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Kristin Harila & Tenjen Lama Sherpa
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Kristin Harila : « Depuis le K2 et la mort de Lama Sherpa, je n’ai pas eu un instant en paix »

  • 16 avril 2025
  • 6 minutes

Ben Ayers Ben Ayers

L'alpiniste norvégienne, la femme au 14 x 8000, ne donne plus guère d'interviews ces temps-ci. La célébrité l’a rattrapée, les rumeurs aussi, suite à son ascension controversée du K2 en juillet 2023. Désormais, elle porte un regard mitigé sur les records de vitesse, et préfère se concentrer sur la recherche de Tenjen « Lama » Sherpa et Gina Rzucidlo, ses compagnons disparus cette année-là sur le Shishapangma, au Tibet, nous confie-t-elle lors de notre rencontre à Katmandou.

Lorsque j'ai appris que Kristin Harila était de retour à Katmandou au printemps, je lui ai envoyé un message pour savoir si elle était intéressée par une interview. La Norvégienne de 39 ans est devenue célèbre sur la scène mondiale de l'alpinisme en 2023, lorsqu'elle a réussi, avec l'alpiniste népalais Tenjen « Lama » Sherpa, l'ascension des 14 sommets de plus de 8 000 mètres en seulement 92 jours. Cette expédition reste un record mondial. « Je ne donne presque plus d'interviews », m'a-t-elle répondu. « C'est toujours mal écrit, même dans les plus petits magazines norvégiens. Tout ce qui les intéressent, c’est de faire des gros titres.

Je l'ai finalement rencontrée quelques jours plus tard, dans la salle de petit-déjeuner bondée de l'hôtel Aloft, au coeur du quartier touristique de Thamel, à Katmandou. Vêtue d'un sweat à capuche en patchwork, elle était déjà en train de manger une omelette et des toasts. La salle bourdonnait de touristes indiens en vacances et de randonneurs qui ne semblaient pas l’avoir reconnue, alors qu’elle est l’une des figures de l’alpinisme les plus médiatisées aujourd’hui.

Les rumeurs la poursuivent

Personne dans le monde de l'himalayisme n'a sans doute connu autant de hauts et de bas émotionnels qu’elle au cours des deux dernières années. Sa course aux 14 sommets de plus de 8 000 mètres ayant généré quantité de critiques. Le pic en a été atteint quelques jours après son ascension du K2, le 27 juillet 2023. Des rumeurs laissaient entendre qu'Harila et Lama avaient dépassé sans trop d'état d'âme un porteur népalais mourant alors qu'ils se dirigeaient vers le sommet. Depuis, l’alpiniste norvégienne avait rétabli la vérité et fourni la preuve, qu’avec Lama, elle avait passé plusieurs heures à essayer de sauver le blessé.

Quelques semaines plus tard, nouveau choc. En août 2023, c’est son compagnon de cordée, Lama, qui trouve la mort dans une avalanche sur le Shishapangma, au Tibet. Il guidait l'alpiniste américaine Gina Marie Rzucidlo, qui tentait de devenir la première Américaine à gravir les 14 sommets de 8 000 mètres. Quelques minutes après leur glissement mortel, une autre avalanche coûtait la vie à Anna Gutu, une autre Américaine, et à son guide Mingmar Sherpa.

Cette vague de décès a eu un impact majeur sur Harila. « Depuis le K2 et la mort de Lama Sherpa, je n’ai pas eu un instant en paix », me confie-t-elle. « J'essaie de retrouver le chemin des montagnes d'une manière ou d'une autre, mais je ne sais pas si j'y parviendrai un jour. J'espère y passer encore de bons moments, mais on verra, on verra comment ça va se passer. »

Son seul but désormais : retrouver les deux corps

Harila est pourtant de retour au Népal cette année pour tenter d'obtenir les autorisations nécessaires pour retourner au Tibet à la recherche de Lama et Rzucidlo, toujours ensevelis quelque part sur le Shishapangma. Elle prévoit d'abord de faire un trekking dans la région de l'Everest avec le fils aîné de Lama pour s'acclimater. Si elle en a le temps, elle fera quelque chose de moins intense, comme l'ascension du Nuptse ou le marathon de l'Everest. « Je tenais à repartir à la recherche de Lama, mais pour la dernière fois. J'en ai fini avec les longues expéditions. J’en ferai plutôt de plus courtes, mais plus de deux mois. »

Ce voyage au Tibet est sa deuxième tentative pour retrouver ses compagnons, après une première qui s’est avérée infructueuse en octobre dernier. En revanche, en mai 2024, lNirmal « Nims » Purja et ses guides Elite Exped sont parvenus à retrouver les corps de Gutu et Mingmar. Pour ses recherches en 2025, Harila espère donc faire appel à un hélicoptère, à un pilote de sauvetage français et à un scanner RECCO qui pourrait émettre des signaux à partir des réflecteurs des vestes portées par Lama et Rzucidlo. L’agence qui a aidé Harila à établir son record, Seven Summits Treks, s'occupe actuellement de la logistique complexe et de l'obtention des autorisations nécessaires à cette mission délicate. « Ces recherches n’intéressent personne, mis à part moi,  Seven Summits et la famille de Lama et Gina. Je finance toute l’opération moi-même. Je ne me soucie pas vraiment de l'argent. »

"Beaucoup de ces tragiques accidents n'auraient pas dû avoir lieu"

Pendant que nous parlions, Harila mangeait à peine. Elle parlait vite et pesait chacun de ses mots : « Ca serait vraiment bien pour tout le monde qu’on les ramène tous les deux à la maison », confie-t-elle. « Et si nous n'y parvenons pas, j'essaierai probablement de revenir à l'automne et de réessayer. J'essaie de me dire que c'est la dernière fois, mais je sais que si une autre opportunité se présente, j’aurai du mal à dire non ».

J'ai demandé à Harila si elle pensait que sa propre quête au 2023 avait alimenté la surfréquentation qui avait conduit à la catastrophe du Shishapangma. « Je peux seulement dire que je n'étais pas là ce jour-là [lorsque l’accident du porteur népalais s’est produit ]», a-t-elle répondu. « C'est une leçon que j'ai tirée du K2. Les seules personnes qui peuvent dire ce qui s'est passé à Shishapangma sont mortes. Toutes les quatre. Je ne peux donc rien dire pour eux, et aucun d'entre eux n'est là pour se défendre. Je n'ai jamais pensé que cela se terminerait ainsi. Si je l’avais su, je ne l'aurais jamais fait. Beaucoup de ces accidents qui se sont produits n'auraient jamais dû arriver ».

Harila a poursuivi en me racontant plus en détails son voyage au Tibet en 2024, entrepris pour tenter de retrouver les alpinistes disparus. Ses craintes que les corps se trouvent perdus au fond de l'une des deux crevasses béantes ont été atténuées par sa propre enquête : des Sherpas avaient retrouvé le sac à dos de Lama ainsi que le pantalon et les chaussures de Rzucidlo.

La malédiction des réseaux sociaux

Aujourd'hui, Harila soutient financièrement les deux fils de Lama, âgés de 15 et 18 ans, et tente de les faire venir en Norvège pour qu'ils y soient scolarisés. Elle m'a parlé de la fondation qu'elle a créée en Norvège, la Lama Sherpa Foundation, qui s'efforce d'élaborer des procédures de sécurité pour les travailleurs de la montagne au Népal. L’alpiniste espère pouvoir créer un jour un programme de certification pour les compagnies d'expédition, les alpinistes et les travailleurs en haute altitude. « Nous devons simplement faire les choses de manière plus sûre et plus efficace », explique-t-elle.

En marge de ces sombres préoccupations du moment, elle nous glisse son rêve : avoir une ferme en Norvège et s’adonner à d'autres sports, comme la course à pied ou le triathlon. Mais en l’écoutant partager ses espoirs et ses rêves, je n’ai pas pu m’empêcher de me sentir un peu mal à l’aise. Comme beaucoup dans le petit monde de l’alpinisme, j'avais regardé la vie d'Harila s'afficher sur les médias sociaux à la fin de l'année 2023 et en 2024. L'expédition de 2023 l'avait rendue célèbre, mais après la controverse du K2, elle avait vécu une rupture douloureuse avec son petit ami de l'époque. Puis était tombée la mort de Lama. Deux événements aussi personnels que publics, vu sa notoriété. Cette célébrité l’avait-elle affectée au final ? « Oui, mais pas seulement à cause de tous ceux qui écrivent des choses erronées à mon sujet », répond-elle. « J'ai reçu environ 20 000 commentaires négatifs et menaces de haine sur les médias sociaux après le K2. J'ai probablement eu plus de 200 personnes qui m'ont écrit qu'elles allaient me tuer. J'en reçois encore tous les jours. Je fais encore des cauchemars à propos de tout ça », ajoute-t-elle. « Ce matin encore, à mon réveil, j’ai regardé ce que les médias sociaux disaient de moi. Elle a alors sorti son téléphone et m'a montré une série de captures d'écran où s’affichaient des commentaires incendiaires, en norvégien et en anglais. « Les gens croient encore aujourd’hui à cette histoire [d'abandon du mort népalais] ! »

Reste que les réseaux sociaux semblent être un mal nécessaire pour elle. Kristina Harila admet que, de nos jours, les alpinistes professionnels ne peuvent pas financer des expéditions vers des sommets de 8 000 mètres sans maintenir une présence sur des sites tels qu'Instagram. Le fait d'être une influenceuse fait simplement partie de son travail - au mieux, dit Harila, les plateformes lui permettent de s'exprimer directement au monde, sans filtre ni distorsion.

Comme un voile de deuil sur la montagne désormais

Ce dernier point m'a rappelé ma première rencontre avec Harila - c'était dans le hall de ce même hôtel à l'été 2022, quelques minutes après le retour de sa première ascension réussie du Makalu (27 838 pieds). À l'époque, l’alpiniste était brûlée par le soleil, fatiguée mais rayonnante, pleine d'énergie, totalement déterminée à montrer au monde que les femmes pouvaient grimper aussi vite, voire plus vite, que les hommes. À l'époque, sa force et sa détermination m’avaient impressionné.

Moins de trois ans plus tard, les montagnes semblent s’être transformées pour elle en un lieu de deuil où les rumeurs sont chaque jour plus blessantes. Un endroit où elle doit s'acclimater non point pour atteindre le sommet, mais pour aller récupérer les corps de ses amis.

Notre entretien terminé, nous nous sommes quittés dans le hall d'entrée de l'hôtel. Là l'attendait un trekkeur britannique qui l’avait reconnue. Il nous a parlé de sa prochaine randonnée vers le camp de base de l'Everest, le rêve de toute une vie, et nous a demandé s'il pouvait prendre un selfie avec elle. Je lui ai proposé de prendre quelques photos d'eux ensemble. Posant contre une baie vitrée, tous deux sont rayonnants. Visiblement impressionné, le trekkeur n’a cessé de la remercier et de la combler d'éloges. Alors j’ai vu soudain le visage de Kristin Harila s’éclairer. « Tu vois, il y a encore des gens qui m'aiment bien », laissa-t-elle tomber avant de me quitter.

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