Dans la vie, on reçoit parfois des leçons d'humilité. Dans la nature, on reçoit des leçons d'humidité. Ce sont les mêmes leçons, mais par l'intermédiaire de la pluie. La pluie froide et ignoble. Celle qui fait que des intellectuels de gauche adultes, au milieu de la nuit, se mettent à prier et à supplier que ça s'arrête. Celle qui fait qu'on se demande ce qu'on fout là. Celle qu'on est heureux de pouvoir apprivoiser, aussi. Parce que pour le coup, c'est une vraie victoire.
Ça, c'est David Manise, notre expert en survie qui le dit. Et comme il en connaît un bout sur le sujet. On l'écoute !
Etre dehors quand il fait beau et sec, c'est facile. Trouver le moyen de rester confortable même quand il « pleut des grands-mères » (expression de l'armée belge, ndlr) depuis une semaine, c'est vraiment autre chose.
La pluie relativement chaude, version Tropiques, c'est déjà vraiment pénible, à mon sens. Les vêtements qui collent et entravent les mouvements. Les pieds qui pourrissent. Les outils qui glissent des mains, et la boue. La boue partout. Mais la pluie froide a ce petit truc en plus : elle refroidit tout. Elle pourrit vos couches isolantes. Elle s'insinue jusqu'à vos os, et vous glace jusqu'à l'âme, si vous la laissez faire. Et, comme toujours dans les environnements peu complaisants, c'est la rigueur et la discipline qui vont vous permettre de profiter de la vie.
Le bivouac
A chaque fois que c'est possible (quand il y a des arbres, en gros), je suis un très très gros fan du bivouac en hamac, façon Guyane. J'ai pris cette habitude une année où, sur 10 weekends de stage au CEETS, j'en ai passé 10 sous la pluie (ou la neige, histoire de varier). Le hamac et sa grande bâche permettent non seulement de moins patauger et de rester loin de l'humidité du sol, mais aussi d'avoir un petit coin au sec où poser ses affaires, ouvrir son sac et profiter un peu de la vie sans être trempé.
Une grande bâche posée bien haut (et en pente, pour laisser la fumée sortir) permet même de faire un petit feu (petit !) à l'abri et de profiter d'une bulle de chaleur sèche fort appréciable pour sécher ses affaires et se remonter le moral.
La technique, pour le bivouac en hamac, est assez simple : une grande bâche (3x3m ou plus), tendue en "canadienne" entre deux arbres. Assez haut pour pouvoir tenir debout dessous. Un hamac dessous. En option, un 2e hamac (petit hamac filet) pour poser le matériel au sec ou le faire sécher, on en parlera plus loin. Un bon matelas isolant ; parce que oui, sinon, dans un hamac on aura très froid au dos. Un "quilt" en synthétique (sac de couchage en forme de couette, en gros), et c'est parti.
Typiquement, j'installe la grande bâche en premier, histoire de pouvoir bosser au sec ensuite. Cette bâche est stockée dans un sac étanche, évidemment, pour pouvoir la replier le matin et la ranger sans mouiller le reste des affaires dans le sac. Je pose ensuite le petit hamac filet en hauteur, pour pouvoir y poser mes affaires. J'installe ensuite le "vrai" hamac sous le premier, parfait pour me déshabiller et me rhabiller sans sortir du hamac, et avoir mes affaires à portée de main.
Des tendeurs attachés aux 4 coins de la bâche permettent d'ajuster facilement la hauteur des côtés et de bien refermer les pans de votre toit si le vent est de la partie, vous offrant ainsi une protection étonnante contre les intempéries.
Au-dessus de la limite des arbres, ou dans les grandes plaines dégarnies, la tente est évidemment idéale en termes de protection. Son gros avantage, par rapport au système "bâche / hamac" est de bien vous protéger du vent, et de la pluie qui peut arriver latéralement. Le choix de l'emplacement sera déterminant : une très légère butte vaudra bien mieux qu'un très léger creux qui se transformera en baignoire.
Tout comme la bâche, on stockera la tente mouillée dans un sac étanche, ou à l'extérieur du sac, pour éviter qu'elle ne trempe nos affaires.
Les vêtements
Par temps de pluie, les vêtements en coton sont à proscrire absolument. Outre le fait qu'ils deviennent froids (vraiment !) et abrasifs quand ils sont mouillés, ils ont la fâcheuse tendance à pomper l'eau par capillarité. Ainsi, le bas d'un jeans exposé même très légèrement au bout d'un poncho m'a ainsi mouillé jusqu'à mi-cuisse simplement. De même, j'ai tenté de cirer une veste en coton pour la rendre imperméable : c'était presque bien. Mais un seul endroit trop peu traité sur la veste a fait une brèche, et le tissu s'est vite saturé d'eau par le même phénomène. Du coup, j'avais une veste trempée, mais qui ne séchait pas. Génial.
L'idéal, pour le temps humide et froid, reste une superposition intelligente de couches en matériaux synthétiques hydrophobes, qui resteront chauds même mouillés.
Pour les pieds :
Soit des chaussures tout cuir BIEN CIREES (elles ont ma préférence) ou des chaussures plus modernes en gore-tex (qui vieillissent souvent mal, selon mon expérience) ; une paire de chaussettes fines en synthétique, et une seconde paire, éventuellement, en synthétique aussi. On peut prévoir plusieurs paires de chaussettes et les faire sécher sur ses épaules pendant la marche. Pour éviter les mycoses et les odeurs trop fortes liées à l'humidité dans les chaussures, je n'ai rien trouvé de mieux qu'un mélange de talc de venise et d'acide borique en paillettes. Attention, l'acide borique est classé repro-toxique : à utiliser avec les précautions indispensables..
Pour les jambes :
Des sous-vêtements techniques en synthétique, et un pantalon type "soft-shell" fonctionnent bien et respirent correctement. On peut y ajouter des cuissardes (comme des guêtres très légères qui montent jusqu'à mi-cuisse et s'attachent à la ceinture avec un lacet). Je les préfère à un sur-pantalon qui limite trop mes mouvements et me prive de l'accès à mes poches et à la braguette pour les pauses pipi.
Pour le haut du corps :
Un sous-vêtement en synthétique, une polaire, et une veste vraiment imperméable par-dessus. Après de nombreuses années, j'ai enfin découvert un système vraiment très respirant et très imperméable : le système "Analogy" de la marque Paramo. Je n'ai pas d'intérêts chez eux, mais je les recommande chaudement. Ce système imite le pelage des animaux et pousse mécaniquement l'eau vers l'extérieur, tout en permettant une évaporation presque parfaite de l'humidité générée pendant la marche. Seule contrainte : il faut régulièrement re-traiter le vêtement avec un produit adapté (Nikwax). Faute d'un vêtement de ce type, les vestes imperméables et respirantes modernes feront bien le boulot aussi. Vu leur durée de vie limitée, j'achète personnellement celles qu'on trouve dans les magasins de surplus militaire. Elles sont souvent plus lourdes (et souvent moches), mais je ne pleure pas quand je les accroche dans les ronces. Quand il pleut vraiment très fort, il m'arrive d'ajouter un poncho par-dessus cette veste. Il a l'intérêt de protéger aussi le pantalon et le sac à dos, et de créer une bulle d'air relativement chaude autour du corps. A éviter en terrain accidenté, ou par grand vent, mais franchement c'est un petit plus qui est parfois appréciable.
Pour le sac à dos, quelques principes :
- AUCUN sac à dos n'est étanche, sauf évidemment les sacs à dos conçus pour l'être.
- Tout ce qui n'est pas dans un sac étanche sera mouillé.
- Tout ce qui est rangé mouillé dans un sac étanche mouillera le reste du contenu du sac en question, et ainsi l'humidité, comme une maladie, se répandra partout dans vos affaires, sauf si vous faites preuve de rigueur.
- La redondance, c'est bien : un appareil électronique sensé être déjà étanche, dans un sac étanche, et sous un poncho et des vêtements imperméables, ça commence à être pas mal... pensez "ceinture et bretelles". Dans les faits, plein de choses sont partiellement étanches, et c'est toujours dommage de se rendre compte que notre duvet soi-disant résistant à l'eau l'était seulement partiellement... Bref, soyez paranos.
- Utiliser le coton comme dessicant : j'ai ainsi un vieux shemagh (sorte de chèche militaire) dans le sac étanche où je stocke mon sac de couchage... il contribue à pomper un peu l'humidité qui peut se stocker dans le sac au fil des jours. Je fais sécher le shemagh quand je peux, et ça repart.
Concrètement, j'utilise en général un grand sac étanche (ou sac à gravats) pour rendre imperméable le compartiment principal de mon sac. A ce sac étanche s'ajouteront des sacs étanches pour mes affaires, en les classant par fonction : un sac "bouffe", un sac "hygiène", un sac "vêtements secs", un sac "bâche trempée" (qui pourra être rangée à l'extérieur du sac à gravats, pour plus de sécurité), un sac "sac de couchage", etc.
Pour ce qui sera rangé sur moi, je prends la peine de placer tout ce qui craint humidité dans des petits sacs étanches (comme des ziplocs ou mieux, des pochettes IPX8 de bonne qualité) : le téléphone, les clés de la voiture, le portefeuille, etc.
Cette rubrique est réalisée en collaboration avec David Manise, instructeur de survie et de self-protection depuis 2003. Fondateur du forum vie sauvage et survie, il est également à l’origine du CEETS, Centre d’Etude et d’Enseignement des Techniques de Survie.
Formateur, il est aussi conférencier, traducteur et auteur de plusieurs ouvrages, notamment : La vie est injuste, et à la fin tu crèves. « Un petit essai énervé sur la différence entre la théorie et la pratique » et Manuel de [sur]vie en milieu naturel, chez Amphora, en juin 2016.
Envie d’en savoir plus? Lire aussi: Mission survie, les 3 manuels qu’il est encore temps de dévorer.
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