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Mike Horn portrait
  • Aventure
  • Exploration

Interview Mike Horn : « Toute ma vie se joue à la limite »

  • 27 janvier 2020
  • 6 minutes

Pierre Le Clainche Pierre Le Clainche Pierre Le Clainche est navigateur professionnel, ultra-trailer et reporter amoureux de la nature et des montagnes. Alpinisme, escalade, ski de randonnée ou paddle, aucun sport outdoor n’est étranger à ce grand voyageur.

L’infatigable explorateur, passé en quelques mois des pentes du K2 à la traversée du pôle Nord, s’est entretenu avec Outside pour évoquer la suite de sa carrière et sa vision toujours très inspirante du monde. Rien n’a été éludé, du spectre de la mort à l’environnement en passant par Donald Trump, Kilian Jornet et Nims Dai… 

Chasser le Mike Horn requiert de la patience, l’homme ayant un emploi du temps plutôt chargé ces derniers mois. Le moment opportun s’est dessiné samedi dernier, sur les bords du lac Léman, à Morges, dans son pays d’adoption, la Suisse. Dans la foulée d’une petite série de conférences publiques dans laquelle un Mike Horn, visiblement très en forme, s’est récemment lancé. 

Mike, comment se passe ton quotidien, depuis la fin de ton expédition de presque trois mois sur la banquise arctique ? 

J’essaie de faire de la récupération active, du vélo, de la marche, du ski mais j’ai aussi beaucoup de déplacements pour effectuer des conférences, contenter les sponsors et rencontrer leurs clients. Je me dois de leur donner un retour, ça fait partie de mes contrats après cinq mois et demi d’expédition. Avant de partir, tu signes et tu dis « oui » à tout, oui pour telle ou telle rencontre, mais une fois que tu rentres, c’est plus difficile (rires) mais j’aime vraiment ça aussi !

C’est aussi un moment privilégié où tu peux penser à la suite, j’imagine. Tu as des idées d’exploration qui t’animent ? 

Oui, c’est vrai, l’hiver est la bonne période pour y réfléchir car après une expédition comme celle de la traversée du pôle avec Borgy (Borge Ousland, son partenaire norvégien) on est un peu perdus, on n’a plus ces buts quotidiens: se lever, manger et aller tirer son traineau dans le froid toute la journée. Il est donc nécessaire pour moi de trouver un nouvel objectif. J’ai déjà en tête une montagne située dans le Sikkim, au Nord de l’Inde, elle n’a jamais été gravie et m’attire beaucoup. Ce sommet Himalayen culmine à plus de 7000 mètres, j’aimerais bien y préparer une expédition pour cet été. Les montagnes me fascinent, car il n’y a pas besoin qu’elles soient extrêmement difficiles à gravir pour y prendre du plaisir. Le K2 reste également un objectif phare, j’espère en faire l’ascension en 2021 par sa face Nord, côté chinois.

Borge Ousland et Mike Horn lors de leur dernière expédition dans l'Arctique, en 2019 (Børge Ousland)
Mike Horn
Mike Horn, lors de sa troisième tentative d'ascension du K2, en 2019 (Mike Horn)

On te voit parcourir le monde, sur les terres, les océans mais où se trouvent réellement tes racines ? 

C’est important d’avoir des racines mais j’avoue me sentir à la maison partout. Ces dernières années, mon chez-moi se situe sur mon bateau, le Pangaea, sur lequel j’ai fait quinze tours du monde. La terre est presque devenue trop petite, quand tu as parcouru autant la planète, traversé la jungle, monté à 8000 mètres, descendu l’Amazone à la nage, fait le tour du cercle polaire arctique, traversé le pôle Nord et l’Antarctique, il n’y a plus beaucoup d’endroits qui soient des challenges pour moi. 

Tu ne trouves plus d’endroits excitants sur notre planète qui attisent ton envie d’exploration ? 

Si, un endroit me fascine vraiment en ce moment : les abysses et l’exploration des fonds marins. Mais j’ai aussi envie de retourner sur des lieux que j’ai exploré plus jeune, pour témoigner de leurs changements. La source de l’Amazone m’intéresse par exemple pour y faire une comparaison de son évolution en trente ans. Bien sûr, je ne suis plus capable de descendre l’intégralité de ce fleuve à la nage en hydrospeed ni de refaire "Latitude zéro" (tour de la terre en suivant l’équateur), ça c’est impossible. 

Les expéditions d’envergure historique telles que cette traversée du pôle Nord de nuit en autonomie complète avec Borge Ousland ont-elles un futur ? 

Avec Borgy, dans notre tente posée au milieu de la banquise, on a décidé d’arrêter, c’est fini pour nous, on a poussé si fort, on a tant puisé de force et d’énergie en allant si loin dans la difficulté que pour la partie pôle, c’est la dernière fois avec tant d’engagement. Je m’oriente vers les montagnes qui m’attirent beaucoup car j’y trouve du plaisir sans même monter à 8000 mètres. 

C’est paradoxal, tu me dis aimer la haute-montagne et en même temps dans ta conférence, samedi dernier, tu expliquais avoir été très déçu par certains comportements vus sur le K2 l’été dernier… 

La montagne a changé, c’est indéniable. Quand je me suis retrouvé en détresse sur les pentes du K2 et que j’ai demandé de l’aide à des personnes blotties dans une tente, j’ai reçu comme seule réponse: « fous le camp ! ». Ça m’a marqué. Ce n’est pas ça que j’appelle de l’aventure, on doit tous se soutenir. Parfois j’ai du mal à suivre ce monde qui change. 

A 53 ans, est-ce la peur de la mort qui te conduit à repousser tes limites sans cesse ? 

La maturité joue certainement un rôle, mais toute ma vie se joue à la limite. Je vais te dire quelque chose de stupide, mais je préfère mourir en risquant ma vie à relever des challenges dont j’ai vraiment envie, plutôt que de vivre longtemps dans une zone de confort où je ne prends pas de plaisir. Cette pensée est davantage présente maintenant qu’auparavant. Pendant la traversée du pôle Nord, j’ai dit à Borgy que si on échouait, tant pis ! Ça ne m’aurait pas du tout dérangé de me dire que je n’aurais pas réussi. Moi j’étais déjà satisfait, car je savais que faire plus, je n’aurais pas pu. C’est une sagesse qui arrive avec l’âge je pense.   

Ressens-tu une pression de la part de tes sponsors ou de tes proches pour aller toujours plus loin ? 

Tu sais, c’est l’histoire de ma vie, je me mets la pression moi-même, je m’inflige personnellement une telle discipline que je n’ai besoin de personne pour me challenger. « Mercedes » et « Panerai » sont plus que de simples sponsors, après 18 années de confiance notre relation est devenue plus familiale que mercantile. Avant cette expédition au pôle Nord, mes sponsors m’ont dit « Mike, écoute, tu n’as pas besoin d’en faire plus, on a signé un contrat pour "Pole 2 Pole" mais après on aimerait que tu te poses et que tu prennes moins de risques », ils ont peur de me perdre physiquement et « affectueusement parlant », ils souhaiteraient que j’arrête mes expéditions trop dangereuses pour me voir plus aux côtés des jeunes pour de la formation, de l’éducation et du partage. 

Comment trouves-tu tes sources d’inspiration ? 

Dans bien des domaines, je trouve mon inspiration au travers de la discipline que je m’impose, parce qu’au cours de mes journées, j’ai à cœur de me lever, de m’entrainer et de partir. C’est cette discipline qui me permet de trouver de l’inspiration. Sans but, on ne trouve pas la motivation nécessaire pour s’infliger une discipline. Il est donc vital pour moi d’avoir un esprit très ouvert afin de puiser partout ces sources de motivation. Pourquoi ressasser « ça c’est pas bien, ça c’est nul, ça je n’aime pas » ? Honnêtement, en réfléchissant avec ces pensées négatives, on n’avance pas.

Quels messages écologiques trouvent un écho en toi ? 

J’ai été invité il y a quelques jours au Forum Économique Mondial de Davos, ça m’a permis d’entendre beaucoup d’intervenants investis dans la cause climatique. Bien que je ne me considère pas comme quelqu’un de militant, je suis un témoin du changement climatique en tant qu’aventurier. Mais j’ai du mal à comprendre les revendications de certains qui ne sont pas « réalistes ». Ce n’est pas inspirant d’entendre un interlocuteur asséner qu’il faut tout changer du jour au lendemain, car ce n’est pas réalisable, ce n’est pas faisable. Je suis beaucoup plus inspiré par des mouvements réalistes, qui sont acceptables et qui prônent un changement accessible au plus grand nombre.

Qui t'as inspiré à ce jour?

Tout le monde m’inspire en réalité. Quand je guette l’arrivée de mon facteur à 6h00 du matin en train de mettre mon courrier, je me projette dans sa vie, me dis qu’il a dû se lever à 5h00 et ça m’inspire. Bien sûr des personnes que j’érige au rang de « symbole » m’inspirent davantage comme Borge Ousland, Reinhold Messner, Kilian Jornet, Roald Amundsen, Nims Dai. Même si je ne partage pas tout de qu’ils font, comme Nims par exemple, ils m’inspirent. Même si je ne veux pas grimper avec de l’oxygène, ni être accompagné de six sherpas pour m’ouvrir la voie ou utiliser des cordes fixes, j’adore l’esprit, la pêche et la détermination de Nims Dai. C’est génial de voir ça ! Même des personnages avec qui je ne suis pas du tout d’accord comme le Président des Etats-Unis, Donald Trump, arrive à m’inspirer sur peut-être un tout petit point de vue, presque infime. Je n’ai pas pour habitude d’écraser les autres ou de les critiquer parce que ça ne sert à rien. Si tu sais que tu ne peux pas changer certaines personnes, laisse-les parler. Je n’avais pas cette philosophie étant jeune, à l’époque je pensais pouvoir changer le monde, faire bouger les choses avec l’énergie de la jeunesse. Avec l’âge et la maturité, tu laisses les bornés parler…  

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