Les quelques 1 000 moaï, statues de pierre géantes, qui ont fait la réputation de l'île de Pâques, petit îlot chilien isolé en plein milieu de l'océan Pacifique, gardent toujours une part de mystère. Des chercheurs américains de l'Université de Californie, à Los Angeles, viennent de publier une étude qui pourraient lever le voile sur des énigmes encore inexpliquées.
Patrimoine exceptionnel, classé depuis 1995 au patrimoine mondial de l'UNESCO, l'île de Pâques fascine autant les voyageurs que les scientifiques. Source de nombreuses théories, parfois loufoques, les fameuses statues de pierre ont attiré le monde entier sur ce petit coin de terre de 164 km², et ont fait l'objet de multiple recherches dans des champs d'étude variés.
La dernière en date, qui vient tout juste d'être publiée, concerne les travaux que des scientifiques américains ont menés pendant cinq ans dans la région intérieure de la carrière de Rano Raraku, à l'origine de 95 % des statues de l'île. Les chercheurs se sont intéressés à la relation entre exploitation des carrières, à la base de la construction des moaï, et fertilité des sols, sur cette île dépourvue de cours d'eau.
Début 2019, une autre étude publiée dans la revue PLoS One s'intéressait déjà à cette relation, et laissait penser que les moaï étaient placés judicieusement pour indiquer les ressources en eau sur l'île, nécessaires pour la production agricole. L'île de Pâques a pour particularité de ne pas avoir de cours d'eau, les Rapa Nui, peuple ayant vécu sur ces terres, devaient donc choisir avec soin les zones où produire leur nourriture.
Or dans leur dernière étude, les chercheurs de l'Université de Californie émettent une toute autre hypothèse. L'exploitation des carrières serait, selon eux, un moyen de rendre les terres plus fertiles. Leurs relevés scientifiques dans la zone montrent la présence de cultures de banane, taro et patate douce. " Les sols de Rano Raraku sont probablement les plus riches de l'île. Il semble que la pratique de l'extraction elle-même ait contribué à stimuler la fertilité des sols et la production alimentaire dans la région ", explique Sarah Sherwood, l'une des scientifiques qui a participé à l'étude.
L'extraction des pierres n'était donc pas simplement destinée à la construction des moaï, mais bien à la survie de la civilisation Rapa Nui. Selon l'étude, les statues de pierre n'étaient d'ailleurs pas pensées pour être déplacées de la carrière. Ce peuple croyait en effet que les statues étaient capables de favoriser la fertilité agricole, selon Jo AnneVan Tilburg, directrice du Easter Island Statue Project.

Disparition du peuple Rapa Nui
Autre question qui a longtemps, et qui continue encore de passionner les chercheurs : la disparition des autochtones. Comment ce peuple visiblement très ingénieux - la fabrication et le transport des moaï en témoignent - prospère et pacifique a-t-il pu disparaître ?
La thèse la plus défendue met en avant un "écocide", une destruction de l'écosystème de l'île entraînant in fine une guerre des ressources entre différentes factions. Cette théorie pointe notamment la surexploitation forestière nécessaire pour le transport des moaï.
Ce scénario reste néanmoins contesté, certains mettant plutôt en évidence le rôle joué par l'arrivée des Européens sur l'île au 18ème siècle, à commencer par les Néerlandais qui l'ont découverte en 1722. À cette date il restait entre 2 000 et 3 000 Rapa Nui sur ces terres.
Tourisme de masse et réchauffement climatique
Quelles que soient les causes, le peuple Rapa Nui a disparu, et ce pourrait bien être le tour de leur terre d'origine de suivre cette triste destinée. Comme de nombreuses îles à l'échelle planétaire, l'île de Pâques pourrait être rapidement submergée par la montée du niveau de l'océan. Un article du New York Times de 2018 alertait sur ce risque et expliquait que certaines plages avaient même déjà disparu.
Par ailleurs, l'île de Pâques fait partie des sites naturels menacés par le tourisme de masse. L'île accueillant déjà chaque année 116 000 visiteurs, le président chilien, Sebastian Pinera, a pris des mesures peu après son élection en mars 2018. Les visiteurs ne peuvent désormais rester plus de 30 jours et doivent présenter un billet retour avant de rejoindre l'île du Pacifique.
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