Alors que le ski et le snowboard freeride feront leur entrée aux Jeux olympiques d'hiver de 2030, l'escalade sur glace devra encore patienter. Début juin, le comité d'organisation a rejeté la candidature de la discipline aux JO qui se tiendront dans les Alpes françaises. Un revers pour la Fédération internationale d'alpinisme (UIAA), qui espérait voir aboutir plus de dix ans d'efforts pour faire entrer ce sport au programme olympique, ainsi que pour Tristan Ladevant, l'un des meilleurs de la discipline, qui voit tout espoir de rafler des médailles disparaître.
Le 2 juin, les grimpeurs sur glace apprenaient que leur discipline resterait finalement hors du programme des Jeux olympiques d'hiver de 2030. L'escalade sur glace avait pourtant déjà été invitée comme sport de démonstration aux Jeux de Sotchi en 2014, avec une tour dédiée, un mur de vitesse installé au cœur du parc olympique et des démonstrations quotidiennes. Elle avait également été présente aux Jeux olympiques de la jeunesse en 2016, avant de disparaître du paysage olympique à PyeongChang en 2018, les organisateurs sud-coréens ayant choisi de ne pas reconduire le statut de sport de démonstration. Celui-ci avait ensuite disparu de l'Agenda du Comité international olympique (CIO) en 2020, fermant définitivement cette voie d'accès aux Jeux. Les Alpes françaises 2030 représentaient donc la meilleure occasion, depuis des années, de voir enfin la discipline intégrer officiellement le programme olympique.
Mais les multiples initiatives de l'UIAA, qui supervise l'escalade sur glace de compétition, n'auront pas suffi à convaincre le CIO. « Le CIO observe l'évolution de notre discipline », résume Rob Adie, coordinateur des compétitions d'escalade sur glace à l'UIAA. Aux yeux des organisateurs, l'escalade sur glace restait sans doute une discipline encore trop jeune, et pas assez abouti pour y trouver sa place.
L'UIAA croyait pourtant à ses chances
Plusieurs éléments laissaient pourtant penser que les Alpes françaises représentaient une occasion unique de faire entrer ce sport aux Jeux. D'abord parce que les Jeux de 2030 revendiquent un « retour à l'alpin ». Une philosophie à laquelle l'escalade sur glace semblait parfaitement correspondre. « Nous représentons le plus haut niveau de l'alpinisme », estime Rob Adie. Pour Tristan Ladevant, l'un des meilleurs grimpeurs sur glace français, qui a lui aussi oeuvré pour faire reconnaître son sport tant au niveau médiatique que compétitif, les JO 2030 représentait surtout une chance de faire rayonner une discipline autre que le ski alpin. « On est des fervents défenseurs des pratiques de sport divers plus délaissées, moins à l'ordre du jour. Là ça aurait été une bonne manière de montrer qu'il y a autre chose que le ski alpin dans les Alpes, et de mettre un peu en lumière toutes ces disciplines qui tournent autour de l'alpinisme. »
L'excellent niveau de l'équipe de France nourrissait également cet optimisme. Depuis les Jeux de Tokyo, ce sont les comités d'organisation des pays hôtes, et non plus le CIO, qui proposent les nouvelles disciplines olympiques. Un pays a donc tout intérêt à retenir des sports dans lesquels ses athlètes peuvent espérer décrocher des médailles. À l'image de l'escalade sportive, retenue pour les Jeux de Tokyo en 2020 notamment grâce aux excellents résultats japonais, la France dispose aujourd'hui d'une des meilleures équipes mondiales en escalade sur glace, dont font partie les frères Ladevant. Mais la faible représentation des autres grandes nations alpines a sans doute pesé dans la balance. « L'Allemagne, l'Italie ou encore l'Autriche restent peu présentes sur le circuit international, alors que ce sont pourtant trois pays qui comptent énormément dans les sports d'hiver et qui disposent d'un poids considérable dans les décisions olympiques. Nous devons encore développer la pratique chez eux », reconnaît Rob Adie.
Autre argument avancé par l'UIAA, le coût relativement faible de la discipline. Contrairement à d'autres sports, son organisation nécessite peu d'infrastructures supplémentaires. Adie s'était d'ailleurs rendu en France afin d'identifier plusieurs sites susceptibles d'accueillir les compétitions. Tristan Ladevant défendait notamment le choix de Champagny-en-Vanoise, un site historique de la discipline. « C'est un lieu qui représente vraiment l'escalade sur glace, avec un vrai savoir-faire et une organisation déjà rodée pour accueillir des compétitions. On pouvait sécuriser une épreuve olympique quasiment quelles que soient les conditions. »
Mais finalement, l'escalade sur glace s'est sûrement retrouvée en concurrence avec le ski-alpinisme, déjà intégré aux Jeux de Milan-Cortina en 2026. Une discipline elle aussi peu coûteuse à organiser et dont le modèle avait déjà été validé. Si la France ne pouvait retenir qu'un seul sport supplémentaire, « le ski-alpinisme était le choix évident », reconnaît Adie.
À ce jour, le comité d'organisation n'a fourni aucune explication détaillée sur les raisons de ce refus.
Une discipline qui s'éloigne de la glace ?
Au-delà des critères olympiques, l'évolution même de l'escalade sur glace pourrait également interroger. Si les épreuves de vitesse se déroulent toujours sur de véritables murs de glace, les parcours de difficulté sont aujourd'hui constitués de structures artificielles, de volumes en bois, de prises en résine et de sections métalliques suspendues. La glace y occupe parfois une place très limitée, rapprochant la discipline du dry-tooling. « Une fois que les athlètes atteignent un certain niveau, grimper uniquement sur la glace n'est plus suffisamment difficile. Il faut complexifier les parcours, explique Adie. Mais quelqu'un qui découvre notre sport peut légitimement se demander : "Où est la glace ?" », reconnaît le représentant de l'UIAA. L'UIAA assure pourtant avoir souhaité conserver le plus de glace possible dans son projet olympique, quitte à produire de la glace artificielle sur le site des compétitions.
Restait alors la question de la faisabilité d'organiser une épreuve sur glace. Sur ce point, Tristan Ladevant estime que l'argument environnemental ou logistique ne tient pas. « La glace, on sait la faire. Aujourd'hui, c'est beaucoup plus facile d'avoir des conditions pour produire de la glace en sécurité que ce que les gens imaginent. » Selon lui, l'impact environnemental serait même particulièrement limité comparé à d'autres disciplines hivernales. « Quand les conditions de froid sont là, c'est quasiment zéro impact. C'est simplement de l'eau qui est prise dans un ruisseau et qui repart ensuite lorsque la glace fond. Il n'y a aucun additif. »« Nous avons une petite structure, un très faible impact au sol et sur la biodiversité. Je pense même que c'est une des disciplines les plus propres qui auraient pu être proposées aux Jeux d'hiver. »
Certains pointent également le caractère très confidentiel de la discipline. Son matériel, ses techniques et ses infrastructures restent extrêmement spécialisés, bien davantage que l'escalade classique ou l'alpinisme traditionnel. Une analyse que Rob Adie ne partage pourtant pas. « Beaucoup de disciplines olympiques restent très confidentielles auprès du grand public, comme le curling. Personne ne remet en cause leur place alors qu'elles sont moins populaires que le football ou la natation. » Même constat chez Ladevant. « Dans les Jeux d'hiver, il y a beaucoup de sports qui sont finalement peu développés ou peu suivis. Je pense surtout que les Jeux avaient besoin de renouveau, estime-t-il. On est un sport de niche, c'est sûr. Mais on est un sport qui pour moi avait toute sa place parce que c'est une discipline qui vraiment fait partie du territoire, qui incarne l'alpinisme, l'arc alpin et les traditions qui vont avec. L'alpinisme est aujourd'hui en vogue, il y a un vrai engouement autour de ces pratiques. C'était une occasion de représenter toute cette communauté aux Jeux. Je trouve ça hyper dommage que le CIO et Cojop n'aient pas eu cette vision-là, de voir un peu les tendances du moment, et de ce que ça aurait pu apporter. »
D'autant qu'avec ses mouvements acrobatiques, ses célèbres « figure four » et « figure nine » ou encore ses passages parfois totalement horizontaux, l'escalade sur glace offre pourtant, selon lui, un spectacle particulièrement impressionnant. « C'est tellement télévisuel, il y a beaucoup de suspense. Je pense qu'à la différence d'une compétition d'escalade, tout peut se passer, il y a beaucoup plus de chutes, il y a beaucoup plus de mouvements un peu acrobatiques. Je pense que bien fait, ça aurait vraiment su trouver son public.»
Une déception, sans véritable surprise
Chez les athlètes, la décision a été accueillie avec déception. Finalement, « nous, on est extrêmement déçus. Avec mon petit frère (Louna Ladevant), on estime avoir fait le job. Depuis des années, on domine un peu le circuit, et c'était aussi notre manière de montrer au CIO et au comité d'organisation qu'il y avait de très fortes chances de médailles françaises », explique-t-il.
La Tchèque Aneta Loužecká, engagée aussi bien en vitesse qu'en difficulté, a elle aussi rapidement fait part de sa déception sur ses réseaux sociaux. Même réaction du côté de l'Américaine Cat Shirley, troisième de la Coupe du monde 2025-2026 en difficulté et cinquième en vitesse, qui espérait défendre les couleurs des États-Unis en 2030. Pour autant, ni elles ni les autres athlètes ne disent avoir été véritablement surprises. « Nous pensions avoir une bonne chance, notamment grâce aux excellents résultats de l'équipe de France. Nous espérions tous. C'est difficile de ne pas espérer. »
Faut-il continuer à courir après les Jeux ?
Le refus français ouvre désormais un débat au sein même de l'UIAA. Faut-il déjà préparer une candidature pour les Jeux d'hiver de Salt Lake City en 2034 ou, au contraire, profiter de cette parenthèse pour faire évoluer la discipline sans les contraintes qu'impose la quête olympique ? Car cette candidature a mobilisé d'importantes ressources humaines et financières pour l'UIAA, au point que certains responsables estiment aujourd'hui avoir consacré une énergie considérable à répondre aux attentes du comité olympique.
Pour Rob Adie, ces quatre années pourraient permettre de repenser les formats de compétition, d'expérimenter des épreuves en duel, des équipes mixtes, voire de pousser encore plus loin l'évolution de la discipline. « Cela nous donne la liberté d'être plus flexibles et d'essayer des idées que nous n'aurions peut-être pas osé développer si nous étions restés focalisés sur les Jeux », explique-t-il.
Cat Shirley préférait, quand à elle, voir l'UIAA présenter une candidature à chaque olympiade. Salt Lake City, berceau historique de l'escalade de compétition aux États-Unis et haut lieu du dry-tooling, et où se tiendront les Jeux d'hiver en 2034 constituerait selon elle un cadre idéal pour accueillir les premières épreuves olympiques d'escalade sur glace. D'autant que les États-Unis disposent d'une relève prometteuse sur le circuit international, la sélection américaine ayant remporté seize médailles depuis la création du circuit mondial de l'UIAA en 2002.
Mais à 28 ans, après déjà dix années sur le circuit de Coupe du monde, Tristan Ladevant sait que Salt Lake City 2034 pourrait arriver trop tard pour lui. « J'espère fortement que ça arrivera, mais ce sera peut-être moins mon combat. Je ne pense pas être encore dans la course dans huit ans. » D'autant que cette fois, la candidature américaine échapperait largement aux athlètes français. « Ce sera un comité d'organisation beaucoup plus éloigné, sur lequel on aura peu d'influence. C'est déjà quelque chose de difficile à comprendre pour nous, même en étant français avec un comité d'organisation en France. »
Pourtant, malgré cette déception et l'incertitude sur son propre avenir dans la discipline, Tristan Ladevant refuse de voir ce refus comme une fin. « Ce rejet-là, ce n'est pas une porte qui est fermée à jamais. Je pense que le sport va continuer à faire son bout de chemin. »
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