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Gravir l'Everest en 2019, suivez le guide
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L’Everest, comme si vous y étiez, les engelures en moins

  • 21 mai 2019
  • 8 minutes

Svati Kirsten Narula Svati Kirsten Narula

A l’heure où Cory Richards, photographe pour National Geographic et l’alpiniste équatorien Esteban « Topo » Mena, tentent l’ascension par une nouvelle voie sur le versant tibétain - la première en 10 ans - 600 grimpeurs profitent actuellement de la fenêtre méteo qui devrait rester ouverte jusqu’à vendredi 24 mai pour entamer, eux aussi, leur ascension vers l’Everest. Non sans risques, 11 alpinistes sont morts ou portés disparus depuis l'ouverture de la saison.
Avec Outside, visite guidée des voies actuelles.

https://vimeo.com/336621069
De Katmandou au Toit du monde, voici à quoi ressemble l’ascension par le versant népalais.

Grimper jusqu’au camp de base est une aventure à part entière

(Petra Zeiler)

Lorsqu’on s’attaque à l’Everest par son versant sud, ce que fait la majorité des grimpeurs, on part généralement de Katmandou, la capitale népalaise. S’ensuit un trek de sept à dix jours jusqu’au camp de base.

Traverser la vallée du Khumbu est magique, c’est même déjà, d’une certaine manière, le voyage d’une vie.

La voie classique pour l’Everest commence au village de Lukla, à 2 845 mètres d’altitude. Nombreux sont ceux qui rejoignent ce point de départ à bord d’un avion ou d’un hélicoptère (45 minutes) depuis Katmandou. Première info de taille : atterrir sur l’aéroport Tenzing-Hillary de Lukla est un poil difficile. Voici une vidéo édifiante d’un atterrissage réussi par Kenton Cool, venu, par ailleurs, 12 fois à bout de l’Everest.

(simonsimages/Creative Commons)

Les trekkeurs dont les nerfs viennent d’être mis à rude épreuve peuvent aller se réconforter à la boulangerie allemande à deux pas de la piste. Un shoot de sucre et de caféine. On se repose ensuite à Lukla pendant une journée pour se faire à l’altitude et se préparer au trek : il va faire chaud, ce sera poussiéreux, il y aura des yaks et des ponts suspendus. Et on ne sera pas Indiana Jones.

(sunriseOdyssey/Creative Commons)

On passera probablement une ou deux nuits au village de Namche Bazaar, perché à 3 500 mètres d’altitude, pour un petit noisette dans un café et une vue à couper le souffle. Le Khumbu Lodge, hôtel dont les chambres portent le nom d’alpinistes célèbres, est très plébiscité, à l’instar de l’Irish Pub, où s’enfiler une Guinness, regarder un film et devenir champion de baby-foot.

À 4 000 mètres, un arrêt, peut-être, à Pangboche, ou le lama Geshe (mort en février 2018) bénissait chaque grimpeur, chaque printemps.

Quelques jours plus tard, on arrivera, rincé, au camp de base, à 5 330 mètres.

La vie au camp de base de l’Everest

(Rick McCharles/Creative Commons)

À peu près tout ce qu’on doit savoir sur le camp de base de l’Everest a été précisé par Kevin Fedarko pour Outside en 2007 :

Vous savez que vous êtes arrivé lorsque le sentier se heurte à un immense rocher émaillé de glace, sorte d’atrium naturel, ligne Maginot entre le subcontinent indien et le plateau tibétain.

L’endroit est étrangement instable. Plusieurs fois par jour, une nouvelle fissure apparaît, une roche glisse dans un bassin d’eau de fonte. Avec cette incessante vie minérale, aucune chance qu’on y trouve, par exemple, une ville miniature. Et pourtant…

Des drapeaux de prière flottent dans tous les sens, claquant dans la brise hypoxique à 5 400 mètres d’altitude. Sous ces drapeaux, une métropole alpine de plus de mille personnes entassées dans 250 tentes pleines à craquer d’équipements, de matériel médical et de vivres. Pendant que les cuistos troquent ici des piles de lampe torche, là du sirop d’érable, des porteurs en claquettes croulent sous les cordes, bouteilles de whisky et autres échelles en aluminium. Aux cliquetis des crampons des Sherpas se joignent les paroles des grimpeurs à la peau déjà brûlée par le vent, le lourd souffle des yaks épuisés, les murmures des officiers peu officiels du ministère népalais du Tourisme et les cloches des poneys à l’épaisse robe, insensibles au froid glacial.

Un bon résumé de l’"EBC" (Everest Base Camp). Dix ans plus tard, les choses n’ont pas beaucoup changé, sauf peut-être le wi-fi, plus fiable.  

Premier obstacle : la cascade de glace du Khumbu

Traître. Mortelle. Imprévisible. "Autant jouer à la roulette russe." Voici comment ceux qui l’ont vécue parlent de l’icefall du Khumbu, premier obstacle de taille sur le versant sud de l’Everest.

(Uwe Gille/Wikimedia)

Chaque printemps, mi-mars cette année, une équipe de huit à dix Népalais, baptisés les Icefall Doctors, s’y enfonce et détermine le tracé que tout le monde devra suivre. Ils accrochent des cordes et fixent des échelles en aluminium qui permettent à des centaines de personnes de passer du camp de base au camp 1 au cours des semaines qui suivent.

Le client d’une expédition guidée y posera pour la première fois le pied par un après-midi ensoleillé. Le jeu consistera alors à passer d’une échelle à l’autre en évitant les blocs de glaces, les stalagmites et autres crevasses. Un joyeux foutoir gelé. On entendra le Khumbu, grincer. On sentira le glacier bouger ici, là. Il vit. La cascade glisse elle-même doucement du camp 1 (6 000 mètres) au camp de base (5 360 mètres) au rythme de 30 centimètres par jour.

(Courtesy Felix Media)

Il se peut que ce même client y repasse de nuit — tout le monde s’est levé avant l’aube pour rejoindre le camp 2 en une seule traite. À chaque échelle, il faut patienter jusqu’à ce qu’avance la colonne de grimpeurs devant soi. La lampe frontale ne suffit pas à exposer toutes les crevasses, dieu merci. Parce que ça fout les jetons. On peut la parcourir jusqu’à quatre, cinq, six fois la cascade, au cours d’expéditions d’acclimatation avant la véritable ascension. Les Sherpas engagés par l’agence spécialisée feront au bas mot le double d’allers et retours.

En avril 2014, 16 d’entre eux furent tués dans la cascade du Khumbu, écrasés par un "morceau de glace de la taille d’un immeuble de dix étages". Au moins 100 Sherpas se trouvaient sur les lieux au moment du drame. Des morts injustes qui ont mis en lumière les dangers de l’icefall, certes, mais surtout le fossé dangereusement profond entre les risques pris par les Sherpas et ceux pris par tous les autres.

Il n’empêche que chaque traversée de la cascade est, aux dires de tous, "un vrai pari".

La "Western Cwm"

Après avoir grimpé la cascade du Khumbu, on atteint ce qu’on appelle la "Cwm occidentale de l’Everest". Ce petit nom lui a été donné par George Mallory en 1921. Cwm signifie "vallée" en gallois.

(Moving Mountains Trust/Creative Commons)

Cette portion de l’Everest ne fait pas vraiment peur — à moins de ne pas supporter la chaleur… Cette vallée de 4 kilomètres est dominée sur trois côtés par les pentes de l’Everest, du Lhotse et du Nuptse. Le soleil se réfléchit sur ces miroirs géants et fait cuire la Western Cwm. Il peut y faire jusqu’à 40°C.

"Tu pries pour avoir juste un petit courant d’air, un nuage pour couvrir le soleil. Tu veux juste rejoindre le camp de base avancé", a témoigné le grimpeur David Breashears.

On se reposera au camp 1, aux abords de la Western Cwm, à environ 5 940 mètres d’altitude, près du sommet de l’icefall du Khumbu. Il faut traverser la vallée pour rejoindre le camp 2, ou camp de base avancé, à 6 400 mètres.

La face du Lhotse

Pour aller du camp 2 au camp 3 de l’Everest, si on passe par le col sud (la voie classique), il faut grimper la face du Lhotse — quatrième point culminant au monde. La "Lhotse face" est glacée, glissante, avec une pente de 45 à 55 degrés. Oui, c’est raide. Attaché à une corde, il faut méthodiquement planter ses crampons dans la glace pendant trois à six heures d’affilée. Et il y aura du monde. C’est ici que l’alpiniste allemand Ralf Dujmovits a pris, en 2012, son célèbre cliché de ce qui ressemble à une queue leu leu de grimpeurs  géante.

(Ralf Dujmovits)

Chaque équipe choisit son propre emplacement pour son "camp 3", entre 7 000 et 7 600 mètres, puisque les surfaces planes sont rares à cette altitude.

Le col sud

Progresser du camp 3 au col sud de l’Everest ne se fait pas sans une série d’ascension raides et gelées sur la face du Lhotse. On arrive à une portion de roche calcaire connue sous le nom de Yellow Band (le "bandeau jaune"). Il faut ensuite passer un affleurement rocheux baptisé le Geneva Spur, à environ 7 300 mètres d’altitude.

(Lloyd Smith/Wikimedia)

Voici ce qu’en dit Leif Whittaker, qui a réalisé l’ascension de l’Everest en 2012 (et est le fils de Jim Whittaker, premier américain à en être venu à bout), dans ses mémoires :

La roche du Geneva Spur est faite de strates entremêlées, certaines aussi fines que du carton, d’autres épaisses comme le dos d’un dictionnaire. On se croirait devant une sculpture géante de bibliothèque renversée, les livres tombant des étagères de façon aléatoire. Bienvenue dans la death zone.

On doit l’expression "death zone" ("zone fatale") au docteur suisse Edouard Wyss-Dunant dans un article de 1953 paru dans une revue britannique (The Mountain World). Il y parle de sa tentative d’ascension, ratée, en 1952.

J’ai évoqué la "zone mortelle" : il convient ici de l’expliquer plus avant. La survie est le seul terme qui convienne pour décrire le comportement d’un homme dans cette zone fatale, qui commence à environ 7 770 mètres d’altitude. La vie ici est impossible et il faut toute la volonté d’un homme pour s’y maintenir quelques jours. La vie n’y tient qu’à un fil. L’organisme, épuisé par l’ascension, peut passer en quelques heures d’un état de somnolence à la mort.

L’expression est toujours utilisée dans le vocabulaire de l’alpinisme aujourd’hui. La concentration d’oxygène dans l’air dans la zone fatale représente environ 30% de celle constatée au niveau de la mer.

Ceux qui grimpent l’Everest en 2019 portent une combinaison de la tête aux pieds et utilisent pour la plupart de l’oxygène artificiel. On établit le camp 4 au col sud (South Col)  pour une dernière nuit, accroché à une machine à oxygène, sous une tente battue par des vents de force 12 (ouragan), avant de monter d’un pas lourd vers le sommet de l’Everest.

Le sommet

(Calum Robinson/Creative Commons)

Le "jour du sommet", on se lève avant l’aube au camp 4, à 7 920 mètres d’altitude, sur le col sud. On rampe pour sortir de sa tente aux environs de minuit. La marche va être lente et longue.

Après avoir passé plusieurs heures à grimper une dalle rocheuse raide, la Triangular Face, ou versant sud de l’Everest, attaché à des cordes et progressant sur une alternance de pierre, de glace et de neige, on parvient à un affleurement baptisé "le balcon". C’est là qu’on s’arrête le plus souvent pour remplacer les bouteilles d’oxygène si c’est nécessaire  et essayer d’avaler et de boire quelque chose.

La prochaine vraie pause se fait sur le sommet sud, un dôme de glace à environ 120 mètres du véritable sommet. Vient ensuite l’arête sud-est — la "lame de couteau" — une portion dangereusement exposée où le regard plonge en contrebas sur 2 400 mètres côté ouest, 3 000 mètres côté ouest.

La Hillary Step est l’étape suivante — bien que ce passage emblématique se soit partiellement effondré en 2015. Il fut longtemps un obstacle inquiétant, presque à la verticale, avec quatre gros rochers et de plus petites pierres empilées les unes sur les autres.

(Courtesy Garrett Madison)

Comme l’ont indiqué plusieurs grimpeurs à Outside en 2017, le plus gros rocher de la série a disparu, vraisemblablement délogé lors du séisme qui a ravagé le pays en 2015.

Cette portion continuait de réclamer force et sang-froid. Il faut se hisser tant bien que mal le long d’une corde fixe. Le départ du camp 4, c’était déjà il y a 10 ou 12 heures. Chaque inspiration, chaque mouvement est difficile. Une fois cette étape passée, on se félicite brièvement avant de poursuivre péniblement. Le sommet est désormais en vue. L’adrénaline fournit l’énergie nécessaire pour parcourir les 60 mètres de pentes modérée restants.

Bienvenue sur le Toit du monde ! De là, on admire les sommets des autres mastodontes himalayens — Lhotse, Nuptse, Makalu, Cho Oyu, Ama Dablam...

Rentrer

Après avoir atteint le sommet de l’Everest, on s’empresse de redescendre jusqu’au camp de base, où on ne fait pas de vieux os. Les membres de l’équipe encadrante se séparent et remballent pendant que les grimpeurs foncent vers Katmandou.

De retour dans la capitale népalaise, on célèbre son exploit avec un dîner offert au Rum Doodle où les signatures de grands noms comme Edmund Hillary et Reinhold Messner — affichées aux murs sur des empreintes de yéti découpées dans du carton — témoignent de leur passage en ces lieux. Le restaurant porte le nom de la plus haute montagne fictive du monde, culminant à 13 000 mètres d’altitude : le Khili Khili, ou Rum Doodle en VO. Le roman À l’assaut du Khili Khili (The Ascent of Rum Doodle, 1956) est devenu un classique du récit d’alpinisme. On aura peut-être la chance de passer une dernière nuit, ou deux, au Yak & Yeti, autre institution accueillant de longue date des alpinistes célèbres.

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