S'abonner Se connecter
Outside
Outside : aventure training voyage culture
  • Aventure
  • Santé
  • Voyage
  • Société
  • Équipement
  • Films
  • Podcasts

Tout Outside, en accès illimité

Enquêtes, récits, reportages - sans publicité

✔︎ 30 jours gratuits
✔︎ puis 6,90€/mois ou 69€/an
✔︎ Annulable à tout moment

S'ABONNER

Tout Outside, en accès illimité

Enquêtes, récits, reportages - sans publicité

✔︎ 30 jours gratuits
✔︎ puis 6,90€/mois ou 69€/an
✔︎ Annulable à tout moment

S'ABONNER
ile de manhaussen Norvège
  • Société

Manshausen, l’île de l’explorateur Borge Ousland, laboratoire écolo de la Norvège

  • 12 septembre 2019
  • 14 minutes

Stephanie Pearson Stephanie Pearson Stephanie Pearson est rédactrice pour Outside, exploratrice pour National Geographic et auteur de livres de voyage. Elle a remporté de nombreux prix journalistiques.

Considéré par National Geographic comme « l’explorateur polaire le plus accompli encore en vie », le Norvégien de 57 ans - actuellement aux côtés de Mike Horn pour leur deuxième expédition commune jusqu’au Pôle Nord - est également un militant pour l’environnement. L’aménagement de son île privée en centre de tourisme durable entend résoudre un vrai casse-tête : comment faire face à l’afflux toujours croissant de touristes alors que la planète flambe ? Une équation sur laquelle planche au demeurant la Norvège, pays visant la neutralité carbone dès 2030, soit vingt ans plus tôt que prévu initialement.

Au-dessus du cercle arctique, en plein détroit de Grotoya, Borge Ousland se donne les moyens de réaliser un rêve très ambitieux. L’explorateur norvégien - le premier à avoir traversé l’Antarctique en solo- s’y connaît en effort et persévérance. En 2010, il a acheté une île de 22 hectares, lieu de passage des pêcheurs depuis le XVIIesiècle et il a entièrement rénové la seule maison encore récupérable qui datait des années 1800 pour en faire un pavillon moderne. Puis, il a construit sept cabanes durables avec de grandes baies vitrées, qui accueillent désormais des clients voulant s'adonner au kayak, à la pêcher, au snorkeling, à la randonnée ou tout simplement se fondre dans ce paysage austère. Son objectif, à terme, est de faire que l’île de Manshausen soit le plus neutre possible sur le plan écologique.

Borge Ousland, premier explorateur à avoir traversé l’Antarctique en solo (Manshausen)
Ski, kayak, randonnée ou pêche, tout est possible sur l'île et dans ses environs (Manshausen)
Manshausen, l’île de l’explorateur Borge Ousland
(Manshausen)

Plus facile à dire qu’à faire dans l’environnement difficile du Grand Nord. «J’ai pensé d’abord à l’énergie solaire", explique Borge Ousland, "mais après maintes recherches, il s’est avéré qu’en hiver le soleil était bien trop bas pendant bien trop longtemps; ce n’était pas possible ». Qu’à cela ne tienne. Borge s’est tourné vers l’énergie éolienne et le moulin actuellement en construction fournira de l’électricité par l’intermédiaire d’un transformateur.
Borge et sa petite équipe pêchent la morue et le flétan de façon durable ; chassent l’orignal, le wapiti et le cerf en saison ; élèvent des moutons ; cultivent des pommes de terre, des carottes, des baies et autres herbes ; et bien sûr, achètent systématiquement la viande et le fromage du terroir.

« Il n’y a plus de temps pour hésiter, dit-il. Il faut agir dès maintenant » lance-t-il, et de nous rappeler : « Même si on adoptait la neutralité carbone dès aujourd’hui, la proportion actuelle de CO2 dans l’atmosphère continuera à affecter le climat pendant des décennies. Plus nous attendons, plus les conséquences seront graves et coûteuses », Conscient que son hôtel qui affiche complet avec des clients qui viennent parfois de loin creuse aussi son empreinte carbone, il ajoute : « On ne peut pas arrêter le monde et se cacher dans une grotte. J’espère que Manshausen serve d’inspiration à ceux qui veulent miser sur des solutions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et sur les ressources cultivées et récoltées localement ».

Transports, tourisme, tout doit être revu

Les actions de Borge Ousland s’inscrivent dans le sillon de celles de son pays. En 2016, le parlement norvégien a adopté une résolution visant la neutralité carbone dès 2030, soit vingt ans plus tôt que prévu initialement. Pour y parvenir, la Norvège doit réduire considérablement ses émissions de CO2 annuelles – environ 53 millions de tonnes — ce qui implique de remanier toutes les infrastructures du pays, des réseaux de transport au tourisme, secteur qui représente 4,2 % du PIB.

Si cette évolution vers la neutralité est envisageable pour un pays de 5,5 millions d’habitants, on peut se demander comment la Norvège va maîtriser l’impact d’un tourisme en plein essor.

En 2017, le pays a accueilli 6,3 millions de touristes étrangers, un nombre qui devrait croître de façon exponentielle avec la tendance mondiale actuelle.
Le tourisme excessif ou « overtourisme » est devenu une préoccupation croissante pour de nombreuses destinations populaires à travers le monde. Selon l’Organisation Mondiale du Tourisme, en janvier 2019, les arrivées de touristes internationaux dans le monde atteignaient 1,4 milliard, un chiffre qui devance de deux ans les prévisions.
Barcelone, avec son 1,2 million d’habitants reçoit 20 millions de touristes chaque année. Les épisodes de « tourisme phobie » deviennent de plus en plus fréquents, avec des panneaux publicitaires et affiches contre les touristes, manifestations et, de façon plus officielle, des ordonnances municipales limitant le nombre de locations de vacances.
Aux États-Unis, le Horseshoe Bend, un point panoramique sur un méandre spectaculaire du fleuve Colorado, pas loin du Parc National du Grand Canyon, était calme et solitaire jusqu’à l’arrivée des réseaux sociaux. En une décennie, le nombre de visiteurs annuels est passé de quelques milliers à près de deux millions en 2018.
En Norvège, Trolltunga, le célèbre promontoire à la fin d’une randonnée exigeante de vingt kilomètres qui surplombe le lac Ringedalsvatnet de 700 mètres, a reçu 90 000 visiteurs en 2018, contre seulement 1 000 il y a dix ans.

(Seth Kane)
(Damir Spanic)

La liberté de circuler remise en cause?

« Le défi était : Où est-ce qu’on pisse ? Et que fait-on des déchets ? Les chemins de randonnée n’ont pas tous les structures pour gérer ça », explique Haaken Michael Christensen, écologue et consultant pour le tourisme d’aventure auprès d’Innovation Norway, un groupe de réflexion du gouvernement.

Le nombre croissant de visiteurs menace le principe norvégien du allemannsretten, c’est-à-dire, la liberté de se balader librement sur tout le territoire, un concept populaire dans toute la Scandinavie. Une tradition millénaire inscrite dans la loi qui stipule que, tant qu’on se comporte de façon civique, on peut traverser en toute légalité n’importe quel terrain non aménagé et camper pour une nuit sans avoir à demander au préalable la permission au propriétaire. Ce droit qui n’a pas posé de problèmes pendant des siècles est à présent mis en question à cause des dégâts provoqués aux quatre coins du pays par les déchets laissés par les touristes malpropres et les excès des Instagrammeurs trop zélés.

« C’est un enjeu majeur pour la classe politique, les ONG et le tourisme norvégiens que de préserver notre droit millénaire à l’itinérance », explique Ingunn Sornes, conseiller spécial d’Innovation Norway pour le tourisme durable. « Mais il va falloir mettre en place une approche intégrée de la gestion du tourisme local, soigneusement conçue. »

Pour protéger ce « allemannsretten » qui fait la fierté du pays, le gouvernement norvégien vient d’investir près de 33 millions d’euros dans des initiatives liées au tourisme durable. Pour 2019, l’Agence norvégienne de l’environnement prévoit plus d’un 1,1 million d’euros de subventions destinées aux collectivités locales pour la sécurisation des sentiers existants ou la construction de nouveaux afin d’accueillir un nombre toujours croissant de visiteurs.

Instagram ou le baiser de la mort

« Le plus grand défi pour nous, ce sont 10 à 15 parcours qui ont fait le buzz sur les médias sociaux «, explique Christensen. « On a constaté que, lorsque le volume de visiteurs augmente trop vite, ils élargissent littéralement les sentiers, en marchant plus nombreux de front, ce qui a provoqué une augmentation dangereuse de l’érosion ».

Pulpit Rock, une randonnée très populaire qui finit au bord d’un à-pic 100 mètres au-dessus d’un fjord magnifique, a enregistré 300 000 visiteurs l’an dernier. La subvention a servi à élargir le sentier, agrandir le parking et améliorer l’infrastructure de collecte des ordures. « Le tourisme vert étant en pleine expansion, dit Christensen, nous devons nous concentrer sur la bonne gestion de la nature et de l’homme. »

L’effort remonte à 2007, lorsque le pays a commencé à travailler sur un plan de tourisme durable. En 2013, il est devenu le premier pays au monde à mettre en œuvre une charte nationale de destination durable, qui sert aujourd’hui de modèle au Conseil Mondial du Tourisme Durable, une organisation à but non lucratif qui établit et dirige les standards de base pour le développement durable dans le secteur du voyage et du tourisme au niveau mondial.

Déjà 13 destinations durables certifiées

Le label national « destination durable » va bien au-delà de laisser des petites notes dans les chambres d’hôtel demandant aux clients de garder les mêmes serviettes pendant tout leur séjour. Il couvre six aspects de durabilité, 45 critères et 108 indicateurs afin de tenir compte des questions d’ordre environnemental, économique, social, culturel, esthétique et liées à la qualité, la santé et la sécurité. Indispensable aussi : le plan doit tenir compte de l’avis de la population. Une fois qu’une destination a élaboré son plan, elle met en œuvre des projets d’économie d’énergie et des initiatives pour promouvoir la culture et les produits locaux, sans oublier les infrastructures, par exemple en installant des panneaux de signalisation ou bien en créant des sentiers ou en améliorant ceux déjà existants. L’ensemble du plan fait ensuite l’objet d’une évaluation et un suivi avant l’obtention de la certification. L’ensemble du processus, du début à la fin, prend de deux à trois ans. « L’objectif à long terme, dit Sornes, est que chaque destination en Norvège soit labellisée. »
Au début de 2019, il y avait 13 destinations durables certifiées, et 23 autres en cours.

Chasse aux aurores boréales et aux ours polaires

L’exemple le plus marquant est l’archipel de Svalbard, au-dessus du cercle arctique, à mi-chemin entre la Norvège et le pôle Nord. Sa capitale, Longyearbyen -2 150 habitants- est la ville la plus septentrionale de la planète et aussi celle où les températures moyennes augmentent le plus rapidement. Longyearbyen doit son existence à l’industriel américain John Munroe Longyear qui y ouvrit une mine de charbon en 1906. C’est aussi l’endroit où se trouve la Réserve mondiale de semences du Svalbard, une chambre forte souterraine où l’on conserve des graines des cultures vivrières de la planète collectées par 1 750 banques de semences régionales.

Pendant les six dernières années, les thermomètres ont affiché systématiquement des températures de 9 degrés au-dessus de la moyenne et pourtant, la ville reçoit 140 000 touristes par an, dont la plupart arrivent sur des bateaux de croisière pour voir les glaciers, les ours polaires et les aurores boréales qui font scintiller le ciel.

Svalbard a pris un certain nombre de mesures pour gérer cet afflux de touristes, notamment l’interdiction aux bateaux de croisière transportant du pétrole lourd d’entrer dans le périmètre des parcs nationaux. L’archipel a aussi renoncé à promouvoir ses charmes sur les marchés internationaux et cherche à développer de nouvelles activités de grand air à proximité de sa capitale pour réduire les sorties en motoneige — véhicules polluants s’il en est. On étudie aussi des stratégies pour prolonger le séjour moyen du visiteur afin d’augmenter les dépenses individuelles et diminuer les émissions de carbone dans les transports vers chacune des îles. On envisage aussi d’utiliser les images obtenues à partir de drones combinés à la technologie 3D pour exporter les vues spectaculaires du Svalbard à travers le monde entier.

"Friluftsliv", littéralement, "vivre à l’air libre"

Dans l’imaginaire d’un étranger, la Norvège est l’un de ces pays où, à l’instar de la Nouvelle-Zélande ou la Suisse, les paysages sont à couper le souffle et où il suffit de regarder autour de soi pour être ébahi par la beauté d’un sommet, d’un lac ou d’un fjord, et dont les habitants semblent avoir des superpouvoirs grâce auxquels ils arrivent à passer pratiquement tout leur temps au grand air. La société norvégienne s’est créée autour de ce mode de vie, en intégrant la nature à l’éducation, du premier jour d’école d’un enfant jusqu’aux transports en commun qui permettent l’accès aux grands espaces. Il y a même un mot pour cela : « friluftsliv », littéralement, « vivre à l’air libre » et plus largement, le fait de passer du temps en plein air et de se connecter avec la nature. Ce que les Norvégiens, comme la plupart des Scandinaves, pratiquent au quotidien dès leur naissance.

Pour 2019, le budget du Ministère norvégien du Climat et de l’Environnement est de 1,45 milliard d’euros, avec une augmentation des fonds alloués à des projets environnementaux dans des secteurs comme l’agriculture et les transports. En outre, 57,5 millions d’euros provenant des caisses d’Innovation Norway seront consacrés à des « miljoteknologiordningen » — c’est-à-dire, investis dans des technologies environnementales. Des exemples de ces innovations sont partout.

Oslo, capitale verte européenne en 2019

À Oslo, par exemple, les voitures ont pratiquement disparu du centre-ville et les voies piétonnes et cyclables ont été considérablement élargies ; 56 % des transports en commun utilise des énergies renouvelables, dont du biogaz produit à partir de matières organiques biologiques et d’eaux usées urbaines. La fréquentation des réseaux de transports publics a augmenté de 50 % depuis 2007 ; la rivière et les voies navigables d’Oslo sont en pleine restauration écologique pour le plus grand bien de la faune et la flore, des eaux de pluie, et aussi des citoyens. En 2019, Oslo a été élue capitale verte européenne par la Commission européenne. Lorsque j’ai visité Oslo pour la première fois il y a plus de 20 ans, il était déjà facile de quitter la ville pour s’évader dans la nature. Quand on est en plein centre, il suffit de prendre un tramway et de descendre au terminus, Frognerseteren pour se balader toute la journée à Nordmarka, une forêt au sommet d’une colline qui fait oublier qu’on se trouve à seulement quelques kilomètres d’une grande capitale.

Oslo dispose également d’un « budget climat » et s’est doté de 36 mesures destinées à lutter contre les émissions de CO2 liées à la gestion des déchets, aux bâtiments et aux transports. En outre, les quinze districts de la ville sont obligés de rendre trois fois par an des comptes sur leurs émissions de CO2.

Et ça ne s’arrête pas là. En mars 2019, 58 % des nouvelles voitures achetées en Norvège étaient des véhicules électriques et, d’ici 2025, toutes les ventes de voitures neuves devraient être à zéro émission. L’été dernier, « Futur of the Fjords », le premier ferry entièrement électrique de Norvège, 15 millions d’euros d’investissement et 400 passagers de capacité, a commencé à sillonner Næroyfjord, un site appartenant au patrimoine mondial de l’Unesco, chargé de touristes. L’opérateur public Avinor, qui contrôle les aéroports du pays, s’est donné pour objectif d’ici 2025 la fabrication d’un avion hybride avec une autonomie de vol de plus de 950 km. La société a prévu d’électrifier l’ensemble des vols domestiques pour 2040. Le gouvernement a par ailleurs alloué près d’un milliard d’euros à la construction de dix pistes cyclables à deux voies à l’intérieur et autour des grandes villes, ce qui devrait permettre des déplacements à vélo sans partager la chaussée avec les voitures, et donc beaucoup plus sûrs.

Un seul hic ... le pétrole

Malgré ses efforts en faveur de la durabilité, la Norvège a encore du pain sur la planche. Cette nation riche et indépendante – elle ne fait pas partie de l’UE- est classée cinquième derrière la Suède, le Danemark, la Suisse et la Finlande, sur les 65 pays examinés dans le Classement de Durabilité des Pays publié en novembre 2018 par RobecoSAM, un gérant d’actifs international spécialisé dans les placements durables — la France arrive en 17ème dans ce même classement. Par ailleurs, Climate Action Tracker, un site de surveillance indépendant, a attribué à la Norvège une note globale insuffisante en décembre 2018, parce que le pays ne parvient pas à contenir les hausses de température en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels, ni même de la limite de 1,5° fixée par l’Accord de Paris.

« Si la Norvège est si mal placée dans notre classement, dit Andrzej Ancygier, un expert en politiques climatiques de la société berlinoise Climate Analytics, l’un des trois organismes de recherche à l’origine du Climate Action Tracker, c’est parce qu’on attend beaucoup plus d’elle ».

Ancygier accorde à la Norvège le mérite d’avoir accéléré ses efforts en faveur de la neutralité carbone, mais la grosse tache sur le dossier, dit-il, c’est le pétrole. La Norvège couvre 2 % de la demande mondiale et ses puits offshore produisent 1,7 million de barils par jour, ce qui représente environ la moitié des exportations du pays. Cette importante ressource nourrit le Fonds de Pension Gouvernemental, un des deux fonds souverains du pays, qui pèse près de mille milliards d’euros, amassés en investissant les revenus excédentaires du pétrole du pays.

En 2017, Peter Erickson, chercheur à l’Institut de l’environnement de Stockholm, a découvert que les exportations de pétrole du pays allaient émettre en fin de compte dix fois plus de carbone dans le monde que les émissions domestiques du pays. En mars de cette année, le gouvernement norvégien a annoncé qu’il se dessaisissait progressivement de ses participations dans des sociétés actives dans l’exploration et l’extraction de pétrole et de gaz. En avril le Parlement a retiré son appui au forage au large des îles Lofoten, où se trouve un gisement estimé contenir entre un et trois milliards de barils de pétrole dans le fond marin. Maintenir cette région arctique à l’écart de l’exploration pétrolière réduira considérablement la capacité de la Norvège à maintenir ses niveaux de production.

En 2018, la Norvège s’est classée cinquième parmi les pays développés — derrière l’Islande, la Suisse, l’Allemagne et la Nouvelle-Zélande — selon l’Adventure Tourism Development Index, publié par l’Adventure Travel Trade Association – ATTA, l’association d’organisateurs de voyages d’aventure. Ce classement prend en compte les dix piliers du voyage responsable, dont la politique de développement durable.

Les croisières dans la ligne de mire

« Au cours de la dernière décennie, la Norvège est passée d’une stratégie de promotion pour attirer les visiteurs à une attitude plus proactive à l’égard d’un développement vraiment plus durable », déclare Christopher Doyle, directeur exécutif pour l’Europe et l’Asie centrale de l’ATTA. « Les Norvégiens sont pleins de ressources, comme leurs autres voisins scandinaves. Tous les mois ils découvrent de nouveaux concepts qui font vraiment tourner les têtes. Ils ont soif de partenariats, ils ont très envie d’apprendre et ils sont toujours partants pour piloter toute sorte de concepts et d’initiatives. Ils n’ont pas peur des conditions climatiques, et cela a donné lieu à des projets assez étonnants. Mais l’impact du tourisme de croisière a été l’un de leurs plus grands défis. »

Selon le Centre norvégien de recherche sur les transports, le nombre de touristes de croisière en Norvège est passé de 100 000 à près de 800 000 au cours des 25 dernières années, et on estime qu’en 2060 ce chiffre aura doublé. La Norvège prend des mesures pour atténuer cet impact. La compagnie de croisière norvégienne Hurtigruten, en collaboration avec Rolls-Royce, est en train de mettre au point un navire hybride qui devrait être livré cette année et qui permettra de réduire la consommation de carburant de 20 % grâce à un moteur électrique auxiliaire. Un deuxième navire, construit avec un moteur hybride complet pouvant parcourir de plus grandes distances, sera prêt en 2020. L’investissement de 12,8 millions d’euros dans la nouvelle technologie est partagé entre Hurtigruten et Enova, une entreprise du gouvernement norvégien.

Hurtigruten travaille également en partenariat avec les communautés locales. « Quand on a accueilli le premier groupe, en 2007, je l’ai très mal vécu, j’avais l’impression de me vendre moi-même » raconte Ellinor Guttorm Utsi, une éleveuse sami de rennes. Avec son mari, elle a lancé Davvi Siida, une entreprise touristique dans la péninsule du Nordkyn, la pointe la plus au nord de la Norvège continentale. Ils proposent un tour de deux heures et demie « Le Goût de Lapland » qui présente aux clients des croisières Hurtigruten leur mode de vie traditionnel. En plus d’accueillir 5 000 visiteurs par an, la famille produit de l’artisanat sami et dispose d’un petit nombre d’hébergements pour les voyageurs indépendants. Après 12 ans d’expérience, la perspective d’Ellinor a changé.

« J’ai compris qu’il était important pour les gens de rencontrer des Samis. C’est important aussi pour nous de raconter notre véritable histoire, dit-elle. Ça me permet d’expliquer pourquoi il faut protéger l’avenir de l’élevage des rennes. C’est à nous de montrer qu’il s’agit d’une culture vivante, pas quelque chose qui appartient au passé et n’existe plus que dans les livres. »

"Il est trop tard pour être pessimiste"

Les initiatives axées sur le développement durable essaiment dans le pays. Didrick Ose et Petter Thorsen, tous deux d’anciens membres des forces spéciales de la marine norvégienne, ont lancé leur entreprise Adventure Travel Norway et ils réduisent leur empreinte carbone en se concentrant sur le cyclisme, le trekking et le kayak. Pour le déplacement de leurs clients, ils utilisent des véhicules électriques de location ou le transport public. L’une des aventures les plus cool que le duo propose est l’e-biking à Trollstigen, célèbre route de montagne qui serpente entre falaises abruptes et chutes d’eau au printemps, lorsque les routes sont fermées aux voitures. Les cyclistes chargent des skis sur leurs vélos et une fois au sommet ils les chaussent pour dévaler à loisir sur les pentes vierges qui s’étendent à leurs pieds.

Intéressant aussi, Svart, le premier hôtel à énergie positive au monde, en construction sur la côte de Helgeland, tout juste à l’intérieur du cercle polaire boréal. Situé au pied du glacier Svartisen, cet anneau futuriste — oui, il est rond pour que chaque chambre jouisse d’une vue panoramique- ressemble à un vaisseau spatial en équilibre sur des pilotis au-dessus des eaux cristallines du fjord arctique. Le bâtiment est censé emmagasiner suffisamment d’énergie solaire pour couvrir les coûts de construction et d’exploitation et il devrait consommer 85 % moins d’énergie que des hôtels de taille similaire. Le groupe hôtelier qui l’a commandé élabore actuellement une politique de responsabilité environnementale qui comprendra un plan de compensation des émissions de carbone dues aux déplacements des clients. L’hôtel, dont l’ouverture est prévue pour fin 2021, commencera à accepter les réservations dès début 2020.

Quant à Borge Ousland, il travaille aussi vite que possible vers la durabilité. « Je crois fermement que le temps pour agir est désormais compté. La Norvège peut et doit faire beaucoup plus. Et moi, je veux être capable de regarder mes petits-enfants dans les yeux et leur dire qu’au moins j’ai pris position, que j’ai fait quelque chose. Comme me disait un jour un écologiste norvégien : "Il est trop tard pour être pessimiste". »

La suite est réservée aux abonnés

Déjà abonné ? Se connecter
Votre premier article est offert
LIRE GRATUITEMENT
ou
S'ABONNER
  • Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
  • Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
  • Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€

À lire aussi

Elus JO 2030
Marina Abello Buyle

JO 2030 : 41 engagements environnementaux, entre petits gestes et zones d’ombre

Glacier Argentine
Marina Abello Buyle

Dans l’indifférence internationale, l’Argentine adopte une réforme affaiblissant la protection des glaciers

Brendon Grimshaw
Sylvie Sanabria

Sur un coup de tête, il achète une île déserte aux Seychelles et en fait le plus petit parc national du monde

Cochamó
La rédaction

Cochamó : le Yosemite d’Amérique du Sud enfin protégé

Plus d'articles

Outside le magazine de l'outdoor

Outside entend ouvrir les pratiques et la culture outdoor au plus grand nombre et inspirer un mode de vie actif et sain. Il s’adresse à tous ceux qui aspirent à prendre un grand bol d’air frais au quotidien et à faire fonctionner leurs muscles comme leurs neurones avec une large couverture de l’actualité outdoor.

Newsletter

L’aventure au cœur de l’actualité. Chaque vendredi, les meilleurs articles d’Outside, directement dans votre boîte mail.

Liens

  • A propos d’Outside
  • Abonnements
  • Retour d'aventure
  • Mentions Légales
  • CGV
  • Politique de confidentialité
  • 1% for the Planet
  • Offres d’emploi
© Outside media 2026
Activer les notifications