour remonter.
Dès les premières tentatives, je retourne à la « bouée de repos » avec un sentiment de plénitude, de détente et de satisfaction. Le début est impressionnant, et le reste de la séance est intense - mais ça, le corps ne s’en rendra compte que plus tard dans la journée. Les exercices de respiration et le calme marin offrent presque un moment de méditation. Alors que j’attends mon tour pour plonger, je reste flotter à la surface - il faut rester le plus calme possible, et économiser son énergie.

Mon prochain objectif est de mieux maîtriser mes remontées à la surface, trop rapides. Je me rends compte que je cherche à profiter le plus longtemps possible sous l’eau, où je me sens à l’aise, mais dès que mon corps manifeste un réflexe de respiration - le dioxyde de carbone se fait lourd dans mes poumons - je me précipite trop. Bastien se sert alors d’une métaphore : « Quand on remonte à la surface, il faut imaginer que l’on est en voiture, qu’il ne nous reste plus qu’une barre de carburant. La réserve permet de rouler encore quelques dizaines de kilomètres, et si on apprend qu’il y a une station essence, on ne va pas accélérer et risquer de consommer le reste de carburant avant d’arriver. Au contraire, on roule doucement, et on y arrive tranquillement. La remontée, c’est pareil. » Et je m’en rends bien compte lorsque je respire à la surface : je ne suis pas essoufflée, je n’ai pas mal aux oreilles, ni la tête qui tourne. En somme, tout va bien. Ce n’est que le stress d’une sensation inconnue qui me pousse à nager vite, mais en réalité, il n’y a aucune raison de s’affoler. Tout se joue au niveau mental.
La séance s’achève, et après cinq ou six essais, j’ai réussi à descendre jusqu’à 6 mètres de profondeur, en tenant 50 secondes. Je suis consciente que je suis plutôt restée dans une certaine zone de confort. Pour une première initiation, mieux vaut prendre son temps pour apprendre à être parfaitement à l’aise dans l’eau, connaître, voire découvrir les capacités de son corps, analyser ses réflexes, et se concentrer pour les surmonter. Si je pouvais poursuivre lors d’une deuxième séance, je suis persuadée que j’aurais envie de repousser mes limites, et essayer de tenir au moins 1 minute.

Étudier les effets de l’apnée sur la santé chez les débutants
Lors du retour en bateau, tout le groupe semble détendu et apaisé. Le calme et l’euphorie se mélangent - un état inattendu, notamment pour ceux qui redoutaient de plonger. « Déjà, avant de commencer, les gens ont une appréhension de l’apnée. Pour eux, c’est un sport extrême, où a priori on va à 100 mètres. Mais finalement, ce serait comme comparer un footing, et une compétition d’athlétisme. En apnée, c’est pareil : on a ces deux univers qui se côtoient, la partie sport extrême, mais aussi la partie bien-être », explique Bastien Soleil.
« Souvent, les personnes qui arrivent à l’école nous disent : “Ce n’est pas une discipline pour moi, parce que je fume, parce que je ne suis pas en bonne forme, parce que je suis trop âgé“… on a toute une ribambelle de bonnes excuses. Mais en réalité, avec l’expérience, on se rend compte que le corps en lui-même est fait pour ça. Notre travail à l’académie est d’accompagner ces personnes en étant conscients des facteurs qui pourraient les rendre réticents, et leur montrer qu’ils peuvent descendre, même à 3 mètres, et remonter en étant tout à fait bien. Et même en prenant du plaisir. Puis on descend un peu plus bas, mètre après mètre. Et peu importe jusqu’où on va, on insiste là-dessus : ce n’est pas la profondeur qui compte, mais la relaxation », poursuit-il.

Ce sont justement les personnes ayant le plus d’appréhension qui, aux yeux de Bastien Soleil, sont les plus intéressantes à prendre en charge. « On reçoit aussi des personnes qui ont des problèmes d’ordre psychologique : de l’hyperactivité, de l’angoisse, des cas post-traumatiques… C’est déjà très courageux de faire la démarche de venir nous voir. Ils nous avouent avoir peur, mais aussi être attirés par l’idée de se connecter à l’eau. Et déjà, au bout d’une, deux ou trois séances, on observe des bouleversements. Car les élèves réalisent que l’apnée, c’est du plaisir. On ne parle plus de tensions, de se faire du mal, mais de se relaxer. »

Pour analyser plus précisément ce phénomène, la Bluenery Academy travaillera en collaboration avec le CHU de Nice. « On s’est dit que dans le milieu de l’apnée, ce sont surtout les athlètes qui ont été étudiés scientifiquement. Mais ils ont déjà des années de transformation derrière eux. À la Bluenery Academy, on aimerait étudier les personnes qui n’ont que 4 ou 5 heures d’apnée comme expérience, et qui vivent un changement psychologique radical - même dans leur manière d’appréhender le monde. La question que l’on se pose est : qu’est-ce qu’il se passe, après quelques heures de pratique d’apnée, chez une personne lambda, sur le plan physique et psychologique ? », s’interroge-t-il.

Si pour Bastien Soleil, l’apnée ne peut pas vraiment être comparée à la méditation, « le parcours de connaissance de soi y ressemble beaucoup », remarque-t-il. À la différence, que selon lui, les changements seraient plus rapides pour le corps et l’esprit grâce à la plongée en apnée. Reste à savoir ce que conclura l’étude de sa collaboration avec les médecins de Nice.
La Bluenery Academy vous intéresse ? Des cours existent pour tous les niveaux, de débutants à confirmés :
- Baptême d’apnée 1 journée : cette journée permet d’expérimenter les bases de l’apnée, avec plusieurs objectifs : « Apprendre à respirer de manière efficace, relaxante et sûre, introduction du cycle respiratoire Bluenery. Commencer à maîtriser la compensation : équilibrer la pression qui s’exerce sur les oreilles. Se familiariser avec la rétention du souffle sous l’eau. Commencer à lâcher prise. »
Prix : 160€
- Initiation à la plongée en apnée en 2 jours : les participants poursuivent leur première journée de baptême avec une deuxième journée centrée sur « l’approfondissement et l’appropriation du cycle respiratoire ou “breathe-up”, technique de respiration préparatoire. La compréhension des effets physiologiques de l’apnée sur son corps. L’affinement de sa pratique d’Immersion Libre et découverte du Poids Constant ; ou encore la pratique du canard. »
Prix : 290€
- Formation débutant en 3 jours : le programme se poursuit le troisième jour avec « la compréhension des effets physiologiques de la pression sur le corps. L’amélioration de l’efficacité de la pratique d’Immersion Libre, de Poids Constant ainsi que la technique de compensation des oreilles ; ou encore ressentir sa flottabilité positive, neutre ou négative. »
Prix : 370€ - Cycle complet débutant 7 jours : attention, un minimum de 10 jours sera nécessaire pour effectuer le programme débutant 7 jours (des jours de repos sont obligatoires entre certaines sessions). Ce stage permet de consolider ses acquis, renforcer sa sécurité, pratiquer des exercices de yoga et de respiration, la découverte du « freefall », l’amélioration de différentes techniques de plongée ; le tout pour atteindre l’objectif final : réaliser une apnée libre, au-delà du câble, pour visiter les fonds marins de la rade de Villefranche-sur-mer.
Prix : 900€
Les apnéistes confirmés peuvent également accéder aux journées « avancées » du cycle complet débutant 7 jours, ou encore prendre des cours particuliers. Des séances coaching personnalisées de 2 heures sont disponibles à partir de 120€ (pré-requis : cycle débutant de 3 jours Bluenery Academy ou AIDA 2.)
Tout le matériel nécessaire est fourni sur place : combinaison, masque, tuba, (gants, chaussons et cagoule si besoin). À vous de prendre votre maillot de bain, votre serviette, crème solaire et bouteille d’eau. Avant d’effectuer son premier cours, il vous faudra également remplir un questionnaire sur votre état de santé - si vous avez une interrogation, n’hésitez pas à remplir ce formulaire avec votre médecin. Les mineurs sont autorisés à pratiquer, à condition de présenter une autorisation parentale de participation au cours. Enfin, assurez-vous de savoir un minimum nager avant de faire une initiation d'apnée : il ne s'agit pas seulement de s'accrocher à une corde, les participants doivent nager entre le bateau et les bouées de plongée.
Pour toute information supplémentaire, vous pouvez vous rendre sur la FAQ de la Bluenery Academy, ou contacter l’école au 07 49 98 88 98 , ou 07 49 70 43 13, ou à l’adresse contact@blueneryacademy.com
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