S'abonner Se connecter
Outside
Outside : aventure training voyage culture
  • Aventure
  • Santé
  • Voyage
  • Société
  • Équipement
  • Films
  • Podcasts

Tout Outside, en accès illimité

Enquêtes, récits, reportages - sans publicité

✔︎ 30 jours gratuits
✔︎ puis 6,90€/mois ou 69€/an
✔︎ Annulable à tout moment

S'ABONNER

Tout Outside, en accès illimité

Enquêtes, récits, reportages - sans publicité

✔︎ 30 jours gratuits
✔︎ puis 6,90€/mois ou 69€/an
✔︎ Annulable à tout moment

S'ABONNER
Karel Sabbe Te Araroa Trail
  • Aventure
  • Trail Running

« Le Te Araroa ? C’est sans doute mon FKT le plus dingue », raconte Karel Sabbe

  • 14 mars 2025
  • 7 minutes

La rédaction Outside.fr Drew Dawson

Plus de 3 000 km et 80 000 de D + en 31 jours, 19 heures et 41 minutes… le dentiste gantois ajoutait le 17 février dernier un nouveau record à son CV déjà long comme le bras en réussissant à boucler la traversée de la Nouvelle-Zélande en un peu plus d’un mois. De quoi exploser de près de 18 jours le temps de George Henderson. Magistral, quand on sait que les très bons marcheurs le font en 100 jours, mais Karel se souviendra longtemps de cette aventure. Boue, sable, traversées de rapides, attaques de chiens sauvages, rien ne lui a été épargné.

Karel Sabbe est perdu. Il tourne en rond et crie, paniqué, à sa femme : « Où est la piste ? « Où est le sentier ? Où est la piste ?! ». Son mari est de retour en Belgique, il est en manque de sommeil et en plein décalage horaire, il est tout simplement somnambule. Elle le ramène donc gentiment à son lit. C'était la première nuit que Karel passait à la maison, après avoir établi son dernier FKT - 31 jours, 19 heures et 41 minutes - sur le sentier Te Araroa de Nouvelle-Zélande, un itinéraire qui s'étend sur 30 000 km, du nord au sud, le long des deux îles du pays, avec un dénivelé positif de 80 000 m. Les cauchemars, il connaît. Malheureusement, ils font partie du quotidien de l'ultrarunner et dentiste belge, qui en fait lors de toutes ses tentatives de FKT longue distance. « Ca commence quelques jours plus tard », explique-t-il. « Tout y passe. Un passage de marée, une rivière en crue, un kayak disparu. Cela me rend un peu triste, parce que je me réveille stressé. Honnêtement, c'est un peu gênant ».

carte Te Araroa trail
(Gaia GPS)

L’effort exténuant qu’il a dû faire en Nouvelle-Zélande est à la fois similaire et unique par rapport à d'autres épreuves de son palmarès. On pense bien sûr à son FKT sur le Pacific Crest Trail de près de 2 600 miles réalisé à deux reprises (2016 et 2023). Celui du sentier des Appalaches de 2 189 miles en 2018, de la Via Alpina courue à travers huit pays européens dans les Alpes (2021), ou encore à son arrivée à la Barkley Marathons, en 2023.

Karel Sabbe, 35 ans, voit un lien entre chacun de ces immenses parcours. La plupart sont l’aboutissement d'un rêve, dans un lieu tout nouveau pour lui. Mais pour ce 5e FKT, aux antipodes, le Belge retournait sur ses traces . Sur le sentier qui, il y a plus d'une décennie, avait fait naître en lui une passion pour l’ultra.

Karel Sabbe Te Araroa Trail
(Karel Sabbe)

Aux origines de son amour pour l'ultra

Juste après avoir obtenu son diplôme de dentiste, en 2012, Karel se cherchait un peu, avant d'entamer sa carrière. Il a donc pris un vol pour la Nouvelle-Zélande et décidé de parcourir tout le pays sur ce nouveau sentier qui venait tout juste d'être achevé. Au cours des six mois qui ont suivi, il est tombé amoureux de cette région extraordinaire offrant une diversité du terrain sans pareille. Il va y rencontrer un ultra traileur, Jez Bregg, celui-là même qui devait cette année-là établir le FKT sur le sentier. C’est lui qui lui fait découvrir ce sport, avec, au passage un triathlon d'une côte à l'autre, comprenant une course à pied de 22 miles sur un col de montagne, une randonnée à vélo de 86 miles et un parcours de 41 miles en kayak. Une épreuve que, deux ans plus tard, en 2014, le Belge devait lui aussi terminer. Or il s'avère que Karel Sabbe a un don pour les épreuves d'endurance. Très vite, il est passé du statut de novice à celui de légende.

Alors qu'il rêvait de sa prochaine course après le PCT en 2023, il s’est souvenu du Te Araroa, là où tout avait commencé pour lui. Le précédent FKT avait été établi en 2020 par George Henderson qui avait parcouru l'itinéraire en 49 jours, 14 heures et 27 minutes. Soit une moyenne de 37,5 miles par jour.

Karel Sabbe battra ce record de 17,5 jours, avec une moyenne de 59,6 miles par jour.

Karel Sabbe Te Araroa Trail
(Karel Sabbe)

Comment Karel Sabbe a établi le FKT du Te Araroa

Karel Sabbe a parcouru une grande variété de terrains dans le monde entier, mais aucun sentier n'est aussi diversifié que le Te Araroa. Bien qu'il n'ait pas l'altitude folle de ses FKT précédents, le Te Araroa compense par un mélange de plages de sable, de forêts subtropicales, de sections rocheuses techniques, de lignes de crête et de rivières où l’eau arrive à hauteur de poitrine, sans parler de sections qu’on ne peut franchir qu’en kayak.

« Mentalement, j'ai laissé tomber les notions de vitesse et de distance », raconte le Belge. « Mon objectif était de continuer à avancer sans être frustré par l'incroyable lenteur de la course. Cela signifie qu'il faut courir quand on le peut, même après avoir parcouru 20 miles en 10 heures.

C'est ce qu'il a vécu dès le début. Après avoir pris le départ vers 4 heures du matin le 16 janvier, le traileur a été confronté à 20 miles de plage. Suivis de forêts tropicales, et enfin de routes goudronnées. Des tronçons qui n’ont pas été les plus faciles. Surtout le troisième jour., quand Karel et son coach, Kobe Blondeel, ont été attaqués par des chiens sauvages. Une attaque dont le traileur est sorti sans trop de blessures, mais qui a laissé son partenaire avec une fracture du coude.

Côté nutrition, Karel Sabbe, grand fan du Seigneur des Anneaux, film tourné sur de nombreux sites qu’il a traversés lors de sa course, a adopté ce qu'il a appelé « la routine du Hobbit ». Petit-déjeuner ? Deuxième petit-déjeuner ? Snack de 11 h ? Déjeuner ? Thé de l'après-midi ? Dîner ? Il faisait toutes les pauses. Il commençait sa journée avec du Nutella, de la confiture, du saucisson ou une pâte à tartiner belge typique à base de viande séchée. Puis il mangeait des sandwichs au jambon et au fromage. Pour le déjeuner : quelque chose de consistant, du bacon et des œufs ou des crêpes. En cours de route, il avalait des trail mix, des Snickers, des bonbons, des boissons de nutrition sportive, des gels et d'autres substances faciles à digérer et à grignoter. Ce carburant le propulsait jour après jour, avec quelques ajouts en fonction de ce que son équipe pouvait trouver.

Au niveau santé, son corps a tenu le choc sur l’essentiel du parcours. Au milieu de l'île du Sud, il a quand même souffert d'une inflammation sur l'un des tendons de la cheville. Ce qui a provoqué un gonflement et une certaine gêne. Il n'a pu appliquer de la glace qu'en fin de journée, après avoir quand même parcouru près de 60 miles. « Il est très régulier », explique son coach, Henri De Veene. « Chaque jour, c'est plus difficile pour lui, mais le respect de sa routine l'aide à surmonter ses douleurs et la fatigue : il se lève 20 minutes avant de partir et de commencer à courir ou à marcher. Pour le reste, la course s'est déroulée sans encombre, à l'exception des défis logistiques quotidiens.

Karel Sabbe Te Araroa Trail
(Karel Sabbe)

Un cauchemar logistique

Le travail de Karel Sabbe a été grandement facilité par son équipe. Trois à six personnes, suivant les moments, ont géré pendant 31 jours d'affilée l'installation du campement. Toute cette planification incombait au chef d'équipe : De Veene, un compatriote belge qui a accompagné Sabbe tout au long de ses efforts, notamment lors de son FKT sur le PCT, en 2023. De Veene avait son propre programme quotidien de planification des points de rencontre et des traversées, du carburant, de l'hébergement, du camping et du transport. Il était concentré sur son objectif : permettre au traileur de traverser le pays le plus rapidement possible. Et il a dû parcourir lui-même près de 600 miles, dont environ 560 miles à pied et 40 miles en kayak.  

La location des kayaks a été l'un des points les plus complexes à gérer. Une première entreprise a refusé de leur louer le moindre bateau, en raison du niveau d'eau, potentiellement dangereux. Par ailleurs, alors qu'ils couraient le long de la côte, De Veene et Sabbe se sont retrouvés coincés sur une falaise après avoir mal anticipé la marée haute. « Nous avons dû traverser deux miles de falaises et, à nos pieds, l'océan s'écrasait sur les rochers », se souvient le traileur. « J'ai dû trouver un endroit pour passer entre les falaises et me mettre à l'abri. Nous avons perdu sept heures à attendre la marée ! ».

Les traversées de cours d'eau n’ont pas été simples non plus. Les règles du sentier stipulent qu'au bord d'une rivière ou d'un grand lac, il faut simplement trouver un moyen de passer de l'autre côté », explique le coach « Parfois, on partait en kayak. Parfois, on passait d'une île à l’autre, faute de pouvoir prendre le ferry ». Heureusement, le soutien des locaux n’a jamais fait défaut, sur leur route. Applaudissements, encouragements, dons de nourriture… La nouvelle de la tentative de FKT s'était répandue en Nouvelle-Zélande, et sur son passage, les habitants étaient fascinés et proposaient spontanément leur aide : un passage en bateau, quelques heures de courses avec lui sur les sentiers ou en mer. « Sans l'aide des habitants, nous aurions peut-être perdu quelques jours », reconnaît le coach.

Karel Sabbe Te Araroa Trail
(Karel Sabbe)

Sa dernière ligne droite

Comme toujours pour Karel Sabbe sur un FKT, les deux derniers jours avant l’arrivée ont été marqués par une privation de sommeil et une augmentation du kilométrage. Le traileur a ainsi décidé de parcourir les 134 derniers kilomètres du Te Araroa en une seule fois.

La première journée de 18 heures s'est déroulée sans problème. Mais après trois heures et demie de sommeil seulement, il a affronté une section difficile dans la forêt de Longwood, tristement célèbre pour sa boue, avant d'entamer ce qui allait être un effort final de 22 heures et d'environ 70 miles. Cette section de 25 miles leur a pris environ 11 heures. A leurs pieds, Karel Sabbe et son coach avaient accumulé un kilo de boue sur chaque chaussure. Puis les attendaient 12 miles sur la plage, avant d'atteindre la route de Stirling Point.

Alors qu'ils la remontaient dans la nuit, les deux hommes ont aperçu au loin la lumière d'une torche. Ils pensaient qu'il s'agissait de leur équipe, mais c’était 25 Kiwis qui les encourageaient, massés au bord de la route ! Un gros moment d'émotion pour le Belge, qui a alors réalisé que la fin était proche. Pendant l’heure qui a précédé son arrivée, il n’a cessé d'en pleurer. Puis, vers minuit, il a gravi une petite colline de 250 mètres. Là, l'attendaient sa famille, son équipe et quelques habitants.

La boucle était bouclée.

« Ce que j'ai appris lors de ce premier triathlon côte à côte, c'est que lorsque vous courez dans un paysage magnifique, peu importe que vous souffriez ou que vous ayez des difficultés.  C'est un privilège d'être là. » a-t-il déclaré à son arrivée.

Karel Sabbe Te Araroa Trail
(Karel Sabbe)

Prochaine étape pour Karel Sabbe ? L’UTMB

Deux semaines après la fin de son périple, Karel Sabbe continuait de récupérer. Il ne fait plus de cauchemars, et il pense déjà son prochain objectif : l'UTMB 2025, pour lequel il s’est qualifié en terminant septième de l'Ultra-Trail Cape Town en novembre dernier. Dans cette perspective, le spécialiste du FKT raconte que, d'ici le 29 août, il va se concentrer sur la vitesse. Il connaît bien les Alpes et a même participé à la TDS, un 91 miles en 2017. 

« Je ne me fais pas d'illusions, mais cela m'excite », dit-il. « C'est quelque chose d'entièrement différent. La plupart de mes courses se font en solitaire. Là, il y aura des drones, des hélicoptères et 2 000 personnes au départ. J'ai cinq mois pour travailler ma vitesse. Ensuite, je pourrai voir ce qui est possible ».

En ce qui concerne ses futurs FKT, le traileur belge dit ne pas avoir de projet en cours pour l’instant. Cela dit, il lui a fallu un an pour réaliser qu'il voulait courir l'Appalachian Trail et le Pacific Crest Trail après les efforts fournis auparavant… mais il avoue qu’il y encore quelques sentiers qu'il aimerait bien parcourir.

Karel Sabbe Te Araroa Trail
(Karel Sabbe)

La suite est réservée aux abonnés

Déjà abonné ? Se connecter
Votre premier article est offert
LIRE GRATUITEMENT
ou
S'ABONNER
  • Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
  • Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
  • Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€

À lire aussi

UTMB Nice
La rédaction

L’UTMB Nice Côte d’Azur sous les menaces d’Eric Ciotti

Alexis Trougnou
Marina Abello Buyle

« Ma maladie, j’en joue pas. Je vis avec », Alexis Trougnou, premier para-athlète à signer un FKT sur le Kilimandjaro

Michel Poletti
Marina Abello Buyle

Le Chemin de Compostelle de Michel Poletti : relier les courses de l’UTMB à pied

David Parrish

Il courait pour un ami disparu : un ultra-traileur meurt sur le Cape Wrath Trail

Plus d'articles

Outside le magazine de l'outdoor

Outside entend ouvrir les pratiques et la culture outdoor au plus grand nombre et inspirer un mode de vie actif et sain. Il s’adresse à tous ceux qui aspirent à prendre un grand bol d’air frais au quotidien et à faire fonctionner leurs muscles comme leurs neurones avec une large couverture de l’actualité outdoor.

Newsletter

L’aventure au cœur de l’actualité. Chaque vendredi, les meilleurs articles d’Outside, directement dans votre boîte mail.

Liens

  • A propos d’Outside
  • Abonnements
  • Retour d'aventure
  • Mentions Légales
  • CGV
  • Politique de confidentialité
  • 1% for the Planet
  • Offres d’emploi
© Outside media 2026
Activer les notifications