L’alpiniste français Mathieu Maynadier et son homologue pakistanais Muizz ud Dinn viennent d'inscrire leur nom dans l’histoire de l’alpinisme pakistanais. Ensemble, ils ont réalisé l’ouverture de l’arête Est du Spantik (7 027 m) dans le Karakoram, entre le 2 et le 7 juin 2025. Et en style alpin, soit une première pour un Pakistanais. Mathieu Maynadier, le plus pakistanais des alpinistes français, raconte cette ascension classée M5 A1 80° et son lien à ce pays asiatique de plus en plus tourné vers l'Himalaya.




Pourquoi cette ascension de l’arête Est du Spantik (7 027 m) a du sens pour toi et, de surcroit, pour Muizz ud Dinn ?
Je connais Muizz depuis plusieurs années. A la base, il organisait mes expéditions quand je venais ici. J’ai toujours senti qu’il avait du potentiel et l’envie de grimper alors l’année dernière, on s’est dit qu’on tenterait le Spantik, dans le Karakoram. En plus, cette année, c’est différent, c’est la première fois que je viens seul ici. Et pour lui c’est symbolique, car le sommet est visible depuis sa maison, c’est vraiment de là où il vient. Je voulais aussi que nous réalisions une grosse ascension, pas un « petit 6 000 », et que nous la fassions en style alpin.
Un détail qui n’en est pas un, car c’est une première pour un Pakistanais…
En effet, des Pakistanais ont déjà grimpé des montagnes mais toujours dans des expéditions avec des étrangers, aidés par des techniques lourdes avec des cordes fixes et sur des sommets peu techniques. Là, nous avons vraiment partagé une belle ascension ensemble, en toute égalité. L’arête Est du Spantik est une ligne logique et esthétique de 1 800 m de dénivelé positif.
Quelles ont été les difficultés de cette ascension ?
Il y en a eu plusieurs, mais principalement le manque d’acclimatation et la météo. Nous n’avons eu le temps de faire que deux nuits en altitude avant de tenter l’ascension, quand nous avons eu la bonne fenêtre météo. Et justement, la météo était capricieuse. Le dernier jour, il y a eu une chute de neige dans la nuit et le couloir que nous voulions emprunter pour redescendre canalisait toutes les avalanches. Nous avons donc dû faire un détour pour passer. Une partie de l’arête, que nous pensions être en neige dure, était aussi très profonde à tracer, ce qui nous a beaucoup ralenti dans notre progression. Bilan, nous sommes arrivés au sommet après quatre jours alors que l’estimation, certes optimiste, prévoyait deux jours de moins !
Pourquoi vous êtes-vous arrêtés à 6 999 mètres et non tout en haut ?
Il y avait une plaque à vent au sommet et c’était trop dangereux de tenter de grimper la partie finale. Je n’avais pas envie de prendre ce risque. Le sommet est en fait une sorte de grande pente, un terrain très avalancheux, et vu les conditions, nous avons préféré faire demi-tour. C’est dommage, depuis le sommet, nous aurions vu la maison de Muizz ! L’essentiel, toutefois, était de faire cette ouverture ensemble, pas d’atteindre le sommet à tout prix.




Vous avez baptisé la voie Zindabad, pourquoi ?
En ourdou, la langue nationale pakistanaise, cela signifie « Longue vie ». Tout le monde le dit tout le temps ici : « Zindabad Pakistan ! ». Nous trouvions que c’était une belle référence au pays et à son peuple, c’est aussi un joli mot. Nous avons toutefois enlevé le « Pakistan » de la fin de l’expression pour éviter le côté un peu nationaliste et puis je ne suis pas pakistanais.
Tu viens au Pakistan depuis près de quinze ans, y a-t-il une culture de la montagne et de l’alpinisme ici ?
Il commence à y avoir une vraie communauté de grimpeurs et d’alpinistes, oui. Encore ce matin [interview réalisée le 23 juin 2025], j’étais avec une bande de jeunes qui partaient pour le Nanga Parbat (8 126 m, neuvième plus haut sommet du monde) dans une expédition 100 % pakistanaise. Je tiens à souligner qu’un Pakistanais, Sirbaz Khan, a déjà grimpé les 14 8 000 sans oxygène alors qu’aucun Français ne l’a encore fait. À Islamabad, la capitale, il y a une communauté de « falaisistes »… Donc nous avons dépassé les prémices de l’alpinisme ici, même si le phénomène est encore relativement récent.
Quel est aujourd'hui ton lien au Pakistan ?
Depuis que je viens, j’essaye toujours d’être proche des communautés locales et d’apporter quelque chose, notamment à travers l’association que j’ai créée : Zom Connection. L’idée est de développer cette culture de la montagne, mais aussi de fournir du matériel de ski ou de grimpe. Nous équipons des voies, construisons des murs d’escalade… C’est aussi pour cela que je suis super content d’avoir réussi cette ascension avec Muizz. Cela a du sens localement et pour lui, c’est une première étape. Il doit désormais venir en France afin de devenir le premier Pakistanais guide UIAGM (Union internationale des associations de guide de montagne). J’espère que son parcours inspirera les jeunes et renforcera la culture de l’alpinisme au Pakistan.
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