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Marco Confortola Everest
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  • Alpinisme & Escalade

Marco Confortola, le survivant du K2, soupçonné d’avoir triché dans sa course aux 14×8000

  • 19 août 2025
  • 4 minutes

Maxime Dewilder Maxime Dewilder Journaliste pour Outside, Maxime aime autant courir en montagne que raconter les aventures de celles et ceux qui font l’actualité outdoor.

Deux figures de l’alpinisme italien s’écharpent à coups d’interviews et d’accusations publiques. Marco Confortola, survivant du K2 en 2008, revendique avoir gravi les 14×8000 sans oxygène. Face à lui, Simone Moro, auteur de quatre premières hivernales à plus de 8000 mètres, dénonce falsifications et mensonges. Au cœur de cette querelle fratricide, zones d’ombre et luttes de prestige. Une saga au goût de déjà-vu, qui ternit une fois encore l’image de l’alpinisme.

Marco Confortola, 54 ans, n’est pas un inconnu. Guide de haute montagne depuis 1993, membre du Corps national de secours alpin et spéléologique (CNSAS) et miraculé du K2 — où il a survécu en 2008 à l’un des plus grands drames de l’histoire de l’alpinisme  —, il s’est imposé au fil des ans comme une figure médiatique, écrivain et conférencier. Dans ses récits, il aime rappeler son parcours de survivant. Il revendique aujourd’hui avoir bouclé la liste des 14×8000 sans oxygène, rejoignant ainsi un cercle extrêmement restreint.

Face à lui, Simone Moro, 57 ans, autre poids lourd de l’alpinisme italien, connu pour ses quatre premières hivernales sur des sommets de plus de 8000 mètres — le Shishapangma (2005), le Makalu (2009), le Gasherbrum II (2011) et le Nanga Parbat (2016) —, démonte cette version. Dans la presse italienne, il accuse son compatriote de falsifications et de tricherie sur plusieurs sommets, pointant des photos manipulées ou des ascensions incomplètes. Ce qui pourrait sembler une querelle personnelle prend alors une autre dimension : celle d’un débat sur l’éthique, la transparence et la crédibilité de l’alpinisme, vieux comme la discipline elle-même.

Tout est parti d’une ligne glissée sur le site personnel de Marco Confortola : en juillet 2025, il aurait atteint le sommet du Gasherbrum I (8 080 m). Une revendication lourde de sens : avec ce sommet, l’Italien entrerait dans le cercle fermé des alpinistes ayant bouclé les 14×8000 sans oxygène. Un exploit qui, sur le papier, le placerait aux côtés des plus grands. Mais à peine l’annonce rendue publique, Simone Moro charge et remet en cause la véracité de plusieurs ascensions de Confortola.

Des photos truquées ?

Parmi les reproches adressés à Marco Confortola, un en particulier attire l’attention : une photo publiée sur son site, censée le montrer en selfie au sommet du Lhotse (8 516 m). Problème : selon Simone Moro, cité par Il Messaggero, l’image ne serait pas la sienne. Le cliché original appartiendrait à l’Espagnol Jorge Egocheaga, pris lors de sa propre ascension, avant d’être retouché. Confortola aurait gommé la silhouette d’Egocheaga, remplacée par la sienne, ajoutant même de la neige soufflée par le vent.

Marco Confortola Lhotse
La photo sommitale du Lhotse partagée par Marco Confortola sur son site internet officiel. (marcoconfortola.it)
Jorge Egocheaga Lhotse
La photo de l’Espagnol Jorge Egocheaga qu'aurait falsifié Marco Confortola. (Jorge Egocheaga / Facebook)

Autre point noir : la photo sommitale du Kangchenjunga (8 586 m). Pour prouver son ascension, Confortola aurait diffusé une image en réalité prise par l’alpiniste pakistanais Shehroze Kashif, simplement recadrée pour effacer sa présence. Une manipulation qui alourdit le dossier. Car si Seven Summit Treks, l’agence organisatrice, mentionne bien Kashif parmi les « summiteers » de l’expédition, le nom de l’Italien n’apparaît nulle part. Confortola faisait certes partie de l’aventure, mais selon toute vraisemblance, il se serait arrêté sous le sommet.

Shehroze Kashif Kanchenjunga
Selfie de Shehroze Kashif au sommet du Kanchenjunga pris le 5 mai 2022 à 15h. L'encadré représente l'image recardée que Marco Confortola aurait utilisé. (Shehroze Kashif)
La photo sommitale partagée par Marco Confortola sur Facebook et Instagram.
La photo sommitale du Kanchenjunga partagée par Marco Confortola sur Facebook et Instagram. (Marco Confortola / Facebook)

Un survivant du K2

Si Marco Confortola est aujourd’hui connu du grand public, c’est parce qu’il a survécu à l’une des pires tragédies de l’histoire du K2. Le 1er août 2008, il atteint le sommet du deuxième plus haut sommet du monde. À la descente, un immense sérac s’effondre dans le goulet du « bottleneck », arrachant les cordes fixes et piégeant les alpinistes dans la zone de la mort. Onze d’entre eux n’en reviendront pas. Confortola, lui, reste bloqué là-haut, seul, aveuglé par la réverbération, les pieds dévorés par le gel. Deux nuits à s’accrocher à une vire glacée, persuadé qu’il va mourir à 8000 mètres. Quand il finit par redescendre, ses orteils sont irrémédiablement perdus.

Ce drame, raconté plus tard dans son livre Giorni di ghiaccio, l’a fait basculer dans une autre dimension. Amputé mais debout, il est devenu pour l’Italie le survivant du K2, figure de résilience et d’endurance. Une image qui, depuis, a nourri sa notoriété et ouvert la voie aux conférences, aux livres et aux contrats avec des marques.

Au moins cinq sommets concernés

Les mises en cause s’accumulent. Dans Il Corriere della Sera, c’est au tour de Silvio Mondinelli, figure respectée de l’himalayisme italien, de pointer du doigt l’ascension de l’Annapurna (8 091 m). « Le vrai sommet, je l’ai atteint avec un sherpa, tandis que Confortola s’est arrêté sur la crête. Il lui manquait encore une demi-heure », tranche-t-il. De quoi jeter une nouvelle ombre sur le parcours revendiqué par l’alpiniste.

Au total, cinq sommets sont remis en question par la communauté internationale des alpinistes : le Makalu (8 485m), le Kangchenjunga, l’Annapurna, le Nanga Parbat (8 125m) et le Dhaulagiri (8 167m). En somme, un tiers des 14x8000 n’auraient pas été gravis par Marco Confortola !

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Une publication partagée par Seven Summit Treks (SST)™ (@sevensummittreks)

Sous le feu des critiques, Confortola riposte

Accusé de toutes parts, Marco Confortola contre-attaque. Dans Il Messaggero, il répond point par point sur trois des cinq sommets mis en cause : « Sur l’Annapurna, c’est ma parole contre celle de Silvio Mondinelli, il descendait et je montais. Sur le Kangchenjunga, j’ai eu un œdème cornéen, dites ce que vous voulez, j’étais au sommet. Sur le Nanga Parbat, ils m’assaillent depuis trois ans mais j’ai le certificat d’ascension ».

Pour l’alpiniste, la cabale ne viendrait pas de ses ascensions mais « des personnes malintentionnées ». « Moi, je ne mets pas en doute ce que font les autres », insiste-t-il, avant de déplorer : « Je suis désolé car à chaque fois, il y a des polémiques et on ne parle jamais des choses importantes, des choses belles. On s’attarde toujours sur les controverses ».

Reste une question : Simone Moro mène-t-il une croisade au nom de l’éthique, ou bien s’agit-il d’un duel d’ego, attisé par une rivalité ancienne entre deux figures de l’alpinisme italien ?

Une guerre d’égo ?

C’est la question qui traverse toute cette affaire. Marco Confortola restera à jamais associé au drame du 1er août 2008 sur le K2 (8 611 m). De cette tragédie, il a tiré une notoriété qui dépasse largement le cercle des alpinistes. Simone Moro, lui, s’est forgé une légende ailleurs : il demeure le seul à avoir réussi quatre premières hivernales sur des 8 000 mètres. Des exploits qui l’ont inscrit dans l’histoire de l’alpinisme, même si sa collection de sommets se limite à huit. Au fond, l’affaire dépasse les deux hommes : elle rappelle qu’en alpinisme, l’éthique vaut autant que le sommet.

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