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Du haut de ces 1m90 avec des cheveux blond mi-long et ses nombreux récits d'aventures John All a tout d'un Indiana Jones de la climatologie.
  • Aventure

Miraculé de l’Everest, l’Indiana Jones du climat y retourne

  • 27 mai 2019
  • 7 minutes

Nick Heil Nick Heil Nick Heil est l’auteur de “Dark Summit: The True Story of Everest’s Most Controversial Season” qui revient sur la mort de David Sharp en 2006.

Cinq ans après s’être filmé en train de s’extirper miraculeusement d'une crevasse himalayenne, le scientifique et alpiniste John All est de retour sur l'Everest. Cette fois, il enquête sur l'impact du réchauffement climatique sur les sommets les plus élevés de la planète, en véritable Indiana Jones de la climatologie.

Un matin de printemps 2014, John All, un alpiniste américain de 49 ans, marche près de sa tente sur le sommet himalayen Himlung Himal au Népal quand il met le pied sur une mince couche de neige et chute 20 mètres plus bas dans une crevasse. Il est sauvé par la présence d’une petite plate-forme de glace, sur laquelle il atterrit miraculeusement, non sans heurts.

Sonné et blessé - il découvrira par la suite qu'il s'était démis l'épaule, cassé 15 os, et souffrait d’une hémorragie interne - Steve All reprend son sang-froid et en bon scientifique, commence à filmer son calvaire. Car il pense à ses coéquipiers toujours sur la montagne, à ses étudiants et à sa mère, chez elle dans l’Etat de Géorgie. S'il venait à ne pas s'en sortir, ce qui lui semble alors probable, nul doute que ses proches voudraient savoir ce qui lui était arrivé.

Dès le début, l’expédition s’était avérée compliquée. L'ascension initiale de l’Everest par les cinq membres de l'équipe s’interrompt brusquement lorsqu'une énorme avalanche s’abat sur la cascade de glace du Khumbu et sur le camp de base, tuant 16 Sherpas, dont un faisant partie de l'équipe de Steve All. Après de longs débats, ils changent leur itinéraire et se dirigent vers l’Himlung Himal, à environ 260 kilomètres à l'ouest de l'Everest. Mais ses coéquipiers souffrent de l'altitude et de la fatigue et redescendent plus bas, laissant Steve All tout seul au Camp II, sur un petit monticule de neige à presque 6 100 mètres d’altitude.

Et c’est à ce moment là qu’il se retrouve au fond de cette crevasse, les yeux rivés sur le puits de lumière bien au-dessus de lui. À l'aide de son seul bras opérationnel, Steve All sort son appareil photo Sony Cyber-shot HX7 de la poche de sa veste et commence à se filmer.

“Bon”, s’exclame-t-il, le visage en sang, “je suis bien dans la merde”.

https://youtu.be/l-LmuBc8lWc

Tous ses coéquipiers sont alors déjà redescendus au camp de base, à au moins un jour de marche. Ce qui veut dire que Steve All est condamné à mourir d’hypothermie avant que quelqu'un puisse l'atteindre, même s'il avait un moyen de les contacter. Tous avaient apporté un téléphone satellite au camp mais le sien était resté dans sa tente. Il n’a pas le choix: malgré ses blessures et les parois verticales de glace qui l'emprisonnent, il doit donc essayer de s'extraire à tout prix.

Pendant les quatre heures qui suivent, Steve All se contorsionne en direction de la surface, se coinçant entre les murs et escaladant la paroi en diagonale. Il plante son piolet en hauteur puis enfonce ses chaussures pour essayer de monter, se déplaçant centimètres par centimètres. La douleur est lancinante et l'oblige à s'arrêter souvent, en état d’hyperventilation, essayant de ne pas s'évanouir. Pendant les pauses, il se filme lui-même pour rendre compte de ses progrès. Miraculeusement, il parvient jusqu’au sommet, se frayant un chemin à travers la neige et finissant par retrouver l’horizontalité du monde, le beau ciel bleu de la fin d'après-midi et la rareté de l’oxygène. Il lui faut encore deux heures pour ramper jusqu'à sa tente, où il réussit à envoyer un texto grâce à son téléphone satellite, programmé pour s'afficher automatiquement sur la page Facebook de l'American Climber Science Program : “S’il vous plaît appelez Global Rescue. John, bras cassé, côtes cassées, hémorragie interne. Chute d'une crevasse de 20 mètres. S’en est sorti. Himlung Camp 2. S'il vous plaît, faites vite”, parvient-il à écrire. Les membres du groupe Facebook contactent très vite les secours.  

Le lendemain, il est à l'hôpital international Norvic de Katmandou, après avoir été hélitreuillé de la montagne, une opération risquée à une si haute altitude. Pendant sa convalescence à l'hôpital, il poste sur Youtube ses vidéos filmées dans la crevasse qui font très vite le buzz. L'histoire de sa survie est comparée à celle d'Aron Ralston dans 127 Heures et à la classique Tragédie à l'Everest (Into Thin Air). Steve All a par la suite tiré un livre de cette expérience: Icefall : Adventures at the Wild Edges of our Dangerous, Changing Planet, publié en 2017.

(Public Affairs Books)

Escalader pour la climatologie

En avril, John All est retourné dans l'Himalaya pour la première fois depuis son accident: direction l'Everest. Sa vie a considérablement changé depuis son dernier périple, mais sa mission est à peu près la même qu'en 2014 : mener une équipe de scientifiques dans la chaîne de montagnes, dont deux graviront l'Everest, tandis que trois autres, dont Steve All, tenteront de gravir le Lhotse, le sommet voisin de l’Everest, qui culmine à 8 516 mètres d’altitude. L'équipe veut recueillir des échantillons de neige et de glace en cours de route, autant de données précieuses pour documenter l'histoire du changement climatique.

Les données visent à apporter un éclairage sur une science complexe, notamment sur l'impact de la pollution et de la poussière en terrain alpin de haute-altitude. Ces données devraient apporter plus de précisions sur le réchauffement climatique et sur la façon dont il affecte les ressources en eau stockées dans les glaciers. Le Black Carbon — un résidu de suie provenant des centrales au charbon et d'autres sources de combustion de combustibles fossiles — s'accumule facilement sur les pentes enneigées, accélérant le réchauffement et la fonte des neiges. “L'Himalaya est la source d’approvisionnement en eau d'un milliard de personnes”, explique John All. “Ce qui arrivera à ces glaciers au cours des deux prochaines décennies aura d’énormes conséquences.”

Avant de grimper pour le plaisir (enfin, essentiellement pour le plaisir de l’avoir fait), on grimpait pour la science. La première ascension du Mont-Blanc a été réalisée en 1786 par deux Français, Jacques Balmat et Michel-Gabriel Paccard, en grande partie parce que le géologue suisse Horace Bénédict de Saussure, également alpiniste, avait offert une récompense aux premières personnes qui parviendraient à atteindre le sommet. Saussure était obsédé par les montagnes, point central de ses recherches. Il était persuadé qu'elles étaient la clé pour comprendre la Terre. Ces premières ascensions - Saussure fut lui-même le troisième à gravir le Mont Blanc l'année suivante - sont généralement considérées comme les débuts de l'alpinisme moderne.

Peu poursuivent la démarche engagée par Saussure comme le fait aujourd’hui John All. Lui aussi a été fasciné par les montagnes et les histoires qu'elles pouvaient raconter sur le monde et sur la nature. Élevé en Géorgie, aux Etats-Unis, il a démarré sa vie professionnelle en tant qu'avocat spécialisé en environnement avant de se tourner vers la science au milieu des années 90. Il déménage alors à Tucson, en Arizona, pour poursuivre un doctorat sur les énergies renouvelables à l'Université d'Arizona, où il en profite pour faire de la randonnée, de l'escalade et du bénévolat avec les équipes de secouristes. En 2010, alors qu'il passe une année au Népal grâce à une bourse Fulbright, il atteint le sommet de l'Everest par le col du Nord, au Tibet.

Au fur et à mesure que la vie de scientifique de Steve All prend de l’ampleur et devient plus intense, ses aventures prennent le même chemin. Au Mexique, il est mis en joue par des cultivateurs de marijuana et dans la steppe africaine, il manque de peu d'être déchiqueté par une hyène. Il se rend en Amérique du Sud et fait plusieurs ascensions dans la Cordillère Blanche, au Pérou, où il a d’ailleurs mené des recherches climatiques tout au long de sa carrière. Avec ses longs cheveux blonds, ses yeux bleus et son accent traînant du sud des Etats-Unis, ses aventures ne sont pas seulement sportives. Comme il l’évoque dans son livre, des femmes font parfois un bout de chemin à ses côtés. Au cours d'une de ses premières expéditions, sa partenaire de l'époque le demande en mariage alors que leur voiture se trouve bloquée en plein milieu du désert. Il accepte. Ils auront un fils, Nathaniel, maintenant âgé de 14 ans, mais le mariage n'a pas duré.

Cinq ans après son accident, John All revient dans l'Himalaya (John All)

Un retour difficile

Si vous pensez que Steve All a tout d’un Indiana Jones de la climatologie, vous n’êtes pas loin de la réalité - même si la réalité est bien moins glamour que la version hollywoodienne. Le retour vers les hauts sommets du Népal a été long et difficile. Malgré la petite célébrité acquise dans les mois qui ont suivi son accident, une fois loin des caméras et des journalistes, il a avalé des anti-douleurs pour faire à nouveau fonctionner son corps. Les narcotiques ingurgités ont effacé des pans entiers de sa mémoire et il n’a pas pu travailler ni faire grand chose pendant des mois. Alors qu’il est plongé dans cet état de brouillard et d’affaiblissement, sa petite amie le quitte pour quelqu’un d’autre. “J'étais censé être un mec actif, plein d’énergie et aventureux, et je me retrouvais à être un déchet vautré sur le canapé.”

Les scientifiques vont analyser les dépôts de poussière et de Black carbon, ou “carbone suie”.(John All)

Tout finit par rentrer dans l’ordre, mais après une année de convalescence difficile, il a besoin d'un nouveau départ. En 2016, il quitte son poste de professeur dans le Kentucky pour un emploi en tant que professeur titulaire à la Western Washington University. Il crée alors le Mountain Environments Research Institute. L'objectif? Aider à mettre en oeuvre et à professionnaliser les expéditions scientifiques visant à étudier le changement climatique en haute altitude.

L'équipe espère identifier l'origine de nombreux polluants décelables sur le toit du monde (John All)

Le programme scientifique comporte deux volets : durant l’ascension de l'Everest, l'équipe recueillera des données sur les plantes dans plus de 850 sites, reproduisant ainsi une étude menée en 2009. Quand les scientifiques gagneront de l’altitude, ils recueilleront des échantillons de neige, de glace et de roches afin d'analyser les dépôts de poussière et de Black carbon, également appelé “carbone suie”.

Les glaciers jouent un rôle vital dans ce qu'on appelle l'albédo de la planète, le pouvoir réfléchissant de la surface terrestre. Plus un glacier est recouvert de polluants et de poussière, moins il devient réfléchissant. Il absorbe alors l'énergie solaire et crée une boucle de rétroaction qui augmente graduellement les températures, accélérant la fonte et la disparition des glaciers. Un rapport publié en 2019, intitulé “The Hindu Kush Himalaya Assessment”, estime que d'ici 2100, les températures dans le nord-ouest de l'Himalaya devraient avoir augmenté de près de 50 % plus vite que la moyenne mondiale. Une autre étude, qui date de 2013, indique que les glaciers autour de l'Everest ont diminué de 13% depuis les années 1960, un pourcentage en  hausse. Certains scientifiques prévoient qu'au moins un tiers des glaciers de l'Himalaya auront disparu d'ici la fin du siècle. Comme la chaîne de montagnes est coincée entre la Chine et l'Inde, Steve All espère qu'il sera possible de distinguer l’origine de nombreux polluants, et ensuite d'influer sur les efforts de préservation de l’environnement entrepris dans les deux plus grands pays de la planète.

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