Plus qu'une cordée, une bande de copains connue pour son mélange d'autodérision et de performances exceptionnelles en haute montagne, le célèbre Gang des Moustaches pleure la perte d'un de ses membres : Benjamin Guigonnet. Son nom restera associé à l’ascension du Nuptse Nup II (7 742 mètres) par la face Sud et en style alpin, une première. L’expédition menée en 2017 lui avait valu le Piolet d'Or en 2018, ainsi qu’à ses compagnons de cordée du Gang des Moustaches Helias Millerioux et Frédéric Degoulet. L’alpiniste et guide de haute montagne est mort à 37 ans le 18 septembre 2025 dans un accident de voiture, au côté d’un autre guide, Quentin Lombard, 34 ans.
« Aller là-haut, c’est fou. Ce paysage, ce ciel bleu profond, ça te scotche. Tout marche au ralenti. C’est une émotion unique et rare. Un rêve que tu partages à plusieurs. » C'est par ces mots que Benjamin Guigonnet décrivait l’ascension du Nuptse Nup II (7 742 mètres) par la face Sud. Il venait alors de réaliser, avec Hélias Millerioux et Frédéric Degoulet, l’une des plus grandes ascensions de la décennie. Le Gang des Moustaches, comme se surnomme le trio, a réussi le 19 octobre 2017 là où des générations d’alpinistes avaient échoué avant eux. Leur performance sera récompensée l’année suivante par un Piolet d’Or.
Avec la mort de Benjamin Guigonnet dans un accident de voiture, le 18 septembre 2025 dans les gorges du Verdon alors qu’il était accompagné par un autre guide, Quentin Lombard, l’alpinisme français et international perd donc une figure emblématique. Benjamin Guigonnet était guide de haute montagne depuis 2011 et officiait à l’École Nationale de Ski et d’Alpinisme (ENSA) à Chamonix. Père de deux enfants, il était aussi un athlète du team Simond, où il travaillait comme conseiller technique. Quentin Lombard, originaire de Pralognan-la-Vanoise, était lui aussi guide de haute montagne, depuis 2017, et par ailleurs moniteur national de ski alpin depuis 2014.
Dès 2014, Benjamin Guigonnet se rapproche d’Hélias Millerioux et de Frédéric Degoulet pour former le Gang des Moustaches. Le trio se trouve alors au Pérou en expédition, accompagné à l’époque d’un quatrième compagnon de cordée, Robin Revest. Au camp de base, l’un d’eux part se raser. Il revient quelques minutes plus tard en arborant fièrement une moustache. Ils explosent de rire avant de braquer le sommet péruvien du Siula Chico (6 265 mètres) par la face Ouest, une voie baptisée Looking for the Void. Le Gang des Moustaches est né.
Le Nuptse par la face sud, le but d'une vie
« Bravo à Hélias, Ben et Fred du Gang des Moustaches ! Gravir la face sud du Nuptse en style alpin est le rêve de générations entières d’alpinistes parmi les plus talentueux. Après trois ans de tentatives, ces trois jeunes guides français y sont parvenus ». Un exploit si retentissant que même Kilian Jornet, auteur de cette citation, leur adresse ses félicitations.
La face sud du Nuptse, dans la vallée de Khumbu au Népal, est une vaste muraille de plus de 2 200 mètres, l’une des grandes parois du monde. De nombreux himalayistes, dès les années 1970, nourrissent le rêve de la gravir… sans succès. D’autres sont parvenus au point culminant à 7 861 mètres mais par d’autres voies, plus faciles. Le Nuptse n’a pas un unique sommet mais une ligne de crête d’environ deux kilomètres comportant plusieurs sommets, dont le Nuptse Nup II, théâtre de l’œuvre jouée par le Gang des Moustaches.
Courage et persévérance... en style alpin
L’ascension en style alpin par Benjamin Guigonnet, Helias Millerioux et Frédéric Degoulet relève bien de l’œuvre d’art. Trois hommes, pas de cordes fixes, pas d’oxygène, pas de porteurs d’altitude. Un engagement total jusqu’au sommet, sans repli facile possible. Une difficulté technique alliant du mixte côté M5+ et de la glace (WI6), le tout à près de 8 000 mètres d’altitude. Une durée totale d’environ sept jours et demi, cinq pour monter, deux pour redescendre. Rien de moins. Le jury du Piolet d’Or ne s’y trompe pas lorsqu’il salue le courage, la persévérance et le style alpin du trio moustachu. L'ascension est au coeur du documentaire « Nuptse, l'inaccessible absolu » sur la plateforme Uptrack.
Une œuvre d’art mais aussi un pari avec la mort, comme l’expliquait Frédéric Degoulet : « Ce type d’ascension n’est pas une chose annuelle. Je suis conscient que nous avons tenté le destin, et que répéter de telles ascensions souvent serait un suicide ». « Dans ces moments-là, tu sens que tu es à la limite, et qu’à cause d’un petit truc, tout peut vite mal se passer », renchérissait Benjamin Guigonnet avant d’ajouter : « Heureusement on a eu de la chance, ça aurait pu être pire. C’est la preuve que pour réussir il faut de l’expérience mais aussi de la chance ».
La chance, Benjamin Guigonnet en a finalement manqué. Sa sortie de route, le 18 septembre 2025, l’a conduit directement dans un ravin de près de 700 mètres de haut. Une chute instantanément mortelle pour l’alpiniste originaire de Saint-Paul-de-Vence, dans les Alpes-Maritimes, et de son copain Quentin Lombard.
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