David Manise, notre expert en survie, est un peu tendu ces derniers temps : le déconfinement aurait converti pas mal de néophytes aux charmes de l’outdoor a-t-il constaté dans ses montagnes. Top ? Non, pas vraiment ! Car trop de règles de base, souvent vitales, semblent échapper aux micro-aventuriers du dimanche, notamment à l’heure de monter un bivouac. Résultat : il pousse un gros coup de gueule et nous livre au passage des tas de conseils pratiques. Car au fond, le gars est plutôt du genre constructif. Et comme ce Québécois en connait un bout en la matière, on l’écoute !
En écrivant cette rubrique, je me rends compte que j’ai 45 ans, et que je me fais vieux. Je commence à râler tout le temps. Et vous savez quoi ? Je vais faire un gros effort, et je vais râler de manière constructive, pour une fois. Parce que, mine de rien, ça commence à faire 38 ans que je bivouaque et que je vis dehors. Et qu’avec le temps j’ai fini par trouver des trucs qui fonctionnent pas trop mal pour être bien, porter léger, et avoir un impact vraiment minimal sur la Pachamama.
Les refuges étant perturbés par les normes sanitaires liées au COVID, et les bivouacs étant davantage tolérés dans les massifs montagneux pour ces raisons là, vous allez sûrement être nombreux à bivouaquer, cet été. Et de fait, suite à mon dernier article au sujet du feu et du “cold camping”, j’ai eu envie de pousser mes jérémiades un peu plus loin, histoire de vous donner des billes pour faire des bivouacs dignes de ce nom.

Stay safe
La première chose à faire, c’est de se poser pour bivouaquer dans un endroit sûr. Concrètement, ça veut dire de se poser la question des dangers qui peuvent exister dans un endroit où on veut s’installer pour la nuit. Risque de crûe ? Chute de pierres ? Chutes d’arbres en cas de vent ? Passage de véhicules ? De troupeaux de gnous ? Présence de loups garous ? Utilisez votre bon sens et rappelez-vous que vous n’êtes plus dans le milieu qui a permis à l’humanité d’être stupide sans mourir pendant plusieurs générations de suite. En clair : analysez les risques, et prenez les mesures de base qui s’imposent.
Je dis toujours que je ne suis pas raciste, et que je déteste tout le monde de manière totalement équitable. En revanche, les secouristes qui devront se lever la nuit, ou poser leur assiette au milieu d’un BBQ en famille pour aller sauver vos miches sont probablement mes amis. Et vous savez quoi ? Ils préfèrent carrément ne pas devoir aller récupérer des morts ou des blessés qui auraient pu rester en bonne santé avec un minimum de bon sens.
Bref, la première chose à faire, c’est de ne pas se mettre dedans exprès.
Rappelez-vous que vous êtes chez quelqu’un.
Non seulement il y a des gens qui habitent les zones que vous visitez (et oui, même quand ça a l’air ultra sauvage, il y a des locaux qui passent par-là régulièrement), et qui y habitent aussi quand vous n’êtes pas là. Il y a aussi des animaux qui y vivent, et pour qui votre présence est une source de stress parfois important. Si vous arrivez respectueusement, silencieusement, en vous fondant dans le rythme et le niveau sonore du paysage, vous verrez non seulement plus d’animaux, mais aussi plus de sourires de la part des locaux. Vraiment.
Prenez une p… de poubelle !
Quand je vois les déchets laissés derrière eux par les randonneurs, dans mes montagnes adorées, j’ai des envies de tout ramasser, de les pourchasser, et de leur faire manger. Avec mon pied. Non seulement c’est un manque de respect incroyable pour les biotopes qu’ils traversent, pour les gens qui vont devoir admirer leurs déchets après eux, et les animaux qui vont probablement y goûter…. mais c’est aussi une pratique qui, dans certains milieux, a un impact bien réel sur tout l'écosystème.
Votre poubelle devrait être un sac plastique étanche, qui vous permettra de récupérer TOUS vos déchets. Y compris les trucs huileux qui couleraient dans votre beau sac à dos. Y compris le papier hygiénique (et surtout les lingettes !). Et y compris les mégots, bouchons, peaux de saucisson, et papiers de barres énergétiques de gens pressés.
Si vous avez envie — parce que oui, plein de gens sont géniaux et j’y crois — de ramasser un peu des déchets des autres, et d’avoir non seulement un impact neutre, mais bien un impact positif sur les milieux, vous pouvez prendre un petit peu des déchets des autres, aussi. Surtout les trucs très polluants et peu biodégradables. Typiquement les piles, les plastiques, et ce genre de trucs.
Si la moyenne des randonneurs récupérait juste un ou deux petits déchets en plus des siens, les montagnes seraient propres.
En zone boisée, le hamac (et le tarp) c’est la vie
Sérieusement, le hamac c’est la vie. Non seulement il permet de dormir sur un sol pentu, ou inégal, ou plein de ronces et de tiques, mais il permet aussi d’avoir un impact pratiquement nul sur la végétation, tout en dormant de manière super confortable et discrète. Avec un tarp en silnylon de 3x3m dessus (ça pèse 400g et c’est increvable), un hamac entre deux arbres permet de dormir par tous les temps, pour peu qu’on prenne soin de prendre quand-même un matelas (ou autre système) isolant pour le dos (sinon on a froid, oui). Avec deux sangles pour accrocher aux arbres (j’utilise des élingues et des vieux mousquetons d’escalade qui ont pris des chocs et qui ne sont plus bons pour la grimpe), il n’abîme même pas l’écorce des arbres et a un impact réellement négligeable. Certains hamacs existent avec l’option moustiquaire intégrée. On n’arrête pas le progrès (malheureusement). Et les avantages sont nombreux :
- Une fois qu’on a trouvé un système qui nous convient, le confort est génial et surtout toujours pareil peu importe le terrain.
- Le fait d’avoir les pieds un peu surélevés est excellent pour le retour sanguin dans les mollets fatigués des marcheurs, et ça permet de récupérer vraiment bien.
- Ca permet de s’asseoir, de poser ses affaires à une hauteur confortable, etc.
- Ca permet d’avoir un espace au sec très appréciable via le grand tarp, sans pour autant devoir composer avec le ruissellement au sol etc.


Sans arbres, testez la belle étoile
Votre matelas, votre duvet, un sursac en Gore-Tex, et vous pouvez dormir par pratiquement tous les temps. S’il pleut beaucoup et que vous êtes habitué au luxe, vous pouvez ajouter un poncho (un micro-tarp de 1m50x2m, voire moins), planté dans le sol avec deux sardines, et surélevé d’un côté avec vos bâtons de rando, et vous avez un petit appentis pour abriter votre tête et votre sac à dos. Un luxe insolent pour peu de poids, et une logistique bien plus légère que la tente.
Mangez froid !
Si vous avez vraiment besoin d’un café (ou de caféine) le matin, je ne vais pas vous blâmer. Le café c’est comme le gras. Le café c’est la vie. Mais c’est la vie pour les autres, parce que moi, ça me rend moins grognon. Plus sérieusement, l’option guarana pour les addicts à la caféine permet d’éviter le réchaud et les gamelles. Jus de citron, jus de gingembre et guarana, le matin, ça réveillerait une marmotte-zombie un lendemain de cuite.
Typiquement, en rando version été, tout seul, je prends très souvent seulement ceci :
- Une fiole de jus de citron
- Une fiole de jus de gingembre frais (que j’extrais moi-même avec un extracteur de jus)
- Une fiole d’huile d’olive
- Un peu de vin rouge pour le soir (très peu, juste pour le plaisir d’une petite gorgée ou pour partager avec un compagnon rencontré sur le chemin)
- Un peu de pain au levain (typiquement de petit épeautre ou d’une céréale ancienne, en petite quantité parce que j’en mange toujours très peu)
- Du saucisson et / ou du jambon cru (le gras c’est la vie, disais-je)
- Du fromage dur (parmesan ou des fromages de chèvre plus ou moins secs)
- Un peu de sel et un petit mélange de condiments
- Du guarana en poudre
- Un bol en bois (tourné avec amour par mon voisin).
Le matin, je mixe du guarana, jus de citron, jus de gingembre avec de l’eau. Et en avant. Le midi, je ne mange pas. Quand il commence à faire trop chaud pour marcher, vers 15 ou 16h, je ralentis le pas et je cueille, au long du chemin, de quoi me faire une salade sauvage. Je pose ensuite mon hamac dans un coin safe et sympa. Je trouve de l’eau au besoin. Et là je prépare ma salade sauvage, avec huile d’olive, jus de citron et condiments en guise de vinaigrette. Je mange un peu de pain (avec ou sans huile d’olive selon la quantité de calories dont j’ai besoin), du fromage, du saucisson. Je bois potentiellement un petit coup de rouge pour le plaisir avec encore un peu de pain et de fromage. Et je contemple. Ça marche vraiment bien pour moi.
Ce qui est sûr, c’est que plus j’avance en âge et plus je passe du temps dehors, et plus j’aime passer du temps à faire simplement ça. Être dehors. Contempler. Marcher. Dormir. Recommencer. Le temps passé à faire chauffer, à récurer les gamelles et à cuisiner me coupe de ce temps-là, je trouve. Et j’aime simplifier de plus en plus. Maintenant, pour certains, une bonne grosse bouffe participe au plaisir de la rando. Pour d’autres, il faut plusieurs repas par jour (moi je jeûne 18 à 20 heures tous les jours depuis des années). Pour d’autres il faut beaucoup plus de calories. Chacun son truc. Mais on peut faire simple aussi, et ça fonctionne très bien. En hiver, par contre, oui, j’ai besoin de manger chaud, et de manger beaucoup plus.
La simplicité vient avec la pratique.
Cette rubrique est réalisée en collaboration avec David Manise, instructeur de survie et de self-protection depuis 2003. Fondateur du forum vie sauvage et survie, il est également à l’origine du CEETS, Centre d’Etude et d’Enseignement des Techniques de Survie.
Pour suivre ses activités, rdv sur sa nouvelle pages Facebook.
Formateur, il est aussi conférencier, traducteur et auteur de plusieurs ouvrages, notamment : La vie est injuste, et à la fin tu crèves. « Un petit essai énervé sur la différence entre la théorie et la pratique » et Manuel de [sur]vie en milieu naturel, chez Amphora, en juin 2016.
Envie d’en savoir plus? Lire aussi: Mission survie, les 3 manuels qu’il est encore temps de dévorer.
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