Enfant, avec un avant-bras en moins suite à une malformation congénitale, on l’a dirigée notamment vers l’escrime... et le chant. Mais c’est en escalade qu’elle s’est imposée au plus niveau en un temps record. En bloc, mais pas que. Dernièrement, elle se lançait dans le périlleux exercice de l’escalade de glace et réalisait "Sombre Héros" à Ceillac. Un nouveau défi relevé, avant d’enchaîner sur la falaise ? Portrait d’une athlète exceptionnelle en huit mots clefs.
Handicap
Ce mot-là, Solenn Piret, 29 ans, et trois podiums au championnat du monde en catégorie catégorie AU2, ne l’évite pas, au contraire. Elle le revendique aujourd’hui et en fait sa force. « L’escalade m’a choisie », raconte-t-elle dans une court reportage video.« Grimper est un sport où on ne peut pas se cacher », raconte-t-elle. « J’ai passé mon enfance à me cacher, à cacher mon handicap, pour que ça ne se voit pas. Je masquais ça assez bien, je crois. Je ne supportais pas de me voir en photo, j’avais l’impression de ne voir que ça, que ce truc qui me manquait. A l’école, pour aller au tableau, c’était ma hantise. Du coup j’avais toujours de grandes écharpes, de grands châles, tu peux facilement cacher tes bras, donner du flou à tout ça. Aujord’hui mon handicap m’a apporté tellement de choses, et j’en suis hyper fière en fait. « (…) Maintenant j’ai mon corps, je l’accepte comme il est. et je fais avec. »
En tête
C’est en lead, que la paragrimpeuse française Solenne Piret vient de réaliser sa première cascade de glace, « Sombre Héros » un grand classique de Ceillac, gravi pour la première fois en 1980 par Jacques Perrier et Jean-Marc Troussier. Une preuve de plus que cette jeune femme de 29 ans ne cesse de repousser ses limites dans toutes les formes d'escalade. "Je suis super fière : J'ai toujours pensé que l'escalade de glace était déjà assez compliquée pour moi, et que je ne grimperais jamais en tête!", écrit-elle sur les réseaux sociaux.
Fontainebleau
Avec des parents grimpeurs, qui se sont rencontrés à Fontainebleau raconte-t-elle volontiers, elle apprend à grimper avant de marcher, mais elle n’est pas gagnée par la passion de la grimpe tout de suite. Car, détail, l’enfant est née avec une agénésie qui l’a privée de son avant-bras droit. Alors c’est plutôt vers l’escrime ou le chant qu’on la dirige dans un premier temps. Il faudra quelques années pour qu’elle y revienne. Devenue architecte, elle quitte Paris et s’installe à deux pas de la "Mecque du bloc". Très vite elle y réalise des performances impressionnantes. Notamment plusieurs blocs de niveau 7 comme Apnée (7A), La Faim du Tigre (7B) ou encore Onde de Choc (7B)
Compétition
« Si je fais de la compétition, c’est pour gagner », dit-elle. « Et pour continuer à gagner, il faut s’entrainer », ce qu’elle fait cinq fois par semaine. « Préparation physique les mardis et jeudi, travail des doigts et suspensions le mercredi, souplesse et mobilité le vendredi, escalade libre le samedi», confiait elle en décembre au Figaro. Elle y puise de quoi se booster pour l’entraînement, se dépasser, voir plus loin. « C’est également source d’inspiration que de voir tous ces athlètes se dépasser avec chacun leur handicap. »`
Championne du monde
En 2017, la grimpeuse croise le chemin de Julien Gasc, membre de l'équipe de France para-escalade qui lui parle alors de compétition. « La rencontre qui a vraiment changé ma vie », dit-elle. L’année suivante, elle participe aux championnats de France puis est sélectionnée pour les étapes internationales. C'est le début d'une ascension fulgurante en compétition de difficulté (seule discipline ouverte en para-escalade). Sa carrière est fulgurante : dès 2018, elle truste les podiums des coupes du monde de para-escalade. En 2018, c’est l’or aux championnats du Monde, en AU2 en 2018, à Innsbrück. Puis en 2019 à Briançon. En 2021 à Moscou, elle concourt en catégorie RP2 et remporte son 3ème titre mondial consécutif.
Jeux Olympiques
L’escalade n’est toujours pas inscrite aux jeux paralympiques 2024. Mais en farouche porte-voix des handi-athlètes, Solenn Piret, n’aura de cesse de voir le paraclimbing popularisé, promu, médiatisé et reconnu jusqu’au podium des Jeux.
L’envie
Le moteur, ce qui vous pousse vraiment. « La phrase que j'aurais aimé entendre petite ? », dit-elle dans une conférence donnée en 2020 ? « Si tu vas envie de le faire, fais-le, tu trouveras toujours les moyens ! ». « Mon rêve d’enfance », poursuit-elle. « c’est une autre moi, en skieuse, rideuse. Puis je me suis assagie, calquée sur ce que la société disait être important (…). J’avais acheté le fait qu’il me fallait être bien sous tous rapports, irréprochable et que certains rêves resteraient inaccessibles pour moi. Puis peu à peu, un cheminement m’a permis de comprendre que je n’avais pas besoin de m’effacer. J’ai commencé à m’écouter plutôt que les autres. Ne laissez pas la société vous dire ce qui est réalisable ou pas ! », dit-elle fermement (…). « J'ai changé mon prisme de pensée. J’ai réinterprété toute mon histoire et j’ai créé un nouvelle réalité. Confrontée à mon handicap, j’en ai fait ma force. Maintenant, en termes d’escalade, j’ai atteint le niveau de celles qui me servaient de références. Donc la question, c’est quelles vont être mes limites ? Celles de mon handicap ? Ou mes limites mentales ? Je vais me concentrer sur mes envies. Conclusion : osez croire en vos rêves, franchissez vos barrières, parce que tout n’est qu’une question de point de vue. »
Falaise
La prochaine étape ? Elle y pense, mais va prendre son temps. Après une carrière en compétition très axée bloc, tout pousse à croire que la falaise va suivre en effet. Un temps basé à Fontainebleau, la grimpeuse s’est récemment installée dans la vallée d’Ailefroide, au pied du Mont Pelvoux, dans les Ecrins. Un site majeur, où elle trouvera de nombreuses grandes voies sur du granite d'excellente qualité, mais aussi du bloc. Pas de projet encore bien défini pour Solenn, mais il y a quelques mois seulement, elle confiait qu'elle aimerait bien enchaîner une voie en 7C. Une voie dont elle pourrait faire tous les mouvements, compte-tenu de sa condition. Elle en tirerait bien un film., dit-elle. Connaissant Solenn, nul doute que ce rêve-là aussi sera vite concrétisé.
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