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Le Greater Patagonia Trail, ce sentier qui « humilie les orgueilleux »

  • 10 juin 2019
  • 6 minutes

Matt Maynard Matt Maynard Photographe, écrivain, traducteur et guide de montagne dans les Andes, Matt Maynard est également connu pour ses ultramarathons chiliens entre le désert d'Atacama et la Patagonie.

Le Greater Patagonia Trail (GPT) traverse les Andes sur 3 000 km, de Santiago du Chili au Fitz Roy. Pour ceux qui seraient tentés, sachez que ni l’endurance, ni la transpiration n’en sont le sésame. Notre journaliste raconte son expérience de cet itinéraire insensé.  

Fin 2017, j’ai contacté Jan Dudeck, ingénieur et aventurier allemand. Après dix ans d’efforts, il touchait enfin son rêve du doigt : tracer un itinéraire de grande randonnée entre le Chili et l’Argentine, au cœur des Andes. Le Greater Patagonian Trail (GPT) couvre aujourd’hui 3 000 km, de Santiago au Fitz Roy, le Graal des sommets argentins.

"Cette grande randonnée récompense les plus humbles, et humilie les orgueilleux”, m’a répondu Jan Dudeck dans son e-mail. Logique. Depuis 2014, je fais des trails assez techniques dans les Andes et y pratique en parallèle l’alpinisme, l’escalade et le bikepacking. Je vis à Santiago, au Chili, et connais bien l’épineuse question de l’accès à la nature sauvage dans cette partie sud du continent. Il n’en a pas fallu beaucoup pour que son projet me séduise d’emblée.

Un condor solitaire vole au-dessus de point de départ du GPT.
Un condor solitaire vole au-dessus de point de départ du GPT. (Matt Maynard)

Les premières anecdotes sont venues directement de Jan Dudeck et son équipe, ceux-là même qui ont collaboré à la traversée de rivières glaciaires, à l’ouverture des sentiers et au débroussaillement, à l’instar des pionniers. L’absence de balisage et de reconnaissance officielle du tracé du GPT ont rendu ces défis encore plus complexes.

L’itinéraire fou de l’Allemand traverse aujourd’hui un territoire d’arrieros (muletiers) et des villages où vivent des peuples indigènes. Deux cents kilomètres séparent parfois deux points d’approvisionnement. Entre eux, un ou plusieurs sommets de 3 000 mètres. L’accès à certaines portions du tracé nécessite de la diplomatie, une négociation sur la corde raide. Seuls trois aventuriers ont jusqu’ici joué les bonnes cartes linguistiques, techniques et logistiques pour venir à bout du labyrinthe de Jan Dudeck.

Un arriero et son fils redescendent le bétail des pâturages, aux pieds de la cordillère des Andes.
Un arriero et son fils redescendent le bétail des pâturages, aux pieds de la cordillère des Andes. (Matt Maynard)

L’épouse de Jan Dudeck, Meylin Ubilla, est chilienne. Avec lui, elle a sillonné le sud de son pays et l’Argentine, le long des quelques itinéraires existants. Avec lui, elle a tricoté et donné vie au GPT. L’idée en est venue à l’Allemand en 2012. De retour en Europe, après un trek à cheval en Amérique du Sud, il retrace, grâce à l’imagerie satellite, le chemin emprunté par son guide. "On ne le voyait pas en continu, mais suffisamment pour imaginer les passages possibles sur place." Les étroits sillons de 30 cm, creusés par les arrieros et les Pehuenche avec leur bétail, sont visibles sur des clichés pris depuis l’espace. Une révélation pour Jan Dudeck, qui s’empare de ces découvertes et esquisse son sentier de grande randonnée dans les Andes.

En reliant ce tracé étroit et difficile aux itinéraires existants, l’Allemand cartographie un parcours de 1 300 km entre le volcan Descabezado et le village de Cochamó. Mais comment traverser la zone de lacs et de rivières au sud du Chili, où la forêt masque la piste sur les photos satellites ?

Jan Dudeck découvre alors le pack-rafting. Canoë gonflable sur le dos, lui et son épouse parviennent à traverser des zones que la forêt tropicale rend presque impraticables à pied.

Riders parmi les hêtres du Chili.
Riders parmi les hêtres du Chili. (Matt Maynard)

Durant l’été 2003, le couple décide de mettre cette fois-ci à l’épreuve le tracé terrestre. La précision chirurgicale de Jan Dudeck et l’habileté diplomatique de son épouse les emmènent loin. Ensemble, ils dessinent la suite du GPT, en Patagonie au sud de Cochamó, mais aussi vers le nord direction Santiago. Jan Dudeck espère poursuivre au-delà du Fitz Roy jusqu’au cap Froward, à l’extrémité sud du continent.

Notre journaliste seul sur les hauteurs du GPT dans la région chilienne d’O’Higgins.
Notre journaliste seul sur les hauteurs du GPT dans la région chilienne d’O’Higgins. (Matt Maynard)

J’ai décidé de me mesurer au GPT à l’été 2017. Rien à voir avec les sentiers de grande randonnée américains que je connaissais.

Je suis parti de Santiago. Ma première excursion a commencé par un interrogatoire d’une heure avec l’administrateur du Río Clarillo, intrigué par ma volonté de m’aventurer au-delà des limites de la réserve. Elle s’est achevée trois jours plus tard au bras du gestionnaire d’une mine de cuivre, qui m’a poliment escorté hors de son terrain. Pour mon deuxième essai, j’ai dû composer avec une barrière verrouillée, un éboulis qui aurait pu très mal se terminer et un paysan tombé de nuit sur mon bivouac.

Pour les zones les plus reculées, le choix du matériel est déterminant si on veut avancer vite sans sacrifier à la sécurité.
Pour les zones les plus reculées, le choix du matériel est déterminant si on veut avancer vite sans sacrifier à la sécurité. (Matt Maynard)

Perdu entre Chili et Argentine, on est content de ne pas avoir séché les cours d’espagnol au lycée. L’ouverture culturelle et l’humilité ne sont pas non plus de trop. L’endurance et la vitesse, sont, elles, secondaires. Les propriétaires dont on doit traverser les vastes terres ne sont pas très enclins à en autoriser l’accès. Qu’ont-ils à gagner avec ces pseudo-aventuriers ? Les gouvernements chilien comme argentin ont cherché à créer un réseau de sentiers de randonnée à l’échelle nationale, mais les intérêts privés et le manque de financement ont eu raison de leurs projets.

"Le fait que nous ayons entrepris tout cela sans lien avec le gouvernement permet davantage de liberté dans les itinéraires, explique Jan Dudeck. On les publie en laissant un point d’interrogation. Dans ces conditions, nul besoin de régler la question du droit de passage une bonne fois pour toutes. Notre projet n’est pas voué à se faire sous un sceau officiel. Ce n’est pas le propos ici."

Des randonneurs chiliens se préparent à entrer dans le parc national de Cerro Castillo.
Des randonneurs chiliens se préparent à entrer dans le parc national de Cerro Castillo. (Matt Maynard)

Sur la page Wikiexplora du GPT et dans son manuel du randonneur, l’Allemand insiste : cette grande randonnée ne se fait pas sans persévérance ni une certaine expérience de la (sur)vie en milieu sauvage. Sur leur site (Her Odyssey) Bethany Hughes et Lauren Reed, deux randonneuses chevronnées (Lauren Reed a la "triple couronne" américaine à son actif : le Pacific Crest Trail, l’Appalachian Trail et le Continental Divide Trail) racontent bien le GPT, sauvage et non balisé. Le documentaire Unbounded le montre : si on s’attaque au parcours avec un peu trop de confiance, c’est la claque.

Mon troisième coup d’essai me conduit en Patagonie. Je pars du hameau de Chile Chico avant d’entrer dans le parc national de Patagonie par la petite porte. Je traverse les courants du Jeínemeni. L’eau bleu menthe de la rivière m’arrive à la poitrine. Et ce n’est qu’un avant-goût. Après 40 autres passages à gué dans diverses rivières durant cette première journée, je me retrouve dans une épaisse forêt de hêtres. Ce dédale de branchages laisse ensuite place à des zones rocailleuses qui peu à peu se recouvrent de neige.

Croiser d’autres randonneurs sur le GPT reste un moment rare.
Croiser d’autres randonneurs sur le GPT reste un moment rare. (Matt Maynard)

Deux jours durant, je n’ai pas rencontré âme qui vive. Mon retour à la civilisation s’est fait par les prairies où paissent les lamas. Les sentiers y sont relativement bien entretenus, fruits d’un projet orchestré par le gouvernement et la fondation Tompkins (celle du couple à la tête des marques Esprit, The North Face et Patagonia). Les glaciers du parc national de Cerro Castillo se sont offerts à moi. J’ai roulé en hardtail (VTT de montagne, ndlr) au pied des volcans et des araucarias. Autant de paysages que traversent le Greater Patagonian Trail.

En plein effort dans la région chilienne de l’Araucanie.
En plein effort dans la région chilienne de l’Araucanie. (Matt Maynard)

Sur les hauteurs de Santiago, j’ai retrouvé Sebastián Torrealba, homme politique chilien de centre-droit. Il venait de présenter sa nouvelle "loi montagne" (ley de montaña) au congrès. Elle a pour ambition de faciliter l’accès aux montagnes, qui occupent 63% du territoire national. Face aux eaux bleu électrique d’une rivière glaciaire dans la vallée de Yerba Loca, il m’a dit qu’il appelait à  une "démocratisation de la montagne".

Sebastián Torrealba en campagne pour sa loi sur la montagne, dans la réserve naturelle de Yerba Loca.
Sebastián Torrealba en campagne pour sa loi sur la montagne, dans la réserve naturelle de Yerba Loca. (Matt Maynard)

Il s’est notamment inspiré du "droit d’accès à la nature" britannique, ou de l’allemansträtt des pays scandinaves : la liberté de pouvoir circuler sur des terres privées. En Grande-Bretagne, la population a obtenu ce droit en 1932 après s’être opposée aux gardes-chasse du Kinder Scout, l’un des plus hauts sommets du pays.

J’ai sué sang et eau sur le GPT durant un an avant de faire enfin la connaissance de Jan Dudeck et Meylin Ubilla à Santiago, en février. Autour d’une bière, l’Allemand m’a confié sa motivation première : "Il faut que les gens sortent des magasins et aillent au grand air. Nous devons parvenir à une vraie qualité de vie, mais sans épuiser les ressources naturelles."

Il admet la nature contradictoire de son projet, avec des randonneurs (lui en tête) montant à bord du premier avion pour rejoindre cette vaste étendue de nature préservée. Il aimerait avant tout que les aventuriers chiliens et argentins se l’approprient. Ces montagnes sont d’abord les leurs.

Parc national de Cerro Castillo.
Parc national de Cerro Castillo. (Matt Maynard)

Une autre chose lui tient particulièrement à cœur : "Que les randonneurs aillent de façon positive à la rencontre de ceux qu’ils croisent sur leur route". Être de bons ambassadeurs du GPT. Car quiconque s’aventure sur ces 3 000 km en pleine nature pratique d’une manière ou d’une autre la violation de propriété : "Il faut se considérer comme un invité sur ces terres. On n’a en réalité pas le droit de s’y trouver."

Jan Dudeck ne peut pas rester. Lui et son épouse reviennent d’une expédition de quatre mois en pack-raft dans les fjords de Patagonie, à la recherche de nouveaux itinéraires. Ils ont du matériel à nettoyer et des cartes à dessiner.

Je paie ma tournée et on se quitte, je lui dois bien ça.


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