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Ligne d'arrivée de la Western States 100-Mile Endurance Run
  • Société

Western States : avec qui doivent courir les transgenres ?

  • 29 juin 2019
  • 4 minutes

La rédaction Outside.fr Stephanie Case

Les coureurs de l'emblématique course Californienne Western States 100 prendront le départ ce samedi 29 juin. Les organisateurs ont annoncé un peu plus tôt cette année leur nouvelle politique concernant les participants transgenres : aux coureurs de choisir la catégorie du sexe auquel ils s’identifient. Une décision diversement accueillie qui illustre la complexité de la question pour les organisations sportives.

Le tirage au sort de la Western States 100 (WSER) est l’une des loteries les plus attendues au sein de la communauté de l'ultra-trail. Chaque année, début décembre, des coureurs du monde entier croisent les doigts pour décrocher l’un des 369 dossards qui donneront le droit de parcourir ses 161 kilomètres dans la Sierra Nevada, en Californie. Le taux d’acceptation étant inférieur à 5 %, le processus d’inscription est observé à la loupe, et quelques semaines avant la loterie, les noms des coureurs ayant validé une des courses qualificatives sont publiés pour plus de transparence. C’est à partir de cette liste que se fait le tirage au sort, par et devant un public, au cours d’un événement diffusé en direct en ligne.

Après la loterie de l’édition 2019, Craig Thornley, directeur de la course, a appris que Grace Fisher, une transsexuelle de 38 ans, avait été sélectionnée. Elle venait de remporter un autre "100-miller" et s’était classée dans les cinq premières au Vermont 100 Endurance Run, ce qui la rendait, pour le conseil d’administration de la WSER, susceptible d’arriver dans les dix premières. Afin d’éviter toute controverse concernant sa participation en tant que femme, le CA a décidé d’adopter une politique officielle en matière d’inclusion des athlètes transgenres. Selon Diana Fitzpatrick, membre du conseil, il y avait une double motivation à cela : "On voulait envoyer un message d’inclusion à Grace et aux autres coureurs trans, tout en répondant aux inquiétudes concernant l’équité sportive qui ne manqueraient pas de surgir".

La WSER a élaboré cette nouvelle politique en s’inspirant de mesures mises en place par d’autres instances sportives reconnues. Ils ont pris notamment pris exemple sur la fédération nationale d’athlétisme des États-Unis (USATF) et sur le marathon de Boston, qui permettent aux coureurs de choisir la catégorie du sexe auquel ils s’identifient, "pris tel quel" et sans contestation possible - sauf lorsqu’il y a un prix monétaire à la clé. Dans ces cas-là, on pourra demander aux femmes trans de présenter des documents attestant d’une année d’hormonothérapie, tandis que les hommes trans peuvent participer sans restriction. En l’occurrence, pour la Western, sont concernés les dix premiers arrivés dans les catégories homme et femme et les vainqueurs de chaque groupe d’âge.

Une initiative diversement appréciée

Le conseil a toutefois pris soin de ne pas faire un copier-coller des modèles existants. N'ayant pas vraiment de modèle à suivre dans les courses de sa catégorie, il s’est penché sur les normes appliquées par d’autres institutions susceptibles de pouvoir s’adapter au contexte. Cependant, le choix a été fait de ne pas imposer la norme adoptée par le Comité international olympique (CIO), suivie par de nombreuses organisations sportives (dont l’USATF et le marathon de Boston), qui exige que les femmes transgenres aient atteint certains niveaux d’hormones spécifiques en plus de l’année de traitement. Comme l’explique Diana Fitzpatrick : "Nous avons estimé que c’était trop intrusif et que cela n’avait pas d’incidence dans une course comme la nôtre. D'autant qu'il n'y a pas vraiment de consensus sur le niveau hormonal approprié que l’on peut exiger. "

Au sein de la communauté des ultra-traileurs, l’annonce de la Western States en février a suscité une réponse plutôt positive, aussi bien de la part des sportifs transgenres que des cisgenres, qui ont salué cette mesure inclusive. Même si, comme on pouvait s’y attendre, des critiques se sont élevées sur internet, notamment sur la page Facebook de la course.

Certains se sont interrogés sur la nécessité d’une telle politique. "Né mec, tu es mec. Né fille, tu es une fille ! Point barre", écrivait ainsi un dénommé Ed Walsh. Un autre homme, Trey McCain, ajoutait : " Je sais que ça part d’une bonne intention, mais pour qu’une compétition soit fair-play, il faut courir avec un corps naturel. Le beau jeu et l’esprit sportif veulent qu’on relève le défi avec son corps de naissance". Les réactions négatives concernaient principalement la participation des femmes transgenres à la Western States mais aussi aux sports de compétition en général. Certains – des hommes et des femmes – exprimaient leurs craintes quant aux avantages que des femmes transgenres pourraient avoir vis-à-vis des femmes cis. Et on a pu lire des commentaires accusant le conseil d'administration de la WSER d'être allé trop vite en besogne sans effectuer les recherches nécessaires pour élaborer ces mesures.

Accepter l’auto-identification des transgenres

Dans les faits, le comité chargé d’élaborer la politique du WSER y a consacré deux mois, au cours desquels ont été examinées les questions scientifiques, médicales et de protection de la vie privée dont il fallait tenir compte pour créer un cadre normatif équitable. Et, tel que le comité a pu le constater, aucune étude scientifique actuelle n’a démontré que les femmes transgenres aient des avantages compétitifs face aux femmes cisgenres. Au contraire, certaines recherches montrent qu’après un an de suppression de la testostérone, les femmes trans perdent en force, vitesse et performance sportive. Diana Fitzpatrick ajoute : "On a estimé que les résultats des dernières recherches médicales et scientifiques, qui en plus évoluent constamment, montraient qu’un an d’hormonothérapie continue était suffisant pour effacer les avantages physiques dont auraient pu jouir les athlètes féminines trans."

Pour plus de sécurité, la direction de la WSER a demandé à Johanna Harper, physicienne médicale et ultramarathonienne, de vérifier le nouveau règlement avant sa publication pour s’assurer de son caractère inclusif. Le médecin, elle-même transgenre, avait déjà conseillé le CIO lorsque celui-ci légiférait sur la participation aux JO des sportifs trans, et, après avoir examiné le projet de la WSER, elle n’a rien trouvé à redire.

Ce n’est pas pour autant que l’initiative de la Western States fait l’unanimité. "Toute politique sur les personnes transgenres devrait se cantonner à accepter l’auto-identification de celles-ci", affirme Aurora Borin, une militante des droits des transgenres. Selon elle, le fait d’avoir à fournir de la documentation "ressemble à s’y méprendre à une stigmatisation". Ce n’est pas l’avis d’Angela Quinton, une ultramarathonienne transgenre : "Je ne trouve pas que ce soit une demande déraisonnable si on pense à tout ce qu’on demande aux athlètes d’élite cisgenres", dit-elle en faisant allusion à certains protocoles standards, tels que les contrôles antidopage.

Sans oublier que des athlètes transgenres ont de longue date participé aux courses d'ultra, et que ce sont les institutions qui ont été lentes à la détente. D’après Angela Quinton, "l’absence d’une politique claire est souvent une véritable source d’anxiété chez les athlètes trans. Ne pas savoir si on est la bienvenue à un événement peut avoir un effet dissuasif".  Et c'était à la Western States, parce que c'est l’une des compétitions les plus prestigieuses et les plus respectées des États-Unis, de placer la barre plus haut, là où elle aurait dû être depuis toujours.

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