"Nous attendons un miracle. Que Dieu nous aide à descendre de la montagne », écrivait hier Marek Holecek, Piolet d'or 2020, pris par le mauvais temps après l’ascension en pur style alpin du Baruntse (7 129 m). Partis le 20 mai avec son camarade Radoslav Groh pour ouvrir une nouvelle voie dans la face nord-ouest, les deux Tchèques attendent désespérément une éclaircie pour regagner leur camp de base. Mais la tempête - due au cyclone Yaas qui déferle sur l'Inde et affecte aussi l’Everest dont le gouvernement népalais vient de demander l’évacuation - ne devrait pas se calmer avant samedi soir. Cela fera alors neuf jours que les deux hommes seront sur la montagne, dont six autour de 7 000 mètres.
Quarante expéditions et plusieurs premières ascensions à son actif - de l’Antarctique, où les sommets s’élèvent directement depuis la surface de l’océan, jusqu’aux géants de huit mille mètres de l’Himalaya - Marek Holecek, guide de haute montagne de 47 ans, fait partie des meilleurs alpinistes de sa génération. Un parcours fulgurant, mené en totale autonomie financière - il finance seul ses expéditions - déjà couronné par deux Piolets d’or pour ses ascensions en compagnie de Zdenek Hák sur le Chamlang (2019) et le Gasherbrum I (2017). A ses côtés sur le Baruntse, sommet népalais de 7129 m, Radoslav Groh, avec qui il avait déjà ouvert une nouvelle voie dans la face est du Huandoy Norte, au Pérou, en 2019.
Pour les deux Tchèques, tout a commencé le 20 mai. Ils entendent alors ouvrir une nouvelle voie en style alpin sur la face nord-ouest du Baruntse, un mur de 2 000 mètres s’achevant à 7100 m. Un vrai défi, comparé à la voie normale de l'arête sud. Mais malgré leur expérience, l’entreprise s’avèrera plus ardue que prévu: "En général, dans l'Himalaya, il n'y a pas beaucoup de neige sur les faces nord et ouest ces dernières années. La neige et la glace ont clairement diminué", devait-il déclarer samedi 22 mai, à l’issue de 12 heures d’ascension sur un terrain mixte technique et exposé avant de pouvoir creuser un rebord dans la glace pour y poser leur bivouac.
Dimanche dernier, le 23 mai, tombe un long SMS : "Vers 11 heures, nous avons trouvé les restes d'une tente émergeant de la glace sur une pente de 60 degrés. Cela m'a rappelé la triste histoire de mes amis Peter et Kuba (Petr Machold et Jakub Vanek, disparu sur cette montagne en 2013, ndlr). Aujourd'hui, nous avons un bon bivouac. Nous sommes épuisés, mais il nous reste encore des forces. Nous sommes à 200 mètres du sommet et si le tout-puissant nous accompagne et nous donne sa permission, nous bouclerons la face nord-ouest du Baruntse demain".

Mais le lendemain, le scénario est tout autre. C’est de la glace qui les attend, mais aussi des rafales de neige et de la roche friable. Au point que lundi dernier ils ne parviennent à gagner que 150 mètres. A seulement 50 mètres de la crête, ils sont contraints d’installer leur bivouac. "Les coulées de neige tombent de part et d'autres de notre tente. Nous sommes fatigués, gelés, affamés et assoiffés. Que Dieu nous aide à monter demain et à redescendre", texte alors Holecek, via son téléphone satellite. Il en faut plus pourtant pour les décourager.
Le lendemain, partis à l’aube, ils parviennent au sommet du Baruntse, comme on l’apprend le 25 au soir via un message des alpinistes : « Vers quatre heures du matin, Ráda et moi avons gravi une nouvelle voie dans la face nord-ouest. Quelques minutes plus tard, nous avons poussé jusqu’au sommet de Baruntse. Pas de photos ni de célébrations, nous avons aussitôt attaqué la descente tant que le temps nous le permettait. Nous prions pour avoir un moment de visibilité afin de descendre demain. Nous sommes épuisés." Depuis ils sont piégés par le mauvais temps et ne peuvent qu'attendre.

Les deux alpinistes n’auraient besoin en effet que de trois heures de visibilité pour pouvoir effectuer la descente et revenir au camp de base, en évitant ses pièges. Ils seraient même prêts à essayer de nuit, disent-ils. Mais la tempête doit se calmer. Si les prévisions météorologiques se réalisent, ce samedi elle devrait perdre en intensité et dégager la montagne de nuages. "La situation est inchangée, nous sommes piégés à 7000 m, et nous ne pouvons pas bouger", expliquait hier Marek Holecek. "Il neige toujours, il y a du vent et aucune visibilité. Nous attendons un miracle qui, espérons-le, arrivera samedi."
A ce jour, la batterie de leur téléphone satellite semble encore tenir le coup, les deux hommes peuvent donc rester en relation avec leurs proches. Il n'y a personne d'autre sur la montagne ou à proximité, à l'exception d'un ami, Pavel Hodek, et du caméraman Tomas Galasek au camp de base. Interviewé par Explorersweb, l’un d’eux expliquait pourquoi la communication avec les deux alpinistes était aussi aléatoire. "[Ils] n'ont pas de connexion mobile ni d'accès aux données. Marek peut envoyer un court message par téléphone satellite, [mais] seulement si le satellite est en vol stationnaire au-dessus de lui. Tant que la batterie de leur téléphone satellite tient, je peux vous informer de la progression de l'expédition »
Alors que la neige continue de tomber abondamment, la visibilité est toujours nulle et aucun sauvetage n’est possible. Mais tous ceux qui connaissent Holecek se souviennent que déjà, il y a deux ans, il avait eu du mal à redescendre de Chamlang (ascension qui lui a valu un Piolet d'Or) et pensent que l’alpiniste et son camarade pourront descendre par leurs propres moyens, malgré une descente qui s’annonce périlleuse.
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