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plongeuse sous marine
  • Santé

La plongée sous-marine, une thérapie pour les victimes des attentats du 13 novembre

  • 8 septembre 2021
  • 7 minutes

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria Longtemps allergique à toute forme de sport, Sylvie se révèle sur le tard marathonienne, adepte du yoga et s’initie même au surf et à la voile. En 2018, elle co-fonde Outside.fr dont elle prend la direction éditoriale. Elle est basée à Paris et dans les Cévennes.

20 accusés, 330 avocats, le procès «hors norme » des attentats du 13 novembre 2015 débute aujourd’hui, mercredi 8 septembre, au palais de Justice de Paris. Parmi les 1775 parties civiles, beaucoup vivent encore un stress post-traumatique, six ans plus tard. Souffrance que la plongée sous-marine a permis d’alléger, voire de guérir, selon une étude scientifique menée par l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille. Des résultats très encourageants déjà étendus à d’autres situations.

C’est la plus grande audience criminelle jamais organisée dans l’Hexagone, Le procès des attentats du 13 novembre 2015, s'ouvre mercredi 8 septembre 2021 devant la cour d'assises spéciale de Paris. Six ans après l'attaque terroriste la plus meurtrière en France, les vingt accusés, dont 14 seulement présents, vont comparaître. Face à eux, 1765 personnes, d'une vingtaine de nationalités, qui se sont constituées parties civiles. Soutenues par 300 avocats, elles représentent notamment les 130 morts, mais aussi plus de 430 blessés. Blessés sur le plan physique, certains invalides à vie, et bien souvent sur le plan psychologique. Un point que ne manquera pas de souligner le dossier d'instruction de 542 tomes, un million de pages, qui va être étudié au cours des 145 journées d'audience au minimum prévues jusqu'au 25 mai 2022.

Ces blessures invisibles à l’œil nu, sont pourtant bel et bien douloureuses, expliquent les médecins de l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille (APHM), qui depuis 2015 ont entrepris de développer une nouvelle approche du traitement du trouble de stress post-traumatique (TSPT), pathologie invalidante. « Le TSPT est un trouble chronique marqué par des reviviscences fréquentes de l’événement traumatique avec débordement émotionnel, peur, perturbation de la vie socio-affective favorisant un isolement, difficulté à sortir de chez soi », détaille l’APHM. « L’arsenal thérapeutique disponible (antidépresseurs, thérapies cognitives) ne permet pas un rétablissement de tous. (…) On estime qu’entre 10 à 20% des individus soumis à une expérience traumatique sévère développeront un TSPT. Or 30 % des patients ne répondent pas aux traitements et 40% de ceux qui se rétablissent présenteront une rechute dans l’année. » D’où l’intérêt des médecins pour de nouvelles approches de cette pathologie.

En première ligne, Mathieu Coulange, chef de service de médecine hyperbare, subaquatique et maritime au CHU Sainte-Marguerite, à Marseille, promoteur de l'étude DivHope menée sur des victimes des attentats et investigateur principal.  A ses côtés, Lionel Gibert, psychiatre, AP-HP, à l’hôpital Paul Brousse, Claire Granier, psychiatre au Groupe hospitalier Paul Giraud à Paris, Frédéric Bénéton, CEO de Bathysmed, chercheur, consultant dans le domaine des sciences de la vie (ancien Élève de l’Ecole Polytechnique, Master 2 physiologie), Vincent Meurice, BEES2 plongée, sophrologue, préparateur mental de sportifs de haut niveau et président de Bathysmed et Chantal Bidault, infirmière hyperbare.

Plongée et méditation de pleine conscience

Les recherches de cette équipe ont été initiées par Frédéric Beneton, suite à un épisode douloureux qu’il subit en 2015. Ce trader doit quitter son travail suite à un burnout. Il découvre alors que la plongée sous-marine est le seul sport qui lui permet de décompresser. Fasciné, il décide d'examiner le phénomène de plus près. Entouré notamment de Mathieu Coulange, il se lance dans un Master de physiologie des conditions extrêmes pour étudier les bienfaits de la plongée sur le stress. Une première étude voit donc le jour, baptisée DivStress.

Menée en 2015 à Marseille, elle visait à comparer les effets sur le niveau de stress de la plongée simple vs le kayak et l’escalade. Les résultats montrent que chez le groupe ayant pratiqué la plongée, le niveau de stress avait diminué de façon significative, avec une amélioration de la capacité à gérer les imprévus par rapport au groupe témoin. Bien mieux que chez les sujets s'adonnant à des activités multi sports. On a démarré nos études sur des cas de stress du quotidien", explique le Pr Coulange interviewé par France 3, on s'est rendu compte, grâce à des accéléromètres, que les systèmes accélérateur et freinateur de l'organisme se rééquilibraient. En état de stress, nos organes accélèrent et il n'y a plus de frein. Celui-ci se remet en place en plongée". À cela s'ajoute l'état de méditation de pleine conscience que provoque cette activité. Cet état permet de se focaliser sur l'instant présent en évacuant les pensées gênantes. Enfin la sensation de cocooning est majeure dans l'enveloppe aquatique, elle agit comme un réveil de l'état fœtal. "Le fait d'entendre sa respiration influe beaucoup", souligne le coordinateur du projet. 

Les bénéfices sont tels, qu’après la publication de « DivStress«, première étude menée dans le cadre du protocole Bathysmed, les recherches s'étendent à d'autres types de personnes souffrant d'un syndrome post-traumatique. Ce sera, entre 2017 et 2019, l’opération DivHope, soutenue par l’association de rescapés du 13 Novembre Life for Paris et financée par la Fondation d’Aide aux Victimes du Terrorisme (FAVT) pour un budget de 150.000 euros. Conduite sur 34 rescapés des attentats de Paris souffrant de stress post-traumatique et répartis en deux groupes, elle comparait les effets du protocole de plongée renforcée Bathysmed - associant des techniques de sophrologie, de méditation de pleine conscience et de préparation mentale sportive à la plongée - à une pratique sportive terrestre classique (randonnée, kayak, canyoning, équitation, …). Objectif : « prouver que cela permet un bien-être, mais surtout vérifier que cet effet perdure après les séances de plongée », explique le Dr Mathieu Coulange.

plongeurs sous marins
(Francisco Jesus Navarro)

88% des sujets de l'étude se trouvaient au Bataclan ce jour-là

Parmi les 34 participants à l’étude (16 hommes/18 femmes), certains ont été blessés physiquement, d’autres ont perdu un proche, toutes souffrent d’un TSPT chronique. Agés en moyenne de 34,5 ans, ils sont majoritairement célibataires et 88% d’entre eux se trouvaient au Bataclan lors des attentats de novembre. 82% des sujets avaient développé une pathologie anxieuse modérée à sévère, et 58% une pathologie dépressive modérée à sévère Tous les sujets avaient développé un stress perçu à risque. Si bien que 11,7% étaient sous somnifères, 11,7% sous anxiolytiques, 5,8% sous antidépresseur, enfin 58% avaient un suivi psy (TCC, EMDR, autres), détaille le rapport dont les conclusions détaillées devraient être publiées d'ici deux mois, selon Frédéric Beneton.

L’étude randomisée, comprenant un protocole de « plongée améliorée » développé par Vincent Meurice, instructeur de plongée, sophrologue et préparateur mental d'athlètes de haut niveau, a été menée en deux phases, la première en Guadeloupe en novembre 2017, dans des conditions favorables au niveau de la température de l’eau, de la sécurité et de l'encadrement et la seconde dans les calanques de Marseille en juin 2018. Ce, après inversion des groupes plongée et groupe témoin, au vu des résultats de la première phase.

Les séances de plongée ont été organisées par petits groupes, et associées à des séances de sophrologie et de méditation.« Sous l’eau, on agit mieux sur la plasticité cérébrale », explique Vincent Meurice, la capacité à prendre conscience de son corps est en effet un facteur protecteur des TSPT », confirme le psychiatre Lionel Gibert. Les témoignages recueillis sont encourageants : « Avant d’y aller, ça reste immensément difficile, mais une fois dans l’eau, je me transforme. Je me sens en sécurité, contrairement à la vie de tous les jours où je suis menacée en permanence, sur le qui-vive », raconte à France 3 Fanny, victime du Bataclan.

Des soldats traumatisés aux infirmiers en burn out

Conclusion : A l’issue de dix jours de stage, la quasi-totalité du groupe de plongeurs, rescapés des attentats du 13 novembre 2015, est donc repassée sous le seuil du stress pathologique, comme l’a démontré un auto-questionnaire utilisé en clinique pour évaluer le niveau de stress en fin de séjour. Leur état de santé s’améliore cliniquement davantage que celui des patients engagés dans une pratique multisports, indique l’étude.  En post-DivHope immédiat, le groupe s’adonnant à la plongée en pleine conscience (PCC) subissait moins de reviviscences diurnes et nocturnes, moins de souffrances anxio-dépressives et percevaient globalement moins de stress. Des résultats extrêmement encourageants qui ont conduit à étendre le champ des recherches à des blessés psychiques et physiques de l’armée de Terre, souffrant eux aussi de stress post-traumatique. Ce sera l’étude Cognidive, initiée à Malte en 2018, entendant explorer l’amélioration des fonctions cognitives, la qualité de vie et la capacité de réinsertion de militaires blessés. Et là aussi les chercheurs constateront les bénéfices de la plongée. Si bien qu’aujourd’hui, ils s’apprêtent à tester leurs découvertes sur des soignants en burn out, suite à la crise sanitaire.

D’autres développement sont d’ores et déjà envisagés. Car si DivHope est pour le moment testé auprès d'un échantillon restreint, l’équipe de Bathysmed espère mettre au point un protocole exportable pour d'autres populations victime de stress. "Nous réfléchissons à le proposer à des personnes victimes de dépression résistantes au traitement et aux enfants hyperactifs, voire dans certaines situations de rémission de cancer » selon Mathieu Coulange. Cette pratique spécifique de la plongée pourrait venir compléter un arsenal thérapeutique insuffisant aujourd’hui pour le TSPT. Le protocole Bathysmed, éventuellement décliné en piscine pour les réfractaires à la plongée en mer, pourrait donc être proposé à grande échelle, non seulement dans un but thérapeutique mais également dans une optique sport-santé pour le grand public, comme une sorte de contre-mesure au stress.

Depuis 2019, la France compte déjà des moniteurs de plongée formés au protocole Bathysmed, de quoi satisfaire les besoins qui vont certainement aller croissants. En février dernier, la Fédération française études et sports sous-marin (FFESSM) a en effet réussi à faire inscrire la plongée bouteille sur la liste des activités sport-santé. Concrètement, cela permettrait de pousser aux remboursements de cette pratique dans le cas de certaines pathologies, nombre de mutuelles prenant déjà en charge des activités sportives sous certaines conditions et sur prescription médicale. Cette avancée permettrait de compléter la palette de sports les plus fréquemment prescrits, à savoir la natation, l’escalade ou la gymnastique. De quoi booster les effectifs de la Fédération française de plongée, qui compte actuellement 140.000 licenciés, si ce sport est reconnu d'utilité sanitaire.

Longtemps investie dans l'association Life for Paris, une jeune femme participant à l’étude DivHope, expliquait en 2018 au quotidien La Provence avoir décidé de s’y impliquer d'abord pour sortir de sa zone de confort ». Mais surtout ajoutait-elle en souriant : « j'apprécie l'idée de participer à une étude qui servira à d'autres. Nous sommes beaucoup à essayer de voir ce qu'on peut sortir de positif de cette situation". Trois ans plus tard, voilà qui est fait.

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