Jamais la rubrique de notre expert en survie n’aura autant mérité son titre. Installé dans la Drôme avec sa famille, David Manise a dû soudain bouleverser ses plans de confinement et s’installer en forêt pour éviter le pire. Désormais, c'est donc depuis son bivouac qu'il nous livrera sa chronique.
Ecrit hier soir sous la grande bâche qui lui sert de bureau, voici son premier récit.
Je comptais, lundi, vous écrire une petite rubrique "survie au confinement" sur base de neurosciences, qui allait vous parler de la manière dont les astronautes feintent leur système nerveux pour réduire leur stress pendant les longs vols spatiaux. Ils y parviennent en utilisant des supports vidéo et des photos de leurs proches, et/ou de paysages naturels. Le système nerveux autonome ne voyant simplement pas la différence entre un film et la réalité, visionner des vidéos de nos proches ou de paysages régule extrêmement bien le stress.
Pendant la période particulièrement contraignante et stressante que nous traversons, regarder des photos de voyage, des films de nature et des vidéos de vos dernières aventures va donc faire du bien à votre système nerveux autonome et réduire votre stress physiologique,
Bref, je comptais vous parler de ça, mais un rebondissement inattendu est venu chambouler ma journée, hier.
J'ai dû me « confiner dans le confinement » hier, avec ma fille, asthmatique et donc à risque. Je ne vais pas m'étendre trop en détails sur le "pourquoi", mais nous avons récupéré les enfants de ma compagne, hier matin, qui sont en garde alternée. Leur père n'ayant pas jugé bon de respecter le confinement, ils ont vu plein d'enfants et deux couples d'adultes, ont mangé tous ensemble, etc. On a récupéré les deux avec des symptômes bizarres : fatigue, maux de tête, et la petite, quatre ans, qui toussait. En quelques minutes, nous avons décidé de scinder la meute en deux : ma chérie et ses enfants restent à la maison, et ma fille (une ado de 15 ans qui a déjà bien l'habitude de la vie sauvage) et moi vivrons dehors, le temps qu'on puisse évaluer le risque de contamination. Aurélie, ma compagne, étant infirmière ( 17 ans d'expérience), je suis confiant qu'elle peut gérer tout ça correctement. Et si elle tombe malade, on avisera.
Nous voici donc, ma fille et moi, confinés, mais dehors.


Déjà, plusieurs leçons à tirer de tout ça :
1) Avoir accès à un extérieur, ça change vraiment tout ;
2) Avoir le matériel et les compétences pour organiser rapidement (littéralement en quelques minutes) un camping d'une semaine, c'est précieux.
3) Cette reconnexion forcée à la nature nous fait plutôt du bien, à ma fille et moi !
Ambiance Star Wars
Et donc la vie s'organise, depuis hier après-midi, dans notre petit campement, installé sur notre propre terrain, à 250m à vol d'oiseau de la maison, 100m plus haut. On voit Aurélie et les enfants d'en haut, c'est relou de pas pouvoir aller les voir.
Coin cuisine et "circuit propre", coin poubelle et "circuit sale", entre les deux, de quoi se laver et se désinfecter les mains (parce que oui, on continue les gestes barrière même en camping, du coup !). Un feu, une poêle en fonte, une grande bâche qui sert de bureau, sous laquelle je vous écris en ce moment, alors que ma fille fait son travail scolaire à côté. Ça crée une sorte d'ambiance à la Star Wars où la haute technologie côtoie les traditions anciennes.



Un panneau solaire, des power banks, le laptop, et un bidon étanche qui nous sert de frigo, faute de glacière. Et la cafetière de cow-boy qui glougloute à côté. Avec un ami chevrier, qui vit tout près, nous avons organisé le ravitaillement de notre petit camp de partisans : quelques fromages de chèvre et un quart de chevreau arrivent demain. D'ici là nous avons des oeufs, un reste de filet de bœuf encore un peu congelé, et du café. Que demande le peuple !?



L'avis de ma fille ? : "Moi d'être dans la nature, ça me va plutôt bien. Je suis contente. Mais j'avoue que je suis énervée contre le père des petits, qui en pleine pandémie d'un virus qu'on ne sait pas encore soigner ne fait simplement pas attention et met tout le monde en danger. Pour l'instant, c'est comme un bivouac normal, j'ai déjà dormi dehors et on est bien. Faut voir comment ça va aller après pour Aurélie."
Faut dire que ma fille gère bien et que nous avons du matériel adapté. Avec -2°C ici la nuit dernière, et du givre un peu partout au réveil, il vaut mieux :)
Combien de temps on va tenir? Tout dépend comment évolue la situation à la maison. A voir si les petits sont infectés, ou pas. Et si Aurélie l'attrape aussi dans la foulée.
Outre l'idée de vous faire partager nos aventures, j'avais envie d'insister lourdement sur l'importance de continuer à respecter le confinement, encore et surtout maintenant. On a l'impression qu'après deux semaines, "c'est bon, ça va", mais en fait non. Il y a plus de cas maintenant qu'il y a deux semaines. C'est maintenant qu'il faut être encore plus prudents.
Sauvez des vies. Restez chez vous. Regardez des films de nature et faites des projets pour après. Peaufinez vos itinéraires. Préparez votre matériel. Rêvez vos voyages nature "by fair means". Faites des tractions et des pompes. Picolez même un peu (pas trop)... mais de grâce, respectez le confinement.
David, qui va plier le laptop, parce qu'il fait un peu trop froid pour que les doigts gardent le rythme.
Cette rubrique est réalisée en collaboration avec David Manise, instructeur de survie et de self-protection depuis 2003. Fondateur du forum vie sauvage et survie, il est également à l’origine du CEETS, Centre d’Etude et d’Enseignement des Techniques de Survie.
Pour suivre ses activités, rdv sur sa nouvelle pages Facebook.
Formateur, il est aussi conférencier, traducteur et auteur de plusieurs ouvrages, notamment : La vie est injuste, et à la fin tu crèves. « Un petit essai énervé sur la différence entre la théorie et la pratique » et Manuel de [sur]vie en milieu naturel, chez Amphora, en juin 2016.
Envie d’en savoir plus? Lire aussi: Mission survie, les 3 manuels qu’il est encore temps de dévorer.
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