Explorer la planète sous toutes ses coutures n'exige pas que des qualités physiques et de la force mentale. L’exemple de l'explorateur sud-africain en apporte la preuve : sans ses deux filles qui veillent sur lui en permanence, pas d’expédition ! A l’heure où Mike Horn prépare sa troisième tentative d’ascension du K2 au Pakistan, nous nous sommes entretenus avec Jessica et Annika, totalement dévouées aux projets d'un père hors normes et terriblement attachant.
« Impossible » : Adjectif ; qui n'est pas réalisable, qu'il est très difficile de faire, de résoudre. Mot introuvable dans le dictionnaire de la famille Horn. Les raisons de cette «disparition » ? L’incroyable force de détermination et la persévérance d’un père explorateur, combinées au professionnalisme et au dévouement de ses filles, Jessica et Annika qui ont pris le relais d’une mère partie trop tôt. Alors que Mike Horn use ses crampons au pied du K2, au Pakistan, pour y tenter une nouvelle ascension sans oxygène ni porteurs (en 2013 et en 2015 le sommet s’est refusé à lui), nous avons rencontré, sa "base" : ses deux filles basées à Hong Kong.


Explorer la planète du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest et sur tous les éléments ne s’improvise pas. Sans Cathy, sa femme, décédée prématurément en 2015 des suites d’un cancer, l’explorateur sud-africain n’aurait pas pu entreprendre d’expéditions telles que la descente du fleuve Amazone en hydrospeed, le tour de la planète par l’Equateur (40 000 kilomètres) ou encore le tour du Pôle Nord et la traversée de l’Antarctique.
« Se geler les fesses en Antarctique n’est pas une chose qu’il apprécie »
Mike a deux amours, deux filles. Annika et Jessica, respectivement 26 et 25 ans, ont toujours vécu les expéditions de leur père au plus près. Directement ou indirectement. « Mais on ne se rendait pas vraiment compte du danger, de ce que ça représentait réellement et de tout le travail qu’abattait notre mère dans l’ombre pour que Mike puisse réaliser ses rêves », explique Annika, l’aînée, âgée de 26 ans et diplômée d’un bachelor (l’équivalent d’un master 2 ndlr). « Cathy coordonnait absolument tout, de la logistique à l’administratif en passant par les ravitaillements et les liaisons avec les sponsors et la presse ». Est-ce donc une réelle volonté qu’ont eu les sœurs Horn de prendre la relève de leur mère ? « Pas vraiment », avoue Jessica qui, à l’issue de ses études se voyait bien travailler pour une marque de luxe avant de prendre conscience et de réaliser qu’un lien « organique » la liait avec sa famille.
« Chez nous on ne s’impose rien », affirment-elles, ajoutant que « Mike nous a transmis des valeurs phares telle que la discipline, qu’il érige encore plus haut que la motivation, car sans elle, dit-il, dans les milieux extrêmes et hostiles, la survie est impossible. Et c’est pour nous qu’il s’inflige de tels traitements, pour nous retrouver, pour nous revoir, pour poursuivre ses rêves et nous faire rêver de nouveau. Se geler les fesses en Antarctique n’est pas une chose qu’il apprécie, croyez-moi ! ».
« Mike peut survivre en milieu hostile mais est incapable de payer une facture »
Mais comment gère-t-on un père qui est un immense aventurier, une figure iconique et un aspirateur médiatique ? « C’est un boulot à plein temps (rires) ! Entre la logistique, la préparation des expéditions, l’interaction avec les médias et les sponsors, on peut dire qu’on est bien occupées », s’amuse Annika, qui a pris ses fonctions un peu par hasard. « Mike peut survivre face à des froids polaires, traverser des tempêtes et des déserts mais il est incapable de payer une facture (rires). Un beau jour, il m’a demandé de répondre à des mails sur l’ordinateur de travail de ma mère, et depuis je n’ai plus jamais lâché », confesse Annika, qui a ressenti un devoir de responsabilité en tant qu’ainée. « On dit que derrière chaque grand homme il y a une femme, désormais Mike en a deux », rit Jessica, fière du rôle qu’elles occupent auprès de leur père.
« Je n’aime pas le voir en altitude »
Le danger, toujours omniprésent lors de ses expéditions, ne s’est jamais transformé en peur résiduelle au sein de la famille. Jessica, Annika et Mike n’éprouvent pas le sentiment de vivre avec une épée de Damoclès au-dessus de leurs têtes. « Franchement, quand nous étions petites, le danger n’existait pas, on remarquait bien que notre papa ne revenait pas tous les soirs à 17h30 à la maison, mais on était persuadées qu’il reviendrait à chaque fois. Maintenant, la conscience nous a rattrapées et la peur existe. En 2015, nous sommes allées le rejoindre au pied du K2 au Pakistan, et là on a réalisé à quel point le défi de gravir ce roc enneigé est immense », reconnait Jessica, révélant « ne pas aimer quand il part en altitude. C’est un des rares endroits où je n’aime pas le voir partir, car la montagne c’est trop incertain pour moi, trop imprévisible ». Mais malgré les dangers inhérents aux expéditions du père, Annika et Jessica ne le brideraient pour rien au monde. « Papa est fait pour ça ! Il est censé faire ça ! Il est né pour ça ! Son assurance, son charisme et l’espoir qu’il véhicule au travers de ses exploits sont très appréciés. Il aime le challenge par-dessus tout. Le priver de cette adrénaline serait comme mettre un lion en cage », appuient-t-elles, toujours prêtes à réfléchir avec lui à de nouveaux défis.
« Le Mike de la télévision est le même qu’à la maison »
« Quand on se voit en Suisse ou ailleurs, on parle beaucoup de voyages, d’endroits à découvrir, d’écologie et d’environnement, en fait il n’y a pas de frontières entre notre vie personnelle et professionnelle, on est sans arrêt en train de « brainstormer » avec lui ». Passionnées et premières admiratrices de leur père, Jessica et Annika soulignent qu’aucun filtre n’est posé entre lui et les médias. « L’homme que vous voyez à la télévision, c’est Mike, c’est notre père, c’est le même qu’à la maison. Il ne joue pas de rôle, il ne sait pas le faire, il est juste naturel et lui-même tout le temps », énoncent-elles, précisant qu’elles sont conscientes de ne pas avoir la même vie sociale qu’une famille plus conventionnelle. « On ne va jamais au cinéma avec lui, seulement au restaurant de temps en temps. Chaque minute passée tous ensemble est importante », apprécient-elles.
"Dans la famille, on croit beaucoup plus à l’action qu’à la parole"
Jessica et Annika ont parcouru le monde entier à la rencontre de leur père au grès de ses étapes, passant de l’Afrique à l’Asie, d’un continent à un autre. Elles se sont enrichies des lieux visités, notamment lors de leur passage dans ce village inuit au Pôle Nord où petites, elles ont pu partager le quotidien des habitants. « Grâce à notre père, on a découvert une multitude de pays, de cultures et de personnes. Cela nous a sensibilisé à l’environnement et au monde qui nous entourent », déclare Jessica. Alors peut-on envisager de voir Mike Horn et ses filles s’engager dans l’environnement au niveau politique ? « Je ne crois pas, dans la famille nous croyons beaucoup plus à l’action qu’à la parole pour sensibiliser les gens », rétorque Jessica, ajoutant néanmoins qu’une belle idée pourrait prendre forme dans le futur. « Nous aimerions nous impliquer en faveur de l’éducation qui est pour nous la base de tout. Nous n’avons rien de prédéfini pour le moment mais développer des écoles « Mike Horn » pourrait être une belle idée », dévoilent les sœurs Horn.
L'album photo de Jessica et Annika Horn
Du fond de l'océan au désert de Gobi en passant par le K2 ou le Nanga Parbat, une enfance pas tout à fait comme les autres.







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