S'abonner Se connecter
Outside
Outside : aventure training voyage culture
  • Aventure
  • Santé
  • Voyage
  • Société
  • Équipement
  • Films
  • Podcasts

Tout Outside, en accès illimité

Enquêtes, récits, reportages - sans publicité

✔︎ 30 jours gratuits
✔︎ puis 6,90€/mois ou 69€/an
✔︎ Annulable à tout moment

S'ABONNER

Tout Outside, en accès illimité

Enquêtes, récits, reportages - sans publicité

✔︎ 30 jours gratuits
✔︎ puis 6,90€/mois ou 69€/an
✔︎ Annulable à tout moment

S'ABONNER
Tim Marklowski
  • Aventure

De la Corse à la Sardaigne, par le GR20 et le Selvaggio Blu : l’enchaînement « by fair means » de Tim Marklowski

  • 6 octobre 2025
  • 4 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

« Pour la beauté de la ligne »… il ne faut pas chercher plus loin pour comprendre ce qui a conduit le guide suisse Tim Marklowski à relier en septembre la Corse et la Sardaigne à la seule force de ses jambes, de ses bras et de sa volonté. En 16 jours, il a enchaîné le GR20, traversé à la nage le détroit de Bonifacio et bouclé le Selvaggio Blu — deux des treks les plus exigeants d’Europe — by fair means. Une première. Forcément aussi un record, mais là n’est pas la question pour lui. « Ce n’était pas une course contre la montre, mais un voyage continu, fluide, entre la mer et la montagne », explique ce puriste, démontrant ici une cohérence rare.

Pas de post sur les réseaux : Tim Marklowski les fuit comme la peste. Du coup, peu d’échos de son dernier exploit. Seulement deux articles dans la presse étrangère, PlanetMountain et Bergsteigen.com, plutôt factuels. Le guide de haute montagne IFMGA basé à Berne, géographe de formation scientifique et également journaliste à ses heures, aurait pourtant de quoi raconter. En septembre, il a signé une première : la combinaison du GR20 corse et du Selvaggio Blu sarde, reliés uniquement par des moyens non motorisés.

« J’ai toujours été attiré par les projets à la fois beaux et logiques »

Le concept : partir du nord de la Corse, rejoindre le départ du GR20, Calenzana, à vélo, parcourir le sentier en autonomie, descendre jusqu’à Bonifacio, traverser à la nage le détroit de Bonifacio. Puis, arrivé en Sardaigne, remonter en selle jusqu’à Pedra Longa avant d’enchaîner le Selvaggio Blu, sentier très technique, pratiquement pas balisé, moins connu que le corse, mais tout aussi exigeant, voire plus encore. Pour résumer, un triathlon géant de montagne et de mer — 900 km pour 25 000 m de dénivelé positif — sans assistance motorisée, que le Suisse a bouclé entre le 7 et le 22 septembre 2025. Soit 16 jours au total, dont 12 de mouvement effectif et 4 d’attente météo pour la traversée de mer.

Tim MarklowskiTim MarklowskiTim Marklowski

Un enchaînement inédit, réalisé intégralement by fair means : sans moteur, sans palmes. Et sans objectif de record. Sa quête est ailleurs. « J’ai toujours été attiré par les projets à la fois beaux et logiques », raconte-t-il à PlanetMountain. « En regardant les cartes, ce qui m’a vraiment frappé, c’est l’esthétique de ce projet, que j’aime appeler la connessione perfetta, la connexion parfaite. Quelle coïncidence que les deux treks les plus durs d’Europe se trouvent sur deux îles si proches qu’on peut nager de l’une à l’autre ! Il fallait que j’aille voir par moi-même de quoi il retournait. »

Le guide est donc allé voir. Et pas par la voie la plus facile. Sur le GR20, il a choisi la variante alpine, réputée la plus technique (180 km et près de 13 000 m de dénivelé). De Calenzana à Conca, il a mis cinq jours au lieu des quinze habituellement prévus, traversant les crêtes du Monte Cinto, du Renosu et du Bavella avec un sac minimaliste et un ravitaillement limité. Là, pas de chrono, mais un rythme constant : lever avant l’aube, progression allégée, bivouac sommaire. Sa logistique se limite à ce qu’il transporte lui-même ; aucun dépôt ni portage. Ce choix d’autonomie s’inscrit dans une logique qu’il revendique depuis des années, notamment lors de ses interventions pour Mountain Wilderness Suisse, où il plaidait pour une pratique « autonome, consciente et compatible avec les milieux traversés ». Dans un entretien accordé en 2021 à CIPRA International en 2021, il résumait déjà sa position : « Nous devons réfléchir à la manière dont nous nous rendons en montagne ; chaque déplacement motorisé compte. »

Le Selvaggio Blu, un sentier « vraiment sauvage, et sans pitié »

Arrivé à Bonifacio, le Suisse doit patienter quatre jours avant que la mer ne s’apaise. Le 17 septembre, il se met à l’eau pour une traversée de 13,1 km entre la Corse et la Sardaigne, accompagné d’un bateau de sécurité et d’un second nageur. Pas de palmes, pas d’aide à la propulsion, aucun contact avec le bateau, même lors des ravitaillements. Il porte seulement une combinaison néoprène, nécessaire pour les méduses et les remous. Il mettra 4 h 03 pour rejoindre la côte sarde, nageant sans relâche dans une eau claire « incroyablement bleue ».

Sitôt arrivé sur la côte sarde, Tim reprend la route. Il traverse l’intérieur de l’île jusqu’à Pedra Longa, point de départ du Selvaggio Blu. Ce trek, ouvert dans les années 1980, longe sur une soixantaine de kilomètres les falaises calcaires du golfe d’Orosei. Il est réputé pour sa technicité. Sur le sentier truffé d'épineux : des passages d’escalade, des rappels de plus de 40 mètres, et une navigation complexe dans un maquis sans points d’eau. Les équipes guidées mettent habituellement cinq jours pour le parcourir avec un soutien logistique. Marklowski le boucle, lui, en deux jours, avec un seul ravitaillement à mi-parcours (eau, nourriture et corde de rappel). C'est incontestablement la partie la plus engagée du projet : « vraiment sauvage, et sans pitié », dira-t-il à l’arrivée. Un choix qui n'étonne pas quand on connaît le parcours du Tim.

Une seule option : « le noble métier de guide de montagne »

Avant de devenir guide, il a travaillé pendant presque dix ans dans la protection de l’environnement. Sur son site, baptisé Lines Guiding, il écrit : « Après neuf années passées derrière un ordinateur pour une organisation environnementale de référence, j’avais mal au dos… et aux yeux. La seule option qui s’imposait alors, c’était le noble métier de guide de montagne. »

Depuis 2022, il exerce donc à plein temps comme guide IFMGA, partageant ses sorties entre escalade, ski de randonnée et formation à la sécurité. Très impliqué également au niveau environnemental, notamment auprès de Protect Our Winters, il collabore avec Mountain Wilderness Suisse sur des campagnes de sensibilisation contre la motorisation des zones de montagne. Attentif au cycle complet de sa pratique — de la matière première au geste sur le terrain — on le voit aussi, en 2021, s’intéresser à la filière du matériel et dénoncer le manque de transparence de la production d’équipements, dans un article co-signé pour Lacrux.

Son dernier périple, de la Corse à la Sardaigne, entre dans cette logique. Dans son entretien à PlanetMountain, Marklowski insiste d’ailleurs sur la notion de flux qu’il recherchait : "un voyage continu entre mer et montagne, sans rupture entre les disciplines". Le vélo relie les sentiers, la nage comble le vide entre les îles, la marche donne le tempo. Le tout s’inscrit dans un itinéraire logique et cohérent, où chaque mode de déplacement prolonge le précédent. Une conception rejoignant celle du slow alpinism : prendre le temps de l’effort, respecter la topographie naturelle, réduire son empreinte. De Calenzana aux plages de Su Giudeu, Tim Marklowski a ainsi tracé une ligne d’une rare cohérence. Son enchaînement des deux treks n’est pas une démonstration de force. Loin des records et des likes, il trace une autre voie : celle de la beauté de la ligne, du mouvement juste.


De la Corse à la Sardaigne, les chiffres clef de la traversée

GR20 (Corse)180–200 km~13 000 m D+5 joursSolo, autonomie
Vélo (liaisons Corse + Sardaigne)~640 km~7 200 m D+6 jours cumulésAutonomie complète
Nage (Bonifacio – Sardaigne)13,1 km—4 h 03Sans palmes, avec bateau de sécurité
Selvaggio Blu (Sardaigne)50–60 km~4 500 m D+2 joursAssistance ravitaillement mi-parcours
Total~900 km~25 000 m D+12 jours de mouvement / 16 jours au totalBy fair means

Sources : PlanetMountain, Bergsteigen.com

La suite est réservée aux abonnés

Déjà abonné ? Se connecter
Votre premier article est offert
LIRE GRATUITEMENT
ou
S'ABONNER
  • Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
  • Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
  • Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€

À lire aussi

Nonza vue aerienne
La rédaction

Un « mini-GR20 » sur le Cap Corse devrait voir le jour d’ici 2027

Sebastien Raichon GR20
La rédaction

Sébastien Raichon signe un nouveau record du GR20 en autonomie totale

Sébastien Raichon sur la Swiss Peaks
Coralie Havas

Trail running : Sébastien Raichon signe le premier FKT sans assistance du GR20

Sébastien Raichon sur la Swiss Peaks
La rédaction

Trail running : Sébastien Raichon sur le GR20 pour le premier FKT sans assistance

Plus d'articles

Outside le magazine de l'outdoor

Outside entend ouvrir les pratiques et la culture outdoor au plus grand nombre et inspirer un mode de vie actif et sain. Il s’adresse à tous ceux qui aspirent à prendre un grand bol d’air frais au quotidien et à faire fonctionner leurs muscles comme leurs neurones avec une large couverture de l’actualité outdoor.

Newsletter

L’aventure au cœur de l’actualité. Chaque vendredi, les meilleurs articles d’Outside, directement dans votre boîte mail.

Liens

  • A propos d’Outside
  • Abonnements
  • Retour d'aventure
  • Mentions Légales
  • CGV
  • Politique de confidentialité
  • 1% for the Planet
  • Offres d’emploi
© Outside media 2026
Activer les notifications