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Vitomir Maricic
  • Aventure
  • Water Sports

29 minutes sans respirer : Vitomir Maričić repousse les limites de l’apnée 

  • 25 août 2025
  • 5 minutes

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria Longtemps allergique à toute forme de sport, Sylvie se révèle sur le tard marathonienne, adepte du yoga et s’initie même au surf et à la voile. En 2018, elle co-fonde Outside.fr dont elle prend la direction éditoriale. Elle est basée à Paris et dans les Cévennes.

C’est une nouvelle page de l’histoire de l’apnée que vient d'écrire le Croate Vitomir Maričić, parvenu à tenir 29 minutes et 3 secondes sans respirer. De quoi effacer de près de cinq minutes le précédent record mondial d’apnée statique à l’oxygène. Réalisée le 14 juin dernier dans une piscine à Opatija, en Croatie, sa performance a été homologuée vendredi dernier par le Guiness des Records. Au-delà de ses recherches sur les limites du corps humain, l’athlète de 42 ans, également alpiniste et grimpeur, entendait ainsi sensibiliser le public à la protection des océans à travers la campagne « Fit for the Ocean » de l’ONG Sea Shepherd, comme il l’explique dans une vidéo retraçant l’intégralité de son exploit.

« Après 20 minutes, tout est devenu plus facile, du moins mentalement ». Mais l'expérience est « devenue de plus en plus difficile physiquement, en particulier pour mon diaphragme, à cause des contractions, raconte Vitomir Maričić après avoir refait surface à l’issue de sa tentative de record mondial d’apnée statique à l’oxygène réussie en piscine le 14 juin dernier devant cinq juges officiels. « Mentalement, je savais que je n'allais pas abandonner », ajoutait toutefois l’athlète.

Le Croate est effectivement parvenu à effacer la marque précédente, détenue depuis 2021 par son compatriote Budimir Šobat (24 minutes et 37 secondes). À titre de comparaison, le record mondial officiel de l'AIDA pour l'apnée statique (apnée sous l'eau en respirant de l'air) est de 11 minutes et 35 secondes. Il est actuellement détenu depuis 2013 par le Français Stéphane Mifsud en 2013 ; le meilleur temps de Maričić en apnée statique AIDA est de 10 min 8 s.

https://youtu.be/tdbAQ37wooI?si=GqslrkHjq1W1dCUk

5 fois plus d'oxygène qu'un individu moyen

Déjà détenteur de plusieurs records d'apnée, dont le record du monde Guinness de la plus longue marche sous l'eau en une seule respiration (107 m, en 2021), Vitomir Maričić vient de s’illustrer cette fois dans une discipline très particulière, différente de l’apnée « classique » pratiquée en compétition. Ici, l’apnéiste respire de l’oxygène pur pendant plusieurs minutes avant la tentative. Une technique autorisée dans cette catégorie de record. Dans son cas, dix minutes de ventilation à 100 % d’O₂ lui ont permis de saturer ses poumons et son sang à des niveaux très supérieurs à la normale.

Au moment où il a immergé son visage et commencé son apnée, il disposait donc, expliquait-il, d’« environ cinq fois plus d’oxygène qu’un individu moyen ». Un avantage décisif, mais qui ne diminue en rien la difficulté de l’exploit, comme il l’explique dans la vidéo retraçant l’intégralité de sa performance et toutes les étapes vécues au cours de sa longue immersion.

De 0 à 5 minutes : relaxation et plaisir

« Une chose importante à préciser : on pense souvent, à tort, que l’envie irrépressible de respirer, ce malaise qui apparaît lorsqu’on retient son souffle, est dû à la baisse du taux d’oxygène. Mais non, ce n’est pas ça. C’est l’accumulation de CO₂ qui provoque cette sensation désagréable. » dit-il.  « Je vais devoir lutter contre des niveaux de CO₂ extrêmement élevés, et tolérer un excès de CO₂ est très difficile. C’est ce gaz qui provoque l’envie de respirer, les contractions, et qui nous pousse à reprendre de l’air à chaque fois. C’est pour ça qu’on est essoufflé après un effort : pas parce qu’on manque d’oxygène, mais parce qu’on doit évacuer le CO₂. Donc, paradoxalement, c’est plus dur que lorsqu’on respire de l’air normal, mais on dispose de plus de « carburant » pour tenir plus longtemps.

De 5 à 10 minutes : la lutte avec l’envie de respirer

Mentalement, on « meurt ». On suffoque. Le corps n’est pas censé supporter des taux de CO₂ aussi élevés, ni retenir son souffle aussi longtemps. Le corps vit une sorte de noyade. Mais physiquement, ça ne se produit pas vraiment, parce qu’on a encore de l’oxygène disponible. On peut survivre. Mais jusqu’où s’éloigne-t-on réellement de la mort ? Impossible de le dire, car c’est une zone inexplorée. Personne ne l’a fait. Même parmi ceux qui ont tenté ce genre de records, il n’y a qu’une poignée de personnes dans le monde, trois ou quatre peut-être. Alors, personne ne peut répondre : est-ce que le corps humain peut tenir 5 minutes de plus, ou 30 ?

De 10 à 15 minutes : les contractions deviennent intenses, le corps tente de reproduire un rythme respiratoire

Je dois lutter en essayant de détourner mon attention et d’utiliser d’autres techniques mentales. En parlant du volume des poumons : à mesure que je retiens ma respiration, mes poumons commencent lentement à se comprimer. »

L’apnéiste doit rester présent, s’observer comme de l’extérieur, se projeter dans une vision en « troisième personne » : « Tu as commencé… Tu ne m’as pas donné de signe, mais j’ai vu ton corps réagir. J’étais à deux doigts d’abandonner. Je me disais : “Il vaut mieux arrêter maintenant, essayer de recommencer, que de lâcher à 21 minutes.” Je pensais : “Impossible d’aller à 20 minutes, je vais céder.” Et puis je me suis dit : “Ok, ok, tiens encore.” Tu ne m’as rien dit, mais j’ai vu ton corps. Je ne voulais pas que tu me parles ou que tu me touches, ça aurait empiré les choses. Je devais gérer ça seul. » (…)

« Même s’il y a objectivement un risque, tant que je peux le gérer, ça va. C’est un risque calculé. Je suis prêt à le prendre. », rappelle l’apnéiste, passé maître dans une pratique réservée à des athlètes professionnels encadrés médicalement. Respirer de l’oxygène pur sur de longues périodes peut provoquer une toxicité à l’O₂, entraînant des lésions pulmonaires ou neurologiques, parfois mortelles. Le fait que la saturation élevée en oxygène atténue la réponse des chémorécepteurs au CO₂, combinée à l’absence de signal lié à l’hypoxie, explique la durée exceptionnelle de l’apnée, selon Anthony Bain, professeur associé de kinésiologie à l’Université de Windsor (Canada), interviewé par The Inertia.

Derrière la performance, du sens

Un tel niveau pratique n’est donc pas du niveau de l’apnéiste lambda. Vitomir Maričić a d'ailleurs un parcours pour le moins atypique, cet ingénieur informaticien, diplômé également en kinésithérapie, s’est frotté auparavant à plusieurs sports avec une prédilection pour l’alpinisme et l’escalade. Mais c’est dans les fonds marins que, tout jeune, en Croatie, il a découvert les plaisirs de l’eau et qu’il a pu peu à peu repousser les frontières de ce que l’humain peut accomplir dans des environnements extrêmes.

Pourquoi faire ça ?, s’interroge-t-il dans la video retraçant son exploit ? « Parce qu’un record comme celui-ci me permet de me challenger sur un plan différent de ma discipline, tout en attirant l’attention sur ce qui me paraît essentiel dans ce monde — et que je voudrais que les gens qui regardent prennent en conscience. À force de passer des heures et des heures chaque jour à m’entraîner dans l’océan, je repense à mon enfance en Méditerranée, et je mesure très bien ce qui s’est passé et continue de se passer : la surpêche. La mer est vide. Tout a disparu. C’est pour ça que je soutiens sans cesse Sea Shepherd, que j’essaie de sensibiliser les gens à ce qu’ils font, car je vois qu’ils changent réellement les choses. Ils ont freiné la chasse à la baleine dans le Pacifique. Ils ont stoppé le « shark finning » en Méditerranée. Ils agissent à la fois sur le plan législatif, au niveau des gouvernements, mais aussi concrètement en mer, dans les coins les plus reculés du globe. Et ça, je pense que les gens doivent en avoir conscience : d’abord qu’il y a un énorme problème, et ensuite qu’il existe une manière d’aider, avec des gens qui agissent déjà. Il suffit de les soutenir. »

Cet exploit faisait partie du concours Sea Shepherd Fit for the Ocean, où chacun peut contribuer par des actions ou des dons. Tout ce que vous donnez, 1 €, 200 €, 1 000 €, va directement financer les flottes de l'ONG.

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