Après la 8e victoire samedi de Rachid El Morabity lors de cette course de 227 km en six étapes courue sous une chaleur frôlant les 50°C, tout porte à croire que les Marocains sont et resteront les maîtres du désert. De là à condamner les non locaux à faire de la figuration au pied du podium ? Pas si sûr, si l’on en juge par la 3e place décrochée pour la deuxième fois, par le Français Mérile Robert et la détermination d’un Mathieu Blanchard, 5e, bien décidé à prendre sa revanche. Quel est le secret du clan Morabity ? Quelles leçons tire Mathieu de cette expérience ? Interviews express des frères Morabity et du coureur de chez Salomon, rencontrés à leur arrivée.
2011, 2014, 2015, 2016, 2017, 2018, 2019… seul le Covid aura sans doute empêché Rachid El Morabity, l’ainé du clan Morabity, de n’ajouter « que « une 8e victoire au Marathon des Sables à son palmarès. Plus que deux donc, et le Marocain atteindra le record de son compatriote, Lahcer Ahansal, qui de 1997 à 2010 a régné en maître sur la course. Même omniprésence des Marocains côté féminin, où Aziza Raji, s’est imposée cette année. Une première pour elle, mais sans surprise. Lors de l’édition précédente, rappelons qu’elle était déjà sur la deuxième marche du podium. Aussi le Maroc voit-il déjà en elle la relève de Touda Didi, victorieuse des éditions 2008 et 2009. Les Marocains seraient-ils invincibles sur leur terrain ?
Quel est donc le secret des frères Morabity ?




Rachid El Morabity : "l'UTMB ? Pourquoi pas ?"
Vainqueur de deux étapes (la première et la quatrième), l’ainé des Morabity, 39 ans, s’est assuré une confortable 2e place sur les deux autres. De quoi garder des forces pour l’étape longue du 4e jour (82,5km) où il s’est imposé, en solitaire.
La victoire, une question de terrain ? « Pas vraiment », réfute-t-il. « C’est une question de travail, de concentration, de gestion et de mental. C’est pour ça que les Marocains gagnent ».
Le MDS, une épreuve vraiment difficile, même pour les Marocains ? « Oui, vraiment car on s’était entraîné, puis ça a été annulé, à cause du Covid. Puis on a repris l’entraînement. Alors, cet année, on n’était pas en forme, avec cette annulation. Et puis aussi il y a eu la chaleur, très très chaude cette année. C’est la course la plus difficile que j’ai jamais faite ».
A-t-il un entraînement spécifique ? « Je fais du fractionné, de la musculation, du vélo et de la natation, pour le renforcement musculaire. Et je ne me blesse pas », dit-il.
Et côté mental ? « C’est important, pour arriver à l’objectif. Ce qui me fait tenir ? Beaucoup de choses. Penser aux victoires, aux amis, à la famille. »
Que lui apporte la course à pied ? « Beaucoup de choses, La course a changé ma vie, dès mon premier MDS. Grâce à ça, j’ai pu faire des courses en Europe, visiter pas mal de pays et rencontrer beaucoup de gens et Et puis bien sûr, ça me permet d’être dans le désert. »
Et quand il ne court pas ? « J’organise des trekkings dans le désert. Notamment pour des gens qui viennent pour s’entrainer pour le MDS. »
Bientôt sur l’UTMB ? « J’ai déjà fait l’OCC et la CCC, mais l’UTMB pas encore. Ce n’est pas mon terrain, mais avec un peu de temps de l’entraînement à Chamonix, pour m’habituer au froid et à l’altitude, alors pourquoi pas ?

Mohammed El Morabity: "la course, c'est mon travail"
Avec son frère Mohamed – et deux fidèles lieutenants sur le parcours - on peut dire que les Marocains auront mené la course cette année encore, déployant ainsi une admirable stratégie. Qu’en pense Mohamed, 2e sur le podium cet année ?
La victoire, une question de terrain ? Incontestablement pour lui, mais pas que. « Si on gagne, c’est parce qu’on s’entraîne bien et sur notre terrain. Chacun son terrain, les Français s’entrainent pour l’UTMB, et nous pour le MDS. Mais c’est l’entrainement qui fait la différence.
Le MDS, une épreuve vraiment difficile, même pour les Marocains ? C’est toujours une course dure, c’est la plus dure que j’ai jamais faite, car tu ne manges pas, et il n’y a pas de douche. Et surtout, il faut courir sur plusieurs jours, six jours. Ce qui est vraiment dur, c’est d’enchaîner les jours. En plus cette année, la chaleur a été difficile à gérer.
A-t-il un entraînement spécifique ? « Je m’entraine, chez moi, avec notre coach qui nous donne un programme chaque jour. On s’y prépare pendant un an. Et on reviendra en Avril, inchallah. On aura moins de temps, mais ça va aller, inchallah ! »
Et côté mental ? « Le mental, je le renforce quand je reste avec ma famille. Quand je cours, je pense à eux, ça m’aider à avancer. Je pense aussi aux sponsors. »
Que lui apporte la course à pied ? « C’est mon travail. Ca me permet de gagner ma vie. Je dois beaucoup à mes sponsors qui m’ont permis d’avoir ces résultats. Au départ j’aimais courir, puis j’ai vu que j’étais doué et je me suis concentré sur la course. Ca a changé ma vie. Grâce à la course, les gens sont proches de toi, c’est ça que j’aime bien. Mais j’aime aussi profiter de la nature, du paysage. »
Que fait-il quand il ne court pas ? « Je fais des stages de marathons , comme ça je reste dans le sport, et j’ai un riad à Zagora (sud du Maroc, ndlr). »
Bientôt sur l’UTMB ? « Oui, j’espère, inchallah ! C’est mon grand objectif !
Comment gagner la MDS ? Trucs et conseils de Mathieu Blanchard
Un des rares coureurs pro sur cette course, le Français de la team Salomon, 3e à l’UTMB cette année, visait le podium, si sa forme le lui permettait. Ou tout simplement finir aussi bien que possible cette épreuve à mille lieux de son terrain habituel, qu’il courait pour la première fois. Des soucis de santé en auront décidé pour lui, il est 5e au classement, la 3e place qu’il aurait peut-être pu envisager allant à un autre Français, Mérile Robert.
Que retire Mathieu de cette course ? Les Marocains sont-ils invincibles ? Va-t-on le revoir au Maroc ? Quels conseils et trucs donnerait-il à un candidat au MDS ? Réponses dans une interview enregistrée peu après son arrivée.
MDS 2021 : classement général provisoire hommes
1 – Rachid EL MORABITY – MAR – 21:17:32
2 – Mohamed EL MORABITY – MAR – 21:32:12
3 – Mérile ROBERT – FRA – 22:39:02
4 – Aziz YACHOU – MAR – 21:41:46
5 – Mathieu BLANCHARD – FRA – 25:01:23
Classement général provisoire femmes
1 – Aziza RAJI – MAR – 30:30:24
2 – Tomomi BITOH – JAP – 34:39 :17
3 – Aïcha OMRANI – FRA – 35:47:48
4 – Hassna HAMDOUCH – MAR – 36:01:59
5 – Elise CAILLET – FRA – 36:27:15
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