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Portrait Mike Horn dans les montagnes Suisses
  • Aventure

Mike Horn : « Dans la dernière phase de ma vie, j’essaie de laisser quelque chose aux jeunes »

  • 13 juillet 2021
  • 15 minutes

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria Longtemps allergique à toute forme de sport, Sylvie se révèle sur le tard marathonienne, adepte du yoga et s’initie même au surf et à la voile. En 2018, elle co-fonde Outside.fr dont elle prend la direction éditoriale. Elle est basée à Paris et dans les Cévennes.

Quand on a vu l’auteur de « Latitude Zéro », frayer avec des Youtubeurs, puis s’embarquer sur le Paris Dakar, on s’est sérieusement mis à douter… Mais où allait se perdre l’aventurier sud-africain, celui qui, au cœur de l’hiver 2019 avait réussi la traversée de l’Arctique à l’issue de 87 jours de marche sur la banquise ? Et puis en épluchant sa biographie, on s’est aperçu que ce héros hyper médiatisé était aussi coach mental, un des plus recherchés du moment. Interviewé sur cette facette méconnue de sa personnalité, il en vient à se livrer comme jamais sur son rôle auprès de l’équipe de foot allemande, lors de l’Euro, le pourquoi de la défaite des Français, l’influence de son père, rugbyman, mais aussi les critiques dont il est victime et, bien sûr, ses multiples projets en cours.

On pourrait s’arrêter au mâle alpha dont les signatures de livres suscitent des files d’attentes de femmes de tous âge, fascinées par l’aventurier qui s’est illustré sous toutes les attitudes. On pourrait aussi s’interroger devant ses collaborations récentes avec Amixem, Cyril MP4 et Le Grand JD, trois Youtubeurs dont l’influence a fait remonter la moyenne d’âge de ses fans, mais peut-être aussi chuter sa cote de popularité auprès des « purs et durs ». On pourrait donc s’en tenir à l’image qu’offre aujourd’hui un Mike Horn de 54 ans, rigolard sur ses «vlogs », « liké « par des millions de jeunes, commercialisant sur son site des tee-shirts à son nom. Mais ce serait ne voir que la partie émergée d’un aventurier encore solidement ancré dans sa raison de vivre, l’exploration. A commencer par l’exploration mentale, son premier champ d’études, qui l’a conduit à se lancer dans les expéditions les plus extrêmes nous confie-t-il au cours d’un long entretien.

Mike Horn dans les montagnes SuissesMike Horn dans les montagnes Suisses avec vue lac en contrebasMike Horn de dos avec vue sur un lac suisse en contrebasMike Horn en rando dans les montagnes Suisses

On parle beaucoup de « préparation mentale » ces dernières années. Qu’est-ce que toi tu entends par là ?

Au départ, dans les années 86-87, j’ai fait des études sur les blessures sportives et la psychologie du sport, ce qu’en Afrique du sud, on appelle la «bio connectics ». On y apprend la récupération active, qui te permet de continuer à t’entraîner quand tu es blessé. Je voyais bien alors que l’aspect psychologique jouait un grand rôle dans la récupération. Je voulais mettre en pratique ce que j’avais appris à l’université, au Cap. J’ai donc commencé ma vie d’explorateur tout simplement pour comprendre comment on se comportait dans des conditions extrêmes. Et voir jusqu’où on pouvait aller mentalement quand, physiquement, on est fatigué, quand les conditions ne sont pas faciles. C’est à ce moment-là que ma vie a complètement changé, et que progressivement les expéditions ont pris le dessus, car je prenais de plus en plus de plaisir à monter des expéditions jamais faites auparavant. Je me suis donc lancé dans l’exploration au niveau professionnel. Je voulais partager mes expériences avec les athlètes qui souhaitaient avoir une performance plus psychologique et pas seulement physique. Il me semblait que c’était là où on pouvait faire la différence entre les sportifs de haut niveau. Au cours de mes expéditions, je voyais très bien que quand on arrivait à libérer son esprit, qu’on gérait la pression de manière plus personnelle, quand on essayait d’améliorer sa capacité à garder une approche positive - ce que moi je décris comme « planter des fleurs dans la tête, et pas de mauvaises herbes » - c’est là que tu pouvais aller beaucoup plus loin.

Au bout de 20 ans d’exploration, j’ai donc commencé à faire des conférences pour l’équipe de rugby d’Afrique du sud, l’équipe de cricket indienne, mais aussi pour l’équipe allemande de football qui a gagné la Coupe du monde au Brésil en 2014. Avec ces sportifs, je pouvais partager mon vécu et leur faire comprendre que quand on s’engage vraiment pour gagner, on a la possibilité de gagner. Quand on en est convaincu soit même, les autres, en face, croient aussi qu’on peut gagner. Mais si on n’en n’est pas convaincu, c’est impossible que l’équipe travaille ensemble et fasse la différence sur le terrain. A l’époque, on commençait juste à parler vraiment de la psychologie du sport, et je me suis dit que si j’arrivais moi-même à me pousser à l’extrême, à voir comment le mental était lié à la performance, je pourrais partager ce que j’avais vécu avec les athlètes.

Avais-tu alors des références en matière de coaching mental ?

Ma référence ? Les Américains, qui ont toujours été dans la pensée positive. Mais eux disaient, « si tu es positif, tout va bien ». Mais je voyais bien qu’en fait, ça ne se passait pas vraiment comme ça. Il faut vraiment faire des changements à l’intérieur de nous-mêmes pour être efficace. Si on a peur de perdre, on ne va jamais gagner. Cette envie de gagner, doit être plus forte que la peur de perdre. Puis il faut s’engager à 100% dans cette envie. Mais à l’époque les athlètes ne voulaient pas perdre, car pour eux, c’était un échec. Mais si on accepte cet échec et qu’on arrive à recréer cet envie de gagner, c’est là où on devient beaucoup plus libre mentalement. 

Quand j’étais au Pôle Nord en 2006, je ne pouvais pas perdre, ce n’était pas une option. Il faut savoir que dans la tête d’un athlète, il y a plein d’options. Si telle chose ne marche pas, on va sur une autre. Il faut donc arriver à enlever toutes les options, et n'en garder qu’une seule :  gagner. Moi au Pôle nord, je ne pouvais qu’arriver au bout, sinon je mourais. L’engagement était à 100%. Si bien qu’aujourd’hui, l’inconnu ne me fait plus peur. C’est ça qui me motive à sortir de ma zone de confort. Alors que cet inconnu, c’est précisément ce qui fait peur aux athlètes, ça diminue leurs performances, ça accroit le stress dans leur vie. Au contraire, pour moi, la peur est devenue ma maison, c’est ça qui me fait exister, c’est l’espace dans lequel je veux être. Cet espace n’existe que dans la tête, alors, si on est bien entraîné, si on a bien fait toute la préparation, alors on n’a aucune raison de perdre.

Portrait Mike Horn dans les montagnes Suisses
(Columbia)

A quel moment es-tu revenu vers ton métier premier, de préparateur mental ?

En 2011, j’ai été approché par l’entraîneur de l’équipe de hand sud-africaine. On avait étudié ensemble, mais lui n’avait pas l’expérience du vécu. Il m’a demandé de venir parler à ses joueurs. J’ai essayé de faire des parallèles entre ce que j’avais vécu en tant qu’explorateur, des moments où j’ai eu des stress, où j’avais la pression. Des moments où je pouvais pas me permettre de perdre. Or, si on enlève tous les obstacles qu’on a dans la tête et qu’on crée cette envie de gagner, qu’on n’a pas peur de perdre sa vie ou son match, et qu’on s’engage à 100%, ça fait la différence. Avec ces handballeurs, je m’inspirais de mon expédition au Pôle nord. Je leur racontais comment, face à 1200 km à marcher dans la nuit - une expédition qui a été vue comme l’un des plus grands défis dans l’exploration polaire - personne ne pouvait me sauver. La préparation était la seule chose sur laquelle je pouvais compter. J’ai donc tiré des parallèles avec ces athlètes qui eux aussi sont seuls pendant un match de cricket, de rugby ou de foot.

On dit souvent, dans la vie d’aujourd’hui, que gagner, c’est pas tout dans la vie, c’est la participation qui est importante. Mais parfois, gagner, c’est la seule chose possible. Sinon, tu meurs. Sur un terrain de jeu, si tu peux te libérer du stress, tu joues plus librement et tu agrandis l’espace de confort. Quand on a peur, l’espace de confort devient très petit. On voit des problèmes partout, on ne voit que l’équipe en face. Psychologiquement, ça limite l’espace pour bouger et réfléchir et le stress monte.

Comment, concrètement, travaillais-tu avec les athlètes ?

Je faisais des séances individuelles quand c’était nécessaire et aussi en groupe. Le partage des questionnements est important, car dès que tu ouvres la possibilité de compréhension, on n’est plus dans « la manière dont je vois les choses », mais dans « la manière dont l’équipe voit les choses ». Certains athlètes sont exceptionnels, ils parviennent à être dans le flow et à partager cette force avec ceux qui sont plus faibles. Mon rôle alors est de diriger ces échanges entre eux pour que dans cette équipe tout le monde puisse jouer en harmonie.

Quel est alors le principal obstacle ?

C’est la crainte de décevoir. Tu ne veux pas décevoir tes coéquipiers. Tu as la crainte de ne pas être à la hauteur, c’est la plus grande peur des athlètes. 

Qu’est-ce tu dirais à un Mbappé, aujourd’hui ?

Je lui dirais qu’il a déjà montré qu’il était capable de faire des choses. Quand il a commencé ce match, il ne jouait pas bien. Je savais qu’il allait faire une erreur. Tout le match a donné des indications qu’il allait faire une erreur. Mais quand on est fier, et qu’on ne veut pas décevoir, on a presque peur de dire, « non les gars aujourd’hui je ne le sens pas à 100% «. A ce niveau, il y a tant de pression, à cause des sponsors, du public, des entraineurs, qu’on n’arrive plus à communiquer. Le canal de communication entre les joueurs est fermé, ce qui limite la performance. Mbappé aurait dû être clair et demander à tirer en premier, pas en dernier. Car au fur et à mesure qu’il devenait celui qui pouvait faire la différence, il commençait à planter de mauvaises herbes dans sa tête. Alors qu’en 2014, quand on est arrivé à créer un bon niveau de communication au sein de l’équipe allemande, ils ont gagné. C’est vrai aussi chez les Français, lorsqu’ils ont remporté la coupe du monde, tous les joueurs profitaient de l’énergie des autres.  

Mais quand un joueur comme Mbappé est le moteur d’une équipe, si ce moteur n’a plus d’essence, on voit alors comme une spirale qui va très rapidement vers le bas. C’est là où le coaching est important ainsi que toute l’influence de ceux qui entourent les joueurs, des coaches aux physios. Mbappé n’est que le produit final de toute cette énergie. C’est d’autant plus important que les Français sont émotionnels. Si ça va pas, ils râlent, sinon ils pensent qu’ils sont les meilleurs du monde. Il y a des hauts et des bas énormes dans la culture française, c’est normal, c’est leur charme. Mais dans un match, tu ne peux pas avoir des pics trop hauts ou trop bas, tu dois tirer l’énergie le plus horizontalement possible pour être le moins influencé par ce qui se passe pendant le match. Le mental des Français après avoir marqué deux ou trois essais était très haut. Pour eux, ils avaient gagné. Mais la chute a été plus dure. Et ce n’est pas un seul individu qui peut la freiner, mais une équipe, avec l’entraineur. 

Du côté des Suisses, c’était le contraire. Pour eux, « rien à perdre ». Ils jouaient avec beaucoup de liberté, ils étaient plus convaincus que les Français qu’ils pouvaient gagner. Et cette conviction forte a été ressentie par les Français. Mentalement, les Français n’ont pas bien géré cette conviction et ils ont commencé à montrer des signes de faiblesse. Les Suisses ont alors pris l’énergie des Français et l’ont utilisée pour les dominer, comme dans un art martial où on transforme à son avantage l’énergie de l’adversaire.

Mike Horn dans les montagnes Suisses changeant de vesteMike Horn dans les montagnes Suisses mettant son sac à dosPortrait Mike Horn dans les montagnes Suisses

Tu as préparé l’équipe allemande de football lors du dernier match de l'Euro. Comment es-tu intervenu auprès d’eux ? L’aspect « mental » a-t-il joué au cours de leur dernier match ?

C’était une équipe de jeunes. Il y a eu plein de changements après la Coupe du monde. On a viré tous les anciens joueurs. Puis on a demandé à deux trois joueurs de revenir, car il y avait une situation de conflit au sein de l’équipe, mais aussi avec le public, les fans, les managers. Mais pour que ces changements fonctionnent, il faut du temps pour arriver à l’harmonie. Ça ne se fait pas à la veille d’une coupe d’Europe. Avant la coupe d’Europe, j’étais avec eux, dans le Tyrol, comme mentor, en complément du préparateur mental. Je ne voulais intervenir qu’à ce niveau car j’aime bien la performance pour moi-même je ne voulais pas en être à 100%. Mais j’étais en phase avec Joachim (Löw, ndlr), le sélectionneur et Oliver Bierhoff, le manager. Et au Tyrol, j’ai compris que ces joueurs étaient trop jeunes. C’était pour eux presque un stage de formation dans leur vie de joueur. Si ton rêve c’est de jouer pour l’équipe d’Allemagne, ton rêve s’arrête là. Mais il y a une différence entre jouer pour l’équipe d’Allemagne et jouer pour gagner, en étant dans l’équipe allemande.

J’ai fait en sorte de faire évoluer leur pensée et de leur faire comprendre que cette équipe jeune avait l’opportunité d’écrire l’histoire. Mais je pense que j’ai commencé un petit peu trop tard dans la préparation mentale, car ça prend du temps pour forger cette conviction. Quand tu es jeune, c’est justement à ce moment-là que tu as peur de faire des erreurs. Tu penses à ton futur. Ça peut être vite fini pour un footballer. Or les jeunes joueurs sont rarement formés à faire quelque chose de spécial, qu’ils n’ont jamais fait, pour gagner. Ça, ils le découvrent plus tard. J’ai ressenti qu’il y avait ce manque de confiance chez eux. Notamment lorsqu’ils se sont retrouvés à Wembley, devant 60 000 spectateurs, c’était très déstabilisant pour ces jeunes joueurs.

Du coup, tu interviens comment face à cette équipe, fragilisée ?

Malheureusement, je ne pouvais pas intervenir directement à ce moment-là. Après le Tyrol, j’avais dû partir en Islande pour faire une petite expédition, et j’étais sorti de la bulle Covid. Je suis resté en contact avec eux par texto, mais ça n’a pas la même intensité physique que lorsque que tu es devant quelqu’un et que tu le regardes dans les yeux et que tu le prends par les épaules. On n’a pas la même transmission d’énergie.

Donc que fais-tu face à ces jeunes joueurs qui viennent de perdre ? Tu leur dis que ce n’est pas la fin du monde ?

Non, pas du tout. Pour moi, c’est la fin du monde ! Il ne faut pas trouver normal de perdre. Quand tu perds, tu peux devenir meilleur, mais il ne faut en créer une habitude ! Pas à ce niveau-là ! La France est la meilleure équipe du monde. Elle perd, ce n’est pas normal ! S’ils étaient partis au Pôle Nord, ils auraient tous crevés, tous ! Pourquoi ils se permettent de perdre ? Ils jouent mieux que les Suisses, ils sont payés beaucoup plus ! Ce n’est pas normal qu’ils perdent.

Donc, tu leur dis quoi, qu’ils sont une bande de nazes ?

Non, pas du tout ! (rires). Il ne faut pas écraser les gens. Il faut leur dire, vous êtes les meilleurs, mais vous avez perdu. Et tu dois étudier chaque individu pour voir ce qui manquait dans chacun d’entre eux et examiner comment les joueurs communiquent entre eux sur le terrain pour optimiser leurs échanges. C’est précis, comme dans un jeu d’échec où il faut savoir perdre pour gagner. Pendant l’Euro, les Suisses ont vu le manque de précision des Français, et ils en ont profité. Mais voir l’équipe de France, la meilleure du monde, perdre, c’est frustrant, ils méritent mieux.  
Il faudrait que les Français adoptent l’attitude des Islandais, qui jouent chaque match comme si c’était la finale. Pour moi, c’est chaque jour qui est une finale, où tu te donnes au maximum de mes capacités, comme lors de ma traversée du Pôle nord en 130 jours. Si j’aimerais les entraîner ? Je l’ai proposé à leur entraîneur lorsque je l’ai rencontré en 2018, lors de la soirée GQ organisé pour le prix de l’homme de l’année …

As-tu, personnellement déjà eu recours à un préparateur mental ? 

Mon papa était membre de l’équipe de rugby d’Afrique du sud. Dans la rue, les gens l’arrêtaient pour le féliciter après les matchs. Ses copains l’adoraient.  C’était mon idole ( son père est mort à 42 ans, alors que Mike Horn n’avait que 18 ans, ndlr). « Je veux être comme toi », je lui ai dit un jour. Mais il m’a répondu , « Mike, tu ne peux pas être moi, tu es qui tu es. Et tu vas être plus grand que moi. Je le croyais. Et ça, je l’ai accroché à l’intérieur de moi. 
Tous les matins, à 6h, il allait courir. A partir de 8 ans, je le suivais et mettais une marque au sol, là où je devais m’arrêter, car il m’avait distancé. C’était à moi de courir plus vite, pas à lui de ralentir. « Tu sais pourquoi je me réveille pour aller courir tous les matins », il m’a dit un jour ? «Pour être un meilleur athlète, tu te prépares pour gagner » ? J’ai répondu. « C’est vrai, mais la vraie raison, c’est parce que je sais que tu veux battre cette ligne sur le trottoir ! ».

J’ai eu l’opportunité de croire que j’inspirais mon papa. C’est ça qui a formé ma manière de penser. Moi, je me lève pour quelqu’un et pour avoir la possibilité de partir vers une exploration plus dure encore. Avec, à mes côtés, mes deux filles,  qui me soutiennent, comme m’a soutenu ma femme, Cathie, morte d’un cancer il y a cinq ans. C’est elle qui m’a dit de vivre pour elle, pas de mourir pour elle. On a une opportunité de vivre, d’être la meilleure version de nous-même. On peut devenir meilleur, à toi d’en prendre la responsabilité.

Mike Horn courant dans les montagnes Suisses avec vue lac en contrebas
(Columbia)

A quel moment, le mental t’a-t-il sauvé ?

Dans toutes mes expéditions. Dans ma dernière (l’hiver 2019, ndlr) lorsque je suis tombé dans l’eau glacée , je n’étais pas prêt à mourir. Je savais que j’avais encore 12 000 jours à vivre. Ou encore quand je me suis retrouvé devant un peloton d’exécution au Congo. Là, non plus je n’étais pas prêt. Et quand je suis parti à la guerre, en Angola. Je suis parti pour survivre, pas pour mourir. Et ça c’est différent ! L’important c’est d’aimer ce qu’on fait, pour avoir le sentiment d’être vivant.  Alors dans cette espace que tu choisis, la peur de la mort n’existe pas. Au final, c’est toi qui choisis la ligne. Au bord de la falaise, et tu vis avec beaucoup de risques. Ou loin de la falaise. Moins risqué, mais la vue n’est pas la même. Moi, je ne veux pas vivre loin de la falaise, ça ne m’excite pas. Au plus près, tu as une super vue, et l’intensité est plus importante. Après, c’est un choix, je ne critique pas. Mais moi je préfère l’intensité. 

Que dis-tu face aux critiques, quand on s’interroge sur ta participation au Paris Dakar par exemple ?

Pour le Dakar : ceux qui m’ont critiqué auraient dû vraiment me demander pourquoi j’étais là : parce que je veux changer la mobilité. Au cours de ma vie, j’ai vu la planète changer, c’est mon terrain de jeu. Je voudrais conserver la beauté de notre planète et changer la manière dont les gens voient la vie, leur donner de l’espoir en changeant, par exemple, la mobilité. C’est pour ça que j’ai fait le Paris Dakar, pour tester un nouveau moteur à hydrogène qui pourrait remplacer le moteur thermique. Je travaille avec 35 chercheurs du CEA (centre d'études nucléaires, ndlr) de Grenoble pour voir si ce type de moteur pourrait être adapté aux cargos, camions etc. Ce sujet m’intéresse, je lis et me documente beaucoup là-dessus, pour voir si on ne part pas vers une impasse. Avec ces chercheurs, je me suis donné un objectif, gagner un Dakar en testant cette pile. Les gens m’ont critiqué, mais en fait ma voiture était un laboratoire plein de capteurs et de senseurs. Ces données ont été analysées par le CEA l’année dernière et leurs premières conclusions sont encourageantes. J’aimerais avoir une voix, et pouvoir changer les choses. Pas les interdire, mais les changer. Tout le monde aime la liberté, et s’amuser, mais il faut le faire correctement. Le Dakar, c’est une aventure, avec une ambiance de passionnés, mais on peut avoir un Dakar avec zéro impact. C’est ce que je voudrais montrer et la technologie peut nous y aider.

Dès que tu fais quelque chose, tu es vite critiqué, mais les gens ne savent pas que j’ai quarante projets environnementaux en cours autour du monde, de la préservation des coraux en Australie, à l’Amazonie. Tu vois, j’aime bien être critiqué, ça me permet d’orienter mes idées. Mais les critiques inutiles ne me touchent pas. Quand j’étais au Pôle Nord, sur ma dernière expédition - sans doute l’une plus intenses et des plus risquées que j’ai faites dans ma vie – il y a des gens qui ont dit sur internet : « qu’il crève, il l’a cherché ».  Mais moi, je ne voulais pas mettre en danger des gens pour qu’on me sauve. Je ne voulais pas être sauvé ! J’avais pris ma décision, j’étais responsable. Je le raconte dans mon prochain livre, qui va sortir en septembre.

Pour les youtubeurs, je sais que pour changer les choses et toucher les gens, il faut faire dans le visuel, dans l’émotion et choisir les bonnes personnes qui ont une voix que les autres écoutent. 34 millions de gens ont regardé ces vidéos ! Elles peuvent influencer dans le bons sens.

Portrait Mike Horn dans les montagnes SuissesMike Horn dans les montagnes Suisses avec vue lac en contrebasMike Horn de dos avec vue sur un lac suisse

Qu’aimerais-tu laisser derrière toi ?

J’ai passé ma vie comme explorateur, et maintenant, j’aimerais donner le pouvoir aux jeunes. Les vieux cons comme moi, on a fait des erreurs. Mais il faut laisser les vieux partir et que les jeunes ne fassent pas les mêmes erreurs que nous. Alors il faut leur montrer. Là, je prépare le Pangea, mon bateau, il est à Lorient où on lui fait un check up, il a déjà fait 27 fois le tour du monde. En fin d’année je dois partir vers l’Amazonie, puis vers la Patagonie et l'Antarctique. J’ai un projet environnemental d’emmener des jeunes là-bas. Il faut les reconnecter avec la nature, les motiver pour sortir, leur montrer la beauté du monde pour qu’ils aient envie de le protéger.

On a 30 000 jours dans une vie normale, si on arrive à 82 ans. Dans la dernière phase de ma vie, je sais que ce n’est pas ce que tu prends qui est important, mais ce que tu donnes. Alors, il faut laisser un espoir pour les jeunes, pour, qu’ils aient cette envie de vivre et d’être la meilleure version d’eux-mêmes. Quand tout le monde dit que ce n’est pas possible, je dis aux jeunes de ne pas les écouter, il faut réinstaller cette envie de changer les choses. Tu vois, j’ai deux filles, Jessica et Annika, je veux leur donner l’espoir. On peut faire la différence, chacun d’entre nous, même quand on n’a que dix ans. Si tu n’as pas d’espoir, c’est là que tout lâche. Dans mes expéditions, dans les moments durs, si j’avais pensé le contraire, j’étais mort. J’écoutais hier une interview de Nicolas Hulot, il était désespéré. Il a peut-être raison, mais pour moi, ce n’est jamais fini !

 

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