Saviez-vous qu’il était possible de parcourir les sentiers du GR20 en hiver ? Si l’intégralité du parcours, appelé l’Alta Strada, est réservée, au vu de son engagement, aux plus expérimentés, de nombreux tronçons demeurent accessibles en randonnée ou en raquettes, nous explique Louis Moulenc, accompagnateur en montagne. Enfant du pays connaissant chaque recoin de l’île, il nous a confié de précieux conseils, à lire pour partir en toute sécurité sur les sentiers.
Considéré comme le plus dur des treks d’Europe, et surtout l’un des plus beaux de par la variété de ses paysages, le GR20 traverse la Corse entière sur près de 200 km du Nord-Ouest au Sud-Est en suivant les crêtes le long de la ligne de partage des eaux. Très fréquenté en été, il demeure méconnu en hiver - la neige rendant son accès bien plus difficile, mais pas impossible.
Quel est le niveau d’expérience requis ? Est-il possible de parcourir des tronçons plus accessibles que d’autres ? Quelles sont les conditions d’enneigement actuelles ? Quel équipement doit-on prévoir ? Explications de Louis Moulenc, accompagnateur en montagne, originaire d’un village non loin du GR20, à côté de la station de ski d’Asco.
Le GR20 est-il possible en hiver ?
Oui, totalement ! Par contre, on ne parle plus de randonnée pédestre. C’est plutôt du ski, voire même par endroit, de l’alpinisme, et ce jusqu’à la fin mai. D’ailleurs, on n’appelle plus ça le GR20 mais l’Alta Strada, la Haute Route. À savoir que l’on ne passe pas aux mêmes endroits qu’en été, mais dans la même vallée. Il ne faut donc pas se fier au balisage d’été. D'ailleurs on ne le voit pas - il est souvent sous la neige. Comparé à l’été, la fréquentation est anecdotique. Je ne sais même pas s’il y a des guides qui le font chaque année, surtout en entier [retrouver le détail des étapes ici, ndlr].
Quel est le niveau d’expérience requis pour parcourir l’Alta Strada ?
Comme il s’agit de ski de randonnée, voire d’alpinisme pur, ce parcours est donc réservé aux personnes expérimentées. Contrairement à l’été, on ne peut pas s’y aventurer aisément. Parce qu’il faut savoir skier, toutes les neiges.
Est-il possible de parcourir des tronçons plus accessibles ?
Certaines portions sont praticables soit à pied, soit en raquettes, en fonction de l’enneigement comme le Plateau du Cuscionu, les zones forestières de Ghisoni, Vizzavona, Verghio ou encore le Ninu. Le Sud, c’est plus vallonné, plus loin des 30° de pente. On a un panel de petits sentiers bien sympas. Sur le côté Nord, c’est quand-même vite pentu. Mais en général, ce sont souvent des locaux qui viennent faire ça. Par exemple, cette année, je n’ai qu’un seul groupe qui vient du Continent.
Tout l’hiver, je travaille en raquettes, dans la vallée d’Asco. Je ne monte pas jusqu’au cirque de la Solitude parce qu’en tant d’accompagnateur en moyenne montagne, on est limité en termes de pentes - les avalanches se déclenchant au-delà de 30°. L’avantage de la raquette, c’est que c’est hyper accessible. Si on ne va pas dans des endroits gelés, trop pentus, on ne devrait pas se faire mal. C’est vraiment ludique. Beaucoup de gens viennent louer des raquettes pour partir seuls.
Quelles sont les conditions actuelles ?
Difficile de répondre précisément à cette question, trop de facteurs entrent en compte : versant, précipitation, vents… À titre d’exemple, l’an dernier, j’ai skié à Asco [au nord de la Corse, ndlr] à partir du 14 décembre - on avait une belle sous-couche et 50 centimètres de poudreuse. Cette année, il n’y a, pour le moment, pas un brin de neige. Les hivers sont de plus en plus secs.
Dans tous les cas, on a vraiment de beaux paysages. Par contre en termes de neige, on n’est pas très gâtés, il faut bien le dire. C’est très changeant, vite croûté. Alors que sur le Continent, dans les Alpes par exemple, tout est beaucoup plus pérenne.
Quel équipement recommanderais-tu ?
L’utilisation de raquettes est extrêmement localisée. Ce sont des endroits où il ne faut pas qu’il y ait trop de pentes, en dessous de 30°. On qualifie ces zones de "nordiques", où le risque d’avalanche est faible.
Au-delà des 30°, sur la partie Nord surtout, là où les faces sont parfois gelées, il faut au minimum crampons, piolets et cordes qui peuvent aussi être accompagnés de skis.
C’est toujours pareil. Il faut le fond de sac même si la journée est annoncée belle. Comme l’été, il faut le coupe-vent, le bonnet, les gants, des lunettes de soleil, une veste chaude, un pantalon de montagne - pas de ski. Et des bonnes chaussures. Avec mes clients, je suis extrêmement regardant là-dessus. Même si on est isolés du sol, de la neige. Mais avec des chaussures trop souples, le pied a tendance à sortir de la fixation.
Les refuges restent-ils accessibles ?
Ils demeurent tous ouverts. Par contre, il n’y pas de gardien ni de possibilité d’avoir un repas chaud. [Rappel : les refuges appartenant au Parc Naturel Régional de Corse (PNRC) sont gardés de la mi-mai à la mi-octobre, ndlr]
Étape 1 – Le Monte Renoso
Départ du Val d’Ese pour l’ascension du Monte Renoso (2 357 m). Descente de la vallée Longa jusqu’à la station de ski de Ghisoni à 1 586 mètres d’altitude.
D+ : 1189 m
D– : 1209 m
Étape 2 – Le col de Vizzavona
Montée vers le sommet de l’Oriente dit “Punta dell’Oriente” (2 111 m) puis descente à ski jusqu’au col de Vizzavona et son petit hameau (1 163 m).
D+ : 782 m
D– : 1212 m
Étape 3 – Le Monte d’Oro
Remontée du vallon de l’Agnone. Passage au pied du Monte d’Oro (2389 m) direction la Bocca Muratello (2 141 m) pour profiter de la pente qui se dirige vers le refuge de l’Onda (1 430 m).
D+ : 1064 m
D– : 666 m
Étape 4 – Le Pinzi Curbini
Randonnée alpine jusqu’au sommet de la ligne de partage des eaux “Pinzi Curbini” (2 021 m). Passage au col Manganello avant de rejoindre le refuge de Petra Piana (1 991 m).
D+ : 666 m
D– : 255 m
Étape 5 – Les Lacs de Melo et de Capitello
Ascension à travers les crêtes pour atteindre la Brèche de Capitello nommée “Bocca alle porte” (2 225 m). Puis, descente vers le refuge de Manganu (1 600 m).
D+ : 977 m
D– : 1118 m
Etape 6 – Le monte Rotondo
Traversée de plateau du Camputile pour gravir le massif du Rotondo et sa Punta Artica (2 327 m). Descente par la vallée du Niolu pour gagner Calacuccia (847 m).
D+ : 977 m
D– : 1118 m
Étape 7 – La Paglia Orba
Passage aux abords de la Paglia Orba (2525 m) et du Capu Tafunatu avant de monter au sommet Nord de la Punta di Tula (2 041 m). Nuit au refuge de Tighjettu (1 991 m).
D+ : 1125 m
D– : 842 m
Étape 8 – Le Monte Cinto
Ascension jusqu’à la pointe des Eboulis et sa Bocca Crucetta (2452 m). Panoramique sur le Monte Cinto (2706 m) et descente à ski en direction de la station de ski d’Asco.
D+ : 1125 m
D– : 842 m
"GR 20 : la montagne corse en plein hiver", une vidéo de 17 minutes, réalisée par Xavier Bourgeois, pour se faire une idée de l’ambiance hivernale de la Corse
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