Le 13 janvier dernier, suite à un jugement, les randonneurs anglais perdaient le seul endroit du pays où ils pouvaient encore planter leur tente en toute liberté, le superbe parc national du Dartmoor - un million d’hectares de landes dans le sud-ouest de l’Angleterre. Une décision contre laquelle manifestaient alors plus de 3000 personnes. Voici que la cour d’appel vient de leur rendre ce droit. Une vraie victoire pour les randonneurs qui pourrait ouvrir une brèche dans un pays où 8 % seulement des terres sont accessibles au public.
La mobilisation des amateurs d’outdoor aura été payante : lundi dernier un tribunal britannique a décidé qu’il n’était plus obligatoire d’avoir l'autorisation des propriétaires pour faire du camping sauvage dans le parc national de Dartmoor, l’une des plus belles zones naturelles anglaises, située dans le comté du Devon. Cette décision annule le jugement d'une juridiction inférieure et rétablit le statut du parc en tant que seul endroit en Angleterre ou au Pays de Galles où les randonneurs ont le droit de planter leur tente en dehors des limites d'un camping. Une situation qui étonnera sans doute plus d’un Français, l’Hexagone étant régis par des règlementations fort différentes de celles que nous connaissons.
Les parcs anglais sont en effet principalement constitués d'une mosaïque de propriétés privées abritant souvent des fermes, des résidences privées, des entreprises et parfois même des villes entières. Le droit des randonneurs de traverser des terres privées y est régi par une loi vieille de 23 ans qui leur permet d'accéder à des sentiers en fonction de l'historique de leur utilisation par le public ; enfin, en théorie, car dans la réalité de nombreux propriétaires terriens ont pris des mesures pour empêcher le public d'accéder à leurs terres. Et dans la plupart des cas, les visiteurs sont limités à des randonnées d'une journée, la loi n'autorisant pas l'accès pour la nuit. Pendant des décennies, le parc national de Dartmoor a fait figure d'exception, grâce à une loi de 1985 qui autorisait les randonneurs à faire du camping sauvage sur la base d'une coutume historique.
Or en janvier dernier deux des plus grands propriétaires fonciers du parc, Alexander et Diana Darwall, des milliardaires dans la finance (sixième plus grand propriétaire foncier de Dartmoor), ont intenté une action en justice pour faire annuler cette règle, arguant que le camping ne relevait pas de la protection de la loi. Le juge de la Haute Cour, Sir Julian Flaux, leur a donné raison, s’appuyant sur le fait qu'il n'existait "aucune coutume locale de camping ayant force de loi" et que les Darwall pouvaient légalement interdire aux campeurs l'accès à leur domaine de 1618 hectares. Presque une goutte d’eau dans un parc comptant 1 million d’hectares et où les autres propriétaires se sont montrés plus conciliants moyennant un accord, mais une interdiction à haute valeur symbolique. Car pour les défenseurs des droits de l’homme, c’est tout simplement conforter les privilèges d’une poignée d’aristocrates britanniques détenant la majeure partie des terres anglaises, 8 % seulement étant accessibles au public.
La direction des parcs nationaux du pays et une autre organisation à but non lucratif, l’Open Spaces Society, ont donc fait appel de la décision. La question, un peu complexe, étant de savoir si le fait de dormir à l'intérieur d'une tente était considéré comme une activité de "plein air", les avocats des Darwalls faisant valoir que l'édification d'une structure, même temporaire, n'entrait pas dans le champ d'application de la loi. Le 31 juillet, la Cour n'a pas été de cet avis, le juge Nicholas Underhill déclarant que "le fait qu'une tente soit fermée plutôt qu'ouverte ne peut pas faire passer le camping sauvage du statut de loisir en plein air à celui d'activité de plein air". Le droit de bivouaquer sans l'autorisation du propriétaire foncier est donc revenu au public.
Une décision qui, en Angleterre, a réjoui les défenseurs de l'accès à la terre, sans toutefois satisfaire tout le monde. Certains estiment qu'elle ne va pas assez loin dans la protection du droit des randonneurs à camper en pleine nature. Dans un tweet, Guy Shrubsole, un des dirigeants du « Right to Roam », militant en faveur du droit à l’errance, rappelle qu'il est temps que l'Angleterre s’aligne sur l'écosse et crée un droit présumé pour le public d'accéder aux terres non construites et non cultivées. Un discours que reprend à son compte Luke Pollard, député travailliste représentant les villes voisines de Plymouth Sutton et Devonport qui promet que son parti adoptera une loi sur le droit à l'errance s'il revient au pouvoir, et met au défi l'actuel gouvernement conservateur de faire de même.
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