Vincent Munier est l’un de ses admirateurs, et on le comprend, tant le peintre Éric Alibert et le photographe animalier ont en commun. Beauté de la nature, fugacité du geste animal, délicatesse du trait frisant parfois l’abstraction, chaque scène captée au fil de longues pérégrinations en montagne semble arrêtée en mouvement dans ce très bel ouvrage réunissant les œuvres du peintre, tout juste publié aux Editions Glénat. Et s’il est un livre qu’on aimerait trouver sous le sapin, c’est sans doute celui-ci.
Éric Alibert peint les Alpes, leur faune, leur flore et leurs paysages avec autant de poésie que de réalisme. Peintre, auteur de nombreux livres et reportages consacrés aux grandes régions naturelles de la planète, médaillé d’or des artistes animaliers français, ses aquarelles et ses encres de Chine révèlent toute la fragilité du monde alpin.


Ses œuvres ont fait l’objet de multiples expositions en France et à l’étranger, et notamment au Museum d’histoire naturelle de Paris. Ceux qui n’ont pas encore eu la chance de les y découvrir pourront se plonger dans une sélection de ses œuvres, réunies dans ce très bel ouvrage de 160 pages, préfacé par le photographe Vincent Munier, dont les mots cernent si bien son approche :
« Au fil des planches qui défilent sous mes yeux, les sensations me gagnent et je me mets impromptu aux aguets. Depuis mon fauteuil je retrouve les parfums de l’aube, les frissons de l’attente et le musc de l’humus qui m’accompagne dans mon affût. Tout prêt à saisir l’instant du vivant. C’est de cet instant que les dessins et peintures d’Eric Alibert me font en effet le magnifique cadeau : l’instant étincelle où surgit la bête. Baignée de noir, de gris ou d’un bleu profond, elle s’impose dans toute la gloire du geste. Le sien et celui du peintre qui tient le pinceau.
Vincent Munier
J’ignore ce qu’est le talent, mais je sais reconnaître la passion, le travail acharné, et surtout l’immense sensibilité. Celle qui définit à la fois l’œuvre et l’homme auteur de ces dessins, le poète, l’amoureux du monde de dehors. L’émerveillé.
(…) Contempler une œuvre d’Eric Alibert, c’est ça précisément : se faire animal, et faire sien son mouvement »
Emaillé de citations finement choisies - pour Eric Alibert, le dialogue entre poésie et images est très important, « comme une quête entre intérieur et extérieur », dit-il – cet ouvrage nous fait entrer dans un univers sauvage et secret, où souvent seul l’œil aiguisé et patient saura distinguer l’essentiel.

Nous qui ne sommes
François Cheng, Et le souffle devient signe.
Que trace des signes
Faut-il vraiment
Que pour t’atteindre
Nous passions par tant
de détours ?
« Ce n’est pas tant la nature qui m’intéresse que les forces de la nature » : Éric Alibert a fait sienne cette phrase de Cézanne, et on comprend pourquoi au fil des pages.


Mon regard perçoit le monde comme fixe ou fluctuant selon son gré. La terre frémit, les montagnes miroitent, comme si toutes les molécules se trouvent libérées : le ciel bleu résonne. C’est peut être la musique des sphères que j’entends, ce que les hindouistes appellent le souffle du créateur et les astrophysiciens le « soupir du soleil.
Peter Matthiessen, Le Léopard des neiges.

Alpes, calligraphies sauvages
Éric Alibert, éditions Glénat. 35€95
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