Guide de haute montagne, membre du PGHM de Chamonix, spécialiste du dry tooling, Jean-François Mercier, aka Jeff, est sans doute la référence en France de l’ice climbing, ou escalade de glace. D’ailleurs, l’Ice Climbing Ecrins, grand raout annuel organisé à l’Argentière la Bessée, dans les Hautes-Alpes, du jeudi 12 au dimanche 15 janvier, ne s’y est pas trompé : c’est lui qui ouvre l’Open international cette année. Lui aussi qui en parle avec passion et donne très envie de se lancer dans cette discipline fascinante, plus accessible qu’on ne le croit.
« A l’origine, il y a la cascade de glace, pratique elle-même dérivée de l’alpinisme et de l’escalade, qui consiste à grimper le long de formations glaciaires à l'aide de piolets et crampons en s'assurant par la mise en place de broches à glace », explique la Fédération française des clubs alpins et de montagne, délégataire de la discipline escalade de glace depuis décembre dernier. De quoi donner une nouvelle impulsion à ce sport de niche apparu dans les années 70, d’abord essentiellement en dehors d’un cadre de compétition.
Petit à petit, des épreuves ont vu le jour, et les premières règles communes pour régir l’escalade sur glace compétitive sont apparues en 1998. 2000 marque une étape dans l’évolution de la discipline avec la première Coupe du Monde Internationale organisée sur des structures artificielles avec des épreuves de vitesse et de difficulté. Aujourd’hui, un circuit mondial, l’Ice World Cup, est bien établi et la discipline, spectaculaire, très visuelle, se rêve d’olympisme. D’autant que le meilleur mondial, tenant du titre, est un Français, Louna Ladevant, qui domine la discipline aux côtés de son frère Tristan et fait partie de la sélection nationale mise en place par la FFCAM. Des athlètes qui désormais pourront prétendre au statut de sportif de haut niveau dans l’organisation de leurs carrières sportives et professionnelles. De quoi rendre plus attractive encore une discipline qui a plus d’un atout, comme nous l’explique Jeff Mercier, actuellement à Argentière la Bessée pour quatre jours à l’occasion de l’Ice Climbing Ecrins, événement offrant quantité d’ateliers d’initiation animés par des pros.
1. On peut commencer facilement, en toute sécurité
Apprivoiser la glace, identifier les voies, s’équiper en conséquence. Pas simple pour le novice. Aussi on ne s’attaquera jamais seul, sans encadrement, à une discipline exigeant un certain apprentissage. « L’Ice Climbing Ecrins, est une bonne opportunité pour découvrir ce sport », selon Jeff Mercier. « On te prête tout le matos, chaussures et crampons et surtout tu es encadré par des pros. Le tout pour 50 balles, ça vaut le coup quand tu sais qu’aujourd’hui une journée de guide tourne autour de 400 euros et que s’équiper peut t’en coûter jusqu'à 3000. Ce type d’événement, c’est le meilleur choix pour se lancer en toute sécurité, car en montagne, il faut avoir beaucoup d’humilité, et prendre le temps d’apprendre sur deux-trois jours. Bien encadré, tu vas dépasser tes limites. Et je sais par exemple que si tu grimpes du 5, en fin de journée, tu pourras grimper en tête. En un jour ou deux, tu peux être quasiment autonome.»
2. Ca demande beaucoup moins de force qu’on ne l’imagine
« Physiquement, je ne te cache pas que ça exige une petite condition physique quand même, mais beaucoup moins de force qu’on ne le croit. Manier un piolet, ce n’est pas comme planter un clou. Il y a toute une gestuelle à maîtriser pour évoluer avec le minimum d’effort, car si tu y vas trop fort tu tétanises et tu ne tiens pas les 60 mètres de ta voie. Alors avant de monter tu apprends à lire la cascade. Chercher le relief, la petite vire ou le passage entre deux stalactites, c’est hyper intéressant ».
3. Tu vas solliciter des muscles différents
« En station maintenant, sur la même journée tu peux faire du ski de rando, une balade en raquette ou de la cascade. Mixer les effort, musculairement, c’est sympa. »
4. Tu vas dépenser des calories
« Tu évolues dans un milieu froid, qui se rapproche du vertical, tu tires sur les bras, entre autres, forcément, tu vas brûler des calories.»
5. Tu te retrouves face à la montagne, à la nature, en toute humilité
« Ici, c’est la nature qui commande, ça change, dans notre monde où on s’habitue à tout contrôler. Là tu vas devoir t’adapter et naviguer en fonction des conditions, du terrain et de leur évolution. Tu apprends sur toi-même, tu te retrouves face à la nature, il fait froid, parfois tu as une bonne marche d’approche. Tu auras beau avoir des crampons à 1000 balles, si tu as peur du vide, tu ne pourras pas tricher. Mais le guide va t’expliquer comment ça se passe et à te rendre compte que la cascade, ce n’est qu’une partie infime de la montagne dont il faut tenir compte. C’est un des côtés sympas que tu peux découvrir.»
6. C’est toujours différent
« D’une année à l’autre, un cascade n’est jamais la même. Elle va évoluer en fonction du volume d’eau, de la direction et de la force du vent qui l’aura décalée. C’est vraiment intéressant d’observer cette adaptation du milieu.»
7. Tu apprends à gérer ton stress
« Bien encadré, tu peux aller très loin sur ce plan. Et se surpasser, les gens ça les grandit, ça les valorise, tu vas leur donner confiance en eux, ce qui va leur servir dans d’autres situations. Tu apprends aussi à garder ton calme, à te concentrer sur son objectif : les fondamentaux de la vie ! »
8. Tu es face à tes responsabilités
« Aujourd’hui tout est vachement normé, les prises dans les salles d’escalade etc. Mais dans la glace, il n’y a pas de norme ! il va falloir que tu prennes tes propres responsabilités. Tu te retrouves face à tes choix, à tes décisions. Tu essaies de faire au mieux, de discuter avec ton partenaire.»
9. Tu apprends à prendre le temps d’apprendre
« Dangereuse l’escalade de glace ? tout est dangereux. Mais c’est un milieu qu’il faut appréhender. Comme la mer. Moi je suis né en Haute-Savoie, maintenant j’habite à Ajaccio, chaque année, des gens s’y noient, c’est dangereux aussi. Et oui la montagne peut te cartonner direct. Moi j’ai failli mourir dans une avalanche, je n’avais pas su lire certaines alertes. La sanction peut être rapide. Mais si tu prends le temps d’apprendre, c’est intéressant.»
10. Tu retrouves des joies simples
« Partager ton thé avec tes compagnons de la journée, un bout de saucisson qu’un autre aura apporté… tu vis quelque chose avec les gens.»
11. Tu crées des liens forts
« Contrairement à d’autres sports, comme le ski par exemple, tu confies ton intégrité physique à des gens que tu ne connais pas. Si le mec ne fait pas job, c’est la chute et tu n’en sors pas en bonne santé. Forcément, ça crée des liens. Moi en tant qu’athlète, la pratique c’est ce qui me motive, mais ce sont les rencontres qui me font évoluer. Tu ne pratiques pas seul, et y’a forcément quelque chose qui se passe quand tu es pendu à 50 mètres du sol, assuré par un camarade.»
12. Tu découvres la beauté d’un sport éphémère
Pour la pratique, on a maintenant des tours de glace qui se sont développées, ça permet d’apprendre à taper un crampon, à visser une broche, mais de toutes façons, tu arrives toujours à trouver de la glace. C’est vrai qu’avec le réchauffement climatique - dont tu prends vraiment conscience là - la saison s’est un peu réduite mais en France tu peux pratiquer deux mois, de janvier à tout début mars. C’est une activité éphémère, donc tu vas y mettre plus d’énergie. Ce n’est pas comme le stade de foot près de chez toi, qui ne bouge pas; Du coup, tu en profites vachement plus ! Ca t’apprend aussi le plaisir de grimper quelque chose qui peut-être ne se reformera plus. A être là au bon moment.
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