Animal fétiche du WWF, le sublime félin n’a pas que des amis dans le Dolpa où son goût pour le bétail lui vaut de sérieuses opérations de représailles de la part des locaux. Une menace qui semble minime au regard de mystérieux virus affectant les léopards des neiges comme les antilopes, leurs proies sauvages naturelles.
Comme la plupart des habitants de Koma, village situé dans le district de Dolpa au Népal, Dakpa Gurung n'a jamais eu la vie facile. Le site dans lequel il vit depuis toujours est spectaculaire, certes, mais pour survivre dans cette minuscule bourgade composée de quelques maisons basses en pierre et de champs de blé en terrasses, il n’a jamais eu d’autre option que de garder de grands troupeaux de chèvres pashmina dans les montagnes.
Le Dolpa est l'une des régions les plus démunies et les plus isolées du Népal, un des pays les plus pauvres d'Asie. La grande majorité des habitants y survivent en élevant du bétail et en pratiquant une agriculture de subsistance, essentiellement du sarrasin, des pommes de terre et de l'orge. Or suite à la pandémie de Covid, la Chine voisine ayant fermé ses frontières, la demande de chèvres népalaises a explosé au Népal, déclenchant une sorte de ruée vers le pashmina, nouvelle mine d'or. L’automne dernier, une chèvre mâle en bonne santé pouvait atteindre 30 000 roupies (environ 245 euros), contre 20 000 roupies (160 euros) l'année précédente. Dans un pays où le revenu moyen par habitant tourne autour de 1 000 euros par an, le troupeau familial de près de 70 chèvres de Gurung représentait pour lui une chance de gagner décemment sa vie. Enfin, jusqu’au jour funeste du 15 avril 2021.
"C'est une créature pleine de colère !"
Ce matin-là, Dakpa Gurung a commencé sa journée comme d’habitude. Il s'est levé tôt et est allé voir ses animaux, gardés dans un corral en pierres ceinturé de hauts murs, situé tout à côté de sa maison, pour plus de sécurité. "Quand j'ai ouvert la porte du corral, je n'ai vu que des chèvres mortes", raconte-t-il. Dans la nuit, un léopard des neiges s'était glissé par un trou dans le plafond et avait massacré presque tout son troupeau. Cinquante-sept chèvres avaient été tuées et d’autres étaient sérieusement blessées. En quelques heures, le gagne-pain de la famille Gurung avait disparu. Compte-tenu du prix élevé de ses bêtes, reconstituer un tel troupeau voulait dire pour lui s’endetter sur au moins une génération.
Bel homme, le visage anguleux, creusé par le soleil, encadré par une épaisse chevelure noire attachée en une queue de cheval, le berger porte à son cou un lourd ensemble de perles de prière bouddhistes tibétaines polies. Il parle lentement, et pèse ses mots. "Le léopard des neiges est une créature pleine de colère !", dit-il. "Il a bu le sang d'une chèvre, puis d'une autre, et a empilé leurs corps comme des sacs de sel. Il ne s'est pas arrêté jusqu'à ce que plus rien ne bouge." Le pire pour Gurung, ce sont les chevreaux nouveau-nés, épargnés par le léopard et désormais orphelins de mère. "Ces bébés chèvres étaient comme mes propres enfants. J'ai aidé à les élever depuis le début. Les voir mourir de faim m'a complètement brisé le cœur".
La propension des léopards des neiges à tuer en masse s’explique ainsi : dans la nature, où les proies sont rares et ont tendance à se disperser rapidement, le fait de pouvoir tuer deux ou trois animaux à la fois lui donne de bien meilleures chances de se mettre une proie sous la dent et donc de survivre. Mais, lorsque, mu par le même instinct, il se retrouve dans un espace confiné, rempli de proies, comme un corral de pierre, cela tourne au carnage.
"Lorsqu'un léopard des neiges - ou un autre grand prédateur tel que le léopard, la hiène, le lion ou même le loup - se met à tuer, il abat tout animal qui bouge jusqu'à ce que tous soient morts ou mortellement blessés", explique Rodney Jackson, l'un des principaux experts en léopard des neiges. "Aussi lorsque l'éleveur arrive sur les lieux de l’attaque il découvre souvent un léopard des neiges épuisé, au repos, et tout son bétail décimé, la gorge soigneusement perforée par les canines perçantes du félin. D'où la croyance des populations locales que le léopard des neiges est un 'suceur de sang'".

Des massacres de bétail similaires à l'incident de Koma se produisent fréquemment dans le Dolpa, sans parler bien sûr des attaques isolées lorsque les animaux sont au pâturage. Certaines familles racontent même avoir été attaquées en essayant de protéger leurs bêtes.
Des lames de rasoir glissées dans les carcasses
Aussi, malgré la menace d'une peine de 15 ans de prison, il est relativement fréquent de voir des léopards des neiges tués en représailles de leurs méfaits. Faute d'autres moyens, les bergers saupoudrent les proies tuées par les léopards des neiges de poudre anti-puces ou d’ insecticides, sachant que les félins reviendront plus tard pour se nourrir. Pour augmenter la puissance du poison, ils y ajoutent parfois des lames de rasoir cassées, ce qui provoque une mort lente et douloureuse.
La colère de certains éleveurs ne s'arrête pas à l'empoisonnement des léopards des neiges. L'écologiste locale Tshiring Lhamu Lama est tombée sur une vidéo filmée par un éleveur local alors qu'elle effectuait des recherches sur le terrain. On y voit un groupe d'habitants harceler deux jeunes léopards qui semblent comme drogués. L’image est tremblante, filmée au téléphone portable, la caméra suit un petit groupe de bergers traînant violemment les deux félins par la queue à travers un pâturage. Ils se relaient pour les bourrer de coups de pied en les maudissant avant de les jeter dans une profonde fosse en pierre.
Dans le conflit entre les bergers et les léopards des neiges, il n'y a pas de vainqueur. Le Dolpa abrite l'une des populations de léopards des neiges les plus denses au monde, mais un nombre croissant d’entre eux sont retrouvés morts chaque année, malgré les efforts de conservation considérables déployés par le parc national local de Shey-Phoksundo et le WWF (fond mondial pour la nature). Un programme de pose de colliers GPS soutenu par cet ONG a entrepris de suivre quatre léopards des neiges en bonne santé dans le Dolpa en 2019 ; deux ans après la pose des colliers, ils étaient tous morts. La cause exacte de ces décès restera probablement un mystère, mais tout indique que la concurrence pour l’espace vital entre les humains et la faune sauvage ne fait que croitre.
Des félins magnifiques surnommés les "chats fantômes"
Les léopards des neiges occupent une place démesurée dans l'imaginaire humain. Ils sont un symbole de sauvagerie et d’absolue solitude. Des pétroglyphes de l'âge du fer représentant ces animaux sont gravés dans toute leur aire de répartition en Asie centrale et méridionale, dont un au Kirghizstan qui semble montrer des nomades utilisant un léopard des neiges apprivoisé pour chasser le bouquetin. Les léopards des neiges jouent également un rôle important dans la légende bouddhiste tibétaine et d'autres religions locales dans l'Himalaya.
Ces grands félins sont magnifiques, avec leur épaisse fourrure blanc-gris parsemée de rosettes noires qui les camouflent dans les montagnes escarpées et enneigées. Et même pour les biologistes les plus chevronnés, il est rare d'en apercevoir un dans la nature, ce qui leur vaut le surnom de "chats fantômes". La parution en 1978 du livre de Peter Matthiessen, The Snow Leopard, a joué un rôle important dans la popularisation de cet animal, "dont la terrible beauté est l'essence même du désir humain", écrit-il. L'ouvrage relate ses voyages dans le Dolpa avec le célèbre naturaliste George Schaller à la recherche de la créature. "C'est, je pense, l'animal par lequel j'aimerais le plus être mangé", écrit Peter Matthiessen.
Le léopard des neiges occupe également une place particulière en tant que star du business gravitant autour de la préservation de la faune sauvage, une industrie pesant plus de 20 milliards de dollars. En tant que prédateur ultime, il est considéré comme un indicateur de la bonne santé de l'ensemble de l'écosystème et, fait non négligeable, sa beauté sauvage attire les financements de donateurs de tous niveaux.
Les activités de conservation et la recherche scientifique sur les léopards des neiges reposent généralement sur l'hypothèse que ces animaux sont menacés. Mais ils sont si insaisissables, que c’est difficile de le prouver, ou de le réfuter, avec certitude. Bien qu'ils soient classés comme "vulnérables" par l'Union internationale pour la conservation de la nature, personne ne sait combien d'individus existent réellement au Népal ou dans l'un des onze autres pays constituant leur aire de répartition. Pourtant, de nombreux experts estiment que, comme de nombreuses autres espèces sauvages, la population mondiale de léopards des neiges est confrontée à des pressions sans précédent dues à la perte de son habitat et aux conflits avec l'homme. Les effets du changement climatique sont amplifiés dans les montagnes et les steppes où vivent les léopards des neiges, où les températures moyennes devraient augmenter deux fois plus vite que la moyenne mondiale. Par ailleurs, les troupeaux de proies sauvages sont menacés par le braconnage, les nouvelles maladies et les parasites introduits dans des écosystèmes déjà fragiles.
En 2017, le Département des parcs nationaux et de la conservation de la faune sauvage du Népal, en partenariat avec le WWF, a lancé un plan d'action quinquennal de 3,15 millions de dollars pour la conservation du léopard des neiges. Ce plan comprend la recherche, l'amélioration de l'habitat, la mise en œuvre d’actions auprès des locaux, la réduction du braconnage et diverses mesures similaires en collaboration avec l'Inde et la Chine. La majorité de ces fonds sont destinés à la recherche, aux conférences et publications, et il ne reste pas grand chose pour soutenir les éleveurs comme Dakpa, qui fournissent sans doute la plus grande subvention matérielle pour la survie des léopards des neiges, sous la forme de dons involontaires de bétail.
Zebrong et Samling, 2 mâles devenus les chouchous de la presse népalaise
Koma est situé à l'extrême limite du parc national népalais de Shey Phoksundo, le plus grand du pays, qui s'étend sur 1 300 miles carrés. En novembre 2019, des responsables du parc national et du WWF ont placé des colliers GPS sur deux léopards des neiges mâles en bonne santé, pesant chacun environ 80 livres. Ces animaux ont été photographiés et ont reçu des noms choisis par la communauté locale avant d'être relâchés dans la nature, groggy et confus. Zebrong et Samling, âgés de trois et six ans, sont immédiatement devenus les chouchous de la presse népalaise. L'objectif était de suivre leurs déplacements et de mieux comprendre leur aire de répartition. Ces données devaient aider les organisations de protection de la nature à évaluer la population totale de la région et à vérifier si les léopards avaient traversé la frontière voisine avec la Chine, ce qui exigerait une approche internationale de leur gestion et de leur protection. Six mois après la pose du collier, les deux léopards étaient morts.
Le corps de Samling a été retrouvé cinq mois après sa mort, au pied d'un ravin si abrupt que les responsables du parc national ont dû installer un système de descente de fortune avec des cordes, pour l'atteindre. Il semble probable qu'il soit mort d'une chute en poursuivant une proie ou lors d'un conflit de territoire avec un léopard des neiges rival.
L'autre léopard, Zebrong, est mort fin mai 2020. Ses données GPS ont montré qu'il était l'auteur probable d'un massacre qui a coûté la vie à cinquante chèvres. La proximité de sa mort avec cet incident indique qu’il a probablement été victime d’un empoisonnement, suite à des représailles des villageois. Mais rien n’est prouvé, car il a fallu un mois à la direction du parc national pour atteindre le corps en raison de la neige abondante et du terrain difficile - ce qui veut dire qu'elle n'a pas pu obtenir d'échantillons de tissus pour vérifier ce qu’il en était. Rappelons toutefois que la famille qui a perdu ces chèvres à Zebrong en avait déjà vu 101 autres massacrées par un léopard des neiges en avril dernier.
Le WWF et le parc national ont rapidement monté une autre expédition de pose de colliers dans la même zone en mai 2021. L'équipe a réussi à en attacher un au cou de deux autres mâles en bonne santé, baptisés Langyen et Ghangri Ghapi Hyul. Les photos du communiqué de presse montraient chaque animal ayant l'air un peu défoncé, portant des colliers noirs serrés auxquels étaient attachées deux boîtes grises, guère plus grandes qu’un paquet de cigarettes. Aucune mention n’était faite dans le communiqué des deux léopards morts l'année précédente. Il n'a fallu que quelques mois, pour que le collier GPS de Gangri Ghapi Hyul déclenche un mail urgent au bureau du WWF de Katmandou, indiquant que l’animal était probablement mort. Quelques jours plus tard, son corps était effectivement retrouvé, sans vie.
Trois léopards trouvés morts "de mort naturelle"
Dans la foulée, un porte-parole du Département des parcs nationaux et de la conservation de la faune du Népal a donc dû reconnaitre publiquement, et pour la première fois, que les trois porteurs de collier étaient bel et bien morts. Les causes "n'ont pas pu être déterminées de manière fiable", mais elles étaient très probablement naturelles, a-t-il précisé. Une explication qui relève certainement du vœux pieux, selon de nombreux membres de la communauté, des défenseurs de l'environnement et des responsables locaux.
Dès lors que faire face à ces attaques ? Ghana Shyam Gurung, représentant népalais du WWF, spécialiste du léopard des neiges pour l'organisation, fournit quelques éléments de réflexion. Grand, plutôt carré et modéré dans ses propos, cet expert rappelle qu’une pléthore de tactiques sont actuellement utilisées pour réduire les représailles des éleveurs. A savoir, la construction de corrals à l'épreuve des prédateurs dans les communautés locales, la formation des villageois, le soutien à la mise en œuvre de moyens de subsistance alternatifs, des bourses d'études pour les étudiants locaux et enfin le financement d'un tout nouveau programme d'assurance du bétail. Mais le WWF lui même admet qu'aucun de ces programmes n'a de portée suffisante pour éteindre complètement le conflit.
Une autre approche courante pour réduire la prédation du bétail consiste à s'assurer que les populations de proies sauvages sont saines et suffisantes pour soutenir la population locale de léopards des neiges. Mais force est de constater que le bétail constitue désormais une part essentielle du régime alimentaire des félins. Une étude menée dans le Dolpa a montré que dans les zones où les proies sauvages étaient particulièrement abondantes, les pertes au niveau du bétail étaient également importantes. Une autre étude, qui a analysé l'ADN contenu dans les excréments des léopards des neiges, a révélé que plus d'un quart des animaux consommés par les léopards des neiges était du bétail. "Nous devons donc chercher à gérer les conflits, pas à les éliminer", en conclut Suren Shrestha, responsable principal de programme du WWF au Népal.
Des aides dont ne profitent quasiment pas les bergers du Dolpa
En parallèle, le département de la conservation de la faune et des parcs nationaux du Népal a créé un fonds destiné à indemniser les pertes subies par les éleveurs dans tout le pays. Mais ces fonds restent bloqués dans le labyrinthe de la bureaucratie gouvernementale, et le montant reçu par les victimes peut varier énormément d'un cas à l'autre. L’essentiel du budget est en effet absorbé par les victimes d'attaques de tigres et d'éléphants le long de la frontière indienne. Selon Gopal Khanal, assistant du responsable de la conservation du parc Shey Phoksundo, le fonds a bien distribué l'an dernier un peu plus d'un million de dollars à des familles dans tout le pays mais seule une très petite partie est parvenue dans le Dolpa. Ces fonds "sont loin d'être suffisants", admet-il.
Sans compter que, pour les agriculteurs tels que Gurung, remplir le dossier nécessaire pour bénéficier d’une indemnisation suppose marcher cinq jours depuis Koma et franchir deux cols de près de 5500 mètres - un périple impossible pendant de nombreux mois de l'année, compte tenu de l’enneigement. Les frais de voyage à eux seuls peuvent s'élever à plusieurs centaines de dollars. Malgré tous ces obstacles, l’éleveur est allé au bout de la procédure et s'est vu promettre 200 000 roupies (1 670 euros) - une infime partie de la valeur réelle des chèvres, plus proche des 10 000 dollars. Mais un an plus tard, il attend toujours l'argent.

Lorsque le corps de Ghangri, le troisième léopard trouvé mort, a été retrouvé, il portait des signes de gale - une infestation parasitaire potentiellement mortelle, souvent le signe d'autres troubles immunitaires sous-jacents. Jigme Gurung, un scientifique travaillant avec le WWF dans le Haut-Dolpa, a récemment rencontré lui aussi de nombreux moutons bleus sauvages gravement malades ou morts, présentant des symptômes de gale. Il raconte qu’on lui a soumis des photos montrant d'autres léopards des neiges avec des symptômes similaires. Ce qui laisse penser qu'un nouvel agent pathogène pourrait se propager dans les zones montagneuses du Népal.
Pas de plan concret contre les virus
Cette menace invisible pourrait s'avérer bien plus mortelle que les représailles des éleveurs. On sait qu’au début de l'année, un léopard des neiges est mort du Covid dans un zoo américain. Selon Martin Gilbert, spécialiste de la santé des animaux sauvages basé à l'université Cornell, aux Etats-Unis, ces félins sont connus pour être particulièrement sensibles à des virus courants comme la maladie de Carré. Le scientifique rapporte également que des foyers de peste des petits ruminants, un virus extrêmement contagieux, ont également été relevés récemment dans les zones montagneuses du Népal. Or une épidémie de ce même virus a tué plus de 80 % de la population mondiale d'antilopes saïga de Mongolie en 2018.
Le WWF reconnaît que la maladie est une menace sérieuse pour la population de léopards des neiges au Népal, mais il n'a pas encore mis en place de plan concret pour y remédier. Le responsable de programme du l’ONG, Suren Shrestha, explique que réaliser une étude biologique précise dans un environnement tel que le Dolpa comporte de nombreux défis. A commencer par le transport d’échantillons de tissus congelés pendant un voyage de plusieurs jours vers les laboratoires de diagnostic de Katmandou.
Le Népal prévoit de mettre en collier huit autres animaux dans la partie centrale du pays au cours des prochaines années. Lorsqu'on lui a demandé si le WWF allait soutenir ces efforts de marquage, compte tenu des trois dernières morts dans le Dolpa, le représentant du Ghana, Shyam Gurung, a répondu par l'affirmative. Le WWF et le gouvernement népalais ont toujours affirmé que les décès de léopards n'étaient que le fruit de la malchance.
Ce printemps, Langyen, le dernier léopard des neiges porteur d'un collier encore en vie au Népal, a parcouru les collines et les pâturages au-dessus de Koma, son GPS transmettait régulièrement ses données de localisation. Grâce à son collier volumineux, les villageois ont pu l'identifier facilement, tout comme son goût pour le bétail local. À la mi-avril, Langyen avait déjà tué cinq des chèvres de Dakpa Gurung et deux jeunes yaks appartenant à ses voisins. Des rumeurs ont circulé selon lesquelles il était aussi impliqué dans le massacre de 25 chèvres dans le village tout proche de Nijal. Au début du mois de mai, le corps de Langyen a été retrouvé près du petit village de Nishal, à six kilomètres environ de Koma. Des responsables du parc national auraient prélevé des échantillons du corps et les auraient envoyés à des laboratoires de Katmandou pour des tests, mais la cause de la mort reste encore inconnue. Malgré des demandes répétées, le WWF et le département des parcs nationaux et de la conservation de la faune sauvage ont refusé de commenter l'incident.
Aujourd'hui, Gurung continue de mener ses chèvres dans les hauts pâturages autour de Koma, comme il le fait depuis des décennies. Il n'a d'autre choix que de supporter les pertes et d'essayer de reconstituer ses revenus. "Je veux pratiquer la compassion envers les léopards des neiges", dit-il en tripotant inconsciemment son chapelet usé, mais ils ont déjà tant de personnes puissantes qui veillent sur eux. Mais qui veille sur nous ?"
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